Devoir de Philosophie

Devoir, contrainte, obligation ?

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Elle appelle pourtant bien des réserves. Et tout d'abord on peut indiquer l'insuffisance de son forma­lisme. Accordons à Kant que la bonne intention est la condi­tion nécessaire de la valeur morale d'un acte. Elle n'est pas une condition suffisante. Certes Kant ne confond pas l'inten­tion morale avec un simple voeu, la bonne intention dont il parle est évidemment celle qui a le courage et la volonté de s'incar­ner dans un acte. Mais précisément on peut se demander si l'acte moral doit être uniquement apprécié par rapport à l'inten­tion qui l'inspire. Beaucoup d'hommes en effet ressemblent à l'ours de la fable qui lance un gros pavé sur le visage de son maître endormi dans l'excellente intention de le délivrer d'une mouche importune ! Les grands inquisiteurs torturaient l'hérétique dans l'intention de le convertir et de lui épargner les tour­ments infinis de l'enfer. Des parents pleins de bonne volonté peuvent dans l'excellente intention de surveiller leurs enfants, de leur éviter des expériences pénibles, de les protéger des dan­gers de la vie, en faire des inadaptés et des timides incurables. Dira-t-on que de tels actes sont moralement parfaits sous prétexte que la bonne volonté de leurs auteurs est certaine, sous prétexte que leur âme est pure ? Il faudrait, pour suivre Kant dans cette voie, accepter le principe d'une morale mystique, qui se soucierait exclusivement de la pureté des consciences, et serait indifférente à la matière même des oeuvres.

« nécessairement malheureux. Il devient incapable de jugement, d'honneur, et, au lieu d'être maître de soi, il estsoumis à ce qu'il y a de plus bestial en lui. Céder aux passions, au désir, rêver d'être tyran est donc en fait rêver d'être impuissant, confondre ce qui estagréable avec ce qui est bon. Nul ne peut être véritablement maître des autres sans être d'abord maître de soi. Leprojet d'hommes comme Calliclès est contradictoire : on ne peut à la fois être soumis à ses propres désirs et libre, être maître et serviteur. Le « Grogias » filait la métaphore des deux tonneaux. L'homme maître de lui-même, ordonné, est celui qui sait combler ses désirs sans leur céder, accorder au corps ce qu'il faut. L'homme tyrannique poursuit sans trêve desplaisirs nouveaux, comme on verse du liquide dans un tonneau ; mais ce que ne sait pas cet être de la démesure,ce qu'il ne veut pas voir, c'est que sa conduite déréglée en fait un « tonneau percé ». Il peut sans fin accumuler lesplaisirs : il ne sera jamais comblé, et s'épuisera en pure perte. Le dérèglement est donc d'abord une faute de jugement : c'est une incompréhension de ce qu'est le bien véritable,une confusion entre bon & agréable. Ainsi, il est clair que « Nul n'est méchant volontairement ». Eclairer les intelligences, c'est ipso facto redresser les conduites. Mais puisque l'injustice est une maladie de l'âme, une perversion de l'ordre, alors la punition est leremède approprié. Le châtiment est conçu par Platon comme analogue du médicament. On accepte la souffrance physique pour se soigner, pour réparer un mal, parce qu'on sait que le traitement enduré est finalement bénéfique. Ildoit en aller de même pour l'âme : la souffrance endurée, là encore, doit être comprise comme nécessaire au rétablissement d'un équilibre que l'injustice avait compromis. C'est pourquoi, aussi paradoxale que paraisse la thèse,« il est pire de ne pas être puni que de l'être ». L'homme injuste impuni est semblable au malade abandonné à son sort. Platon inaugure la grande tradition de l'ascétisme. En un sens, toute notre morale est restée imprégnée des thèses platoniciennes, et il n'y a guère que Nietzsche pour avoir reconnu en Calliclès un modèle. 2. Le respect de la personneRespecter la personne, selon Kant, c'est respecter l'homme comme chose ensoi et non comme phénomène. Parce que le bien est affaire de volonté, ledevoir n'a d'autre justification que lui-même. Il n'a rien d'agréable, loin de là,mais il ne peut reposer sur la crainte (faire le bien parce que l'on a peur neconstitue aucune preuve de moralité). Il prend la forme d'un impératifcatégorique (je fais mon devoir parce que c'est le devoir) qui s'oppose àl'impératif hypothétique (pour avoir une récompense). L'intérêt est l'ennemi dudevoir. Selon Kant, la volonté n'obéit pas toujours naturellement à la raison. Dans cecas la raison exerce une contrainte sur la volonté. Cette contraintes'appelle un impératif. Les impératifs sont de deux sortes :— les impératifs hypothétiques expriment la nécessité pratique de certainesactions considérées non en elles-mêmes mais pour leurs résultats, c'est-à-dire comme des moyens subordonnés à une fin (par exemple, je dois prendrece médicament pour guérir, si je veux guérir). Les impératifs hypothétiques serattachent à la prudence et visent le bonheur de l'individu ;— les impératifs catégoriques, en revanche, commandent les actions non pourleurs résultats, mais pour elles-mêmes. Ils ordonnent sans condition et sontd'une évidence immédiate : dès qu'ils sont aperçus, la volonté sait qu'elle doits'y soumettre. En outre, étant indépendants de toute fin, les impératifscatégoriques s'imposeront à n'importe quelle volonté particulière. Ils secaractérisent donc par leur universalité. C'est pourquoi il n'y a au fond qu'un seul impératif catégorique d'où tous lesimpératifs du devoir peuvent être dérivés et que Kant énonce ainsi : « Agis uniquement d'après la maxime qui faitque tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle ». De cette formule, Kant en déduit troisautres :• « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature. »• « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre,toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »• « Agis toujours de telle sorte que tu puisses te considérer comme législateur et comme sujet dans un règne desfins rendu possible par la liberté de la volonté. » »

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