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Commentaire de texte : Nietzsche - Humain, trop humain

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« EXPLICATION DE TEXTE Friedrich NIETZSCHE - Humain, trop humain ; I, IV, 162. Dans cet extrait de Humain, trop humain, Nietzsche s’interroge sur l’activité artistique, et plus précisément sur la dé nition communément admise de l’artiste. La question est de savoir si l’opposition que l’on fait communément entre l’artiste et le technicien (ou l’artisan) est philosophiquement justi ée : l’activité artistique suppose-t-elle, par dé nition, du « génie », c’està-dire, dans le texte, à la fois un pouvoir « d’intuition » et de « création », à l’inverse de l’activité technique qui, elle, n’impliquerait rien d’autre que la maîtrise de règles préalablement apprises, c’est-à-dire l’acquisition d’un savoir-faire ? Cette question est problématique : si l’opposition entre l’artiste et le technicien est justi ée, la question se pose de savoir quel est, exactement, ce « génie », et pourquoi les artistes seraient les seuls à le posséder ? N’y a-t-il pas non plus, par exemple, un « génie » de l’activité technique ? D’où vient alors « cette croyance qu’il n’y a de génie que chez les artistes ? » Inversement, si cette croyance est fausse, d’où vient maintenant qu’elle soit si répandue ? Si l’opposition entre l’artiste et le technicien est une fausse opposition, comment expliquer la croyance si communément admise en l’existence d’une telle opposition ? La thèse centrale que l’auteur soutient est à la fois polémique et nuancée : entre l’artiste et le technicien, il y a bien une distinction, très nette, mais cette distinction n’est pas absolue. Selon Nietzsche, l’activité de l’artiste ne requiert pas plus de « génie » que celui requis dans l’activité du technicien. Ce qui veut dire que le critère de distinction n’est pas le « génie » lui-même. « Foncièrement », donc, l’artiste ne se distingue pas du technicien. Là où, en revanche, il y a bien une distinction, voire une opposition, c’est dans le résultat de l’activité artistique : les oeuvres que l’artiste réalise, à l’inverse de celles du technicien, produisent une illusion. Elles donnent à croire que seuls les artistes possèdent du « génie » ; elles donnent à cette croyance fausse une apparence de vérité. L’argumentation de l’auteur est, dans ce texte, essentiellement réfutative. Nietzsche cherche à récuser la dé nition communément admise de l’artiste, celle qui est devenue dominante dans le sens commun depuis le XVIIIe siècle, et qui est dé nie au milieu du texte (lignes 9 à 12). Selon cette thèse adverse, il y a une di érence absolue entre l’artiste et le technicien. L’activité artistique requiert, nécessairement, du « génie », et seuls les artistes, par dé nition, possèdent du « génie ». Cette thèse aurait d’abord, en sa faveur, un argument « intuitionniste ». A l’inverse du technicien, seulement capable de déduction, d’application et de méthode, l’artiste, lui, aurait, en plus, de « l’intuition ». Il serait capable de saisir immédiatement, sans raisonnement, l’essence même des choses, i.e. « l’être » au-delà des apparences. Il aurait le pouvoir de voir les choses telles qu’elles sont, et non pas seulement telles qu’elles nous apparaissent. Comme une « lorgnette », qui nous permet de mieux voir les choses, de manière plus précise, et donc d’avoir accès à une réalité qui, sans elle, nous demeurerait inaccessible. L’artiste aurait le pouvoir, exclusif et exceptionnel, de nous dévoiler la réalité, c’est-à-dire de nous donner accès, au-delà des apparences super cielles, à des réalités essentielles. C’est par exemple le genre d'argument que développera, quelques années après Nietzsche, le philosophe et mathématicien Bergson, dans La pensée et le mouvant. fi fi ff fi fi fi fi fi fi Mais Nietzsche, lui, s’oppose à cet argument. Même par anticipation. Et il tente de le réfuter au moyen d’une analyse des conditions requises pour voir ce que tout un chacun ne voit pas. Certes, à la faveur de la thèse adverse, Nietzsche lui-même le reconnaît, l’artiste est bien capable de voir des choses que nous ne voyons pas. Mais Nietzsche refuse une double idée : d’une part l’idée selon laquelle cette vision de l’artiste serait une saisie de « l’être » même des choses ; d’autre part l’idée selon laquelle cette vision artistique des choses serait une vision rendue possible par « l’intuition ». »

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