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Alexis de TOCQUEVILLE: L'espece d'oppression

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tocqueville Je pense donc que l'espèce d'oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l'a précédée dans le monde [ ..] Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. [...] Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort [ ..] il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur; mais il veut en être l'unique agent et le seul arbitre; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? Alexis de TOCQUEVILLE

La création d'une nouvelle société en Amérique au milieu du siècle constitue un terrain d'observation privilégié des mutations politiques en Occident. Les deux fondements idéologiques de la Révolution française, l'égalité et la liberté, y apparaissent dans un rapport qui semble conflictuel : une certaine forme d'égalité nuit à la liberté politique.
 

« ils ne se saisissent plus comme citoyens, ne sont pas liés par une histoire commune. La consommation leurtient lieu d'idéal politique. Leur seule préoccupation est d'accroître leur bien-être sans conflit. Pour cela,chacun a intérêt à ce que tous profitent des mêmes biens que lui-même, mais aucun n'est plus en mesure dese mettre au service d'un dessein commun.Ainsi, par un accord implicite, tous abandonnent leur liberté politique à un pouvoir organisateur, prestataire deservices à chacun. Le pouvoir mis en place de la sorte a une capacité à modeler les actions collectives sansuser de la force : il a ce privilège de prendre en charge les comportements sans rencontrer de résistance parceque chacun se complaît dans la dépendance. Il n'use pas non plus du discours : il n'a plus besoin de convaincrepuisque personne ne perd de temps dans les débats d'idées; il est acquis pour tous que le pouvoir doit gérer lavie de la société pour permettre l'égalité de jouissance. Ce pouvoir protecteur est « a-politique » : au-dessusde tout soupçon, il ne gouverne pas en vue d'une fin collective dont on pourrait débattre, il se contente depourvoir efficacement aux besoins. Il est par conséquent inattaquable : ses buts sont partagés par tous — quine veut que l'on facilite ses plaisirs? —, il ne se réfère à aucune idéologie.Cette neutralité et cette « douceur » sont cependant le moyen d'une forme de violence très réelle. Sans éclat,ce pouvoir s'oppose à l'autonomie au moins possible de chacun : la dépendance qu'il instaure n'est pasmédiatrice ; elle est à elle-même sa propre fin ; elle ne conduit vers aucune liberté à venir. Tout au contraire,elle ôte même les moyens de s'opposer : le pouvoir n'est pas reconnu comme tel par les individus qui formentdes mondes clos; non identifié, il ne peut être ni légitimé ni contesté.La mort du politique, la mort des idéologies, l'individualisme qui en est la source seraient donc les vraiesmenaces contre la liberté. L'égalisation des conditions, « fait générateur » de la société démocratique La démocratie se caractérise essentiellement par l'égalisation des conditions, tendance lourde de l'histoire. Sur leplan juridique et politique, elle institue l'égalité de droit, abolit les privilèges et affirme le principe de l'égalite deschances. Sur le plan social et économique, elle tend à l'égalisation des fortunes et à l'homogénéisation des classes.Cette dynamique est portée par une mentalité spécifique, « la passion de l'égalité », qui a pour composantes lajalousie à l'égard de ceux qui possèdent plus que soi, le désir de ressembler aux autres et l'exigence de l'instaurationde relations égalitaires entre les hommes. La tendance des démocraties au despotisme La « tyrannie de la majorité » : la majorité est censée incarner la volonté du peuple et peut donc légitimementimposer ses décisions à la minorité. Elle risque d'abuser de son pouvoir, en opprimant la minorité. Dans une sociétéégalitaire, l'opinion publique toute-puissante exerce un « empire moral » sur les hommes : par peur de ne pasressembler aux autres et convaincus qu'« il y a beaucoup plus de sagesse dans beaucoup d'hommes que dans unseul », ils se rallient à la pensée dominante.Le despotisme tutélaire : l'égalisation des conditions engendre l'atomisation du corps social et l'individualisme». Lescitoyens désertent l'espace public et ne se soucient que de leur bien-être. Ils abandonnent l'exercice de leur librearbitre, en confiant à un pouvoir unique et central le soin d'administrer leur vie, de réglementer leur pensée et leuraction pour garantir leur bonheur et leur sécurité. Considérablement étendu et renforcé, l'État exerce une tutelleabsolue sur des citoyens complices. les remèdes au despotisme démocratique Pour éviter que l'État n'abuse de sa force, il faut décentraliser le pouvoir, en recréant les corps intermédiairessupprimés par la Révolution, auxquels sera déléguée l'administration des affaires locales et dont l'indépendance seragarantie par l'élection. Il faut renforcer le pouvoir judiciaire et garantir son indépendance : le respect de la légalitéprotège les libertés individuelles contre les empiètements de l'État. Les associations et la presse, véritables contre-pouvoirs à condition d'être libres, peuvent recréer un espace commun, permettant aux citoyens de se forger uneconscience politique et de participer à la vie publique. »

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