Devoir de Philosophie

Devoir et nécessité. Obligation et contrainte ?

Publié le 19/08/2004

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"Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus fort; droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe: mais ne  nous expliquera-t-on jamais ce mot? La force est une puissance physique; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un  acte de nécessité, non de volonté; c'est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir?Supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu'il n'en résulte qu'un galimatias inexplicable. Car sitôt que c'est la force qui fait le droit, l'effet change avec la cause; toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôt qu'on peut désobéir impunément on le peut légitiment, et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s'agit que de faire en sorte qu'on soit le plus fort. Or qu'est-ce qu'un droit qui périt quand la force cesse?

« les sociétés justes, ces contraintes reposent sur des obligations légitimes. Une société de pure contrainte n'apporterait rien à ses membres. Elleaurait peu de chances de durer. Comment peut alors se mettre en place une véritable logique de l ‘obligation ? « Il ne serait pas [...] raisonnable de croire que les Peuples se sont d'abord jetés entre les bras d'un Maître absolu,sans conditions et sans retour, et que le premier moyen de pourvoir à la sûreté commune qu'aient imaginé deshommes fiers et indomptés, a été de se précipiter dans l'esclavage. En effet, pourquoi se sont-ils donnés dessupérieurs si ce n'est pour les défendre contre l'oppression, et protéger leurs biens, leurs libertés et leurs vies quisont pour ainsi dire, les éléments constitutifs de leur être ? Or dans les relations d'homme à homme, le pis qui puissearriver à l'un étant de se voir à la discrétion de l'autre, n'eût-il pas été contre le bon sens de commencer par sedépouiller entre les mains d'un Chef des seules choses pour la conservation desquelles ils avaient besoin de sonsecours ? Quel équivalent eût-il pu leur offrir pour la concession d'un si beau Droit ; et s'il eût osé l'exiger sousprétexte de les défendre, n'eût-il pas aussi tôt reçu la réponse [...] ; que nous fera de plus l'ennemi ? Il est doncincontestable, et c'est la maxime fondamentale de tout le Droit Politique, que les Peuples se sont donnés des Chefspour défendre leur liberté et non pour les asservir [...] Les Politiques font sur l'amour de la liberté les mêmes sophismes que les philosophes ont fait sur l'état de nature ;par les choses qu'ils voient ils jugent des choses très différentes qu'ils n'ont pas vues, et ils attribuent aux hommesun penchant naturel à la servitude par la patience avec laquelle ceux qu'ils ont sous les yeux supportent la leur,sans songer qu'il en est de la liberté comme de l'innocence et de la vertu, dont on ne sent le prix qu'autant qu'on enjouit soi-même, et dont le goût se perd sitôt qu'on les a perdues. » Rousseau, « Discours sur l'origine de l'inégalité ». "Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissanceen devoir. De là le droit du plus fort; droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe: mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot? La force est une puissance physique; je ne vois point quelle moralité peutrésulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté; c'est tout au plus un acte deprudence. En quel sens pourra-ce être un devoir? Supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu'il n'en résulte qu'un galimatias inexplicable. Car sitôt que c'est laforce qui fait le droit, l'effet change avec la cause; toute force qui surmonte la première succède à son droit. Sitôtqu'on peut désobéir impunément on le peut légitiment, et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s'agit que defaire en sorte qu'on soit le plus fort. Or qu'est-ce qu'un droit qui périt quand la force cesse? S'il faut obéir par forceon n'a pas besoin d'obéir par devoir, et si l'on n'est plus forcé d'obéir, on n'y est plus obligé. On voit donc que cemot de droit n'ajoute rien à la force; il ne signifie ici rien du tout. [...]. Convenons donc que force ne fait pas droit,et qu'on n'est obligé d'obéir qu'aux puissances légitimes." (« Du contrat social », I, 3). »

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