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En quoi la notion de personne vous paraît-elle se distinguer de celle d'individu ?

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individu
- Personnalité : a) Caractère de la personne aux sens 2 ou 3. b) Forme que prend la vie psychique chez l'homme normal et qui suppose la conscience d'être un moi unique et permanent ; maladie de la personnalité : tout trouble psychique qui rend cette forme impossible. c) Originalité ; caractère propre à un individu humain. d) Individualité remarquable par son rôle social, sa renommée. e) Préoccupation excessive pour ses propres qualités et mérites (rare et inusité auj.) ; cf. personnel, sens d ; SYN. égoïsme. f) Personnalité de base (angl : basic personality) : (psycho., socio.

« Ce qui apparaît déjà implicitement dans ces pages classiques de Kant, c'est,par rapport à l'usage ordinaire du mot, un enrichissement de l'idée depersonne, par quoi elle dépasse infiniment celle d'individu. Mais c'est à lalumière du personnalisme contemporain, qui se dresse en face del'individualisme de fait, que l'opposition entre personne et individu vas'approfondir. Non seulement, contrairement à un contresens fréquent, lepersonnalisme ne doit pas être confondu avec l'individualisme, mais ladémarche même de la personne et la démarche initiale de l'individu sontinverses l'une de l'autre. L'individualisme saisit le moi comme réalité isolée,dans une séparation originelle à l'égard du monde et des autres moi. Ou bien ilexalte cette séparation et nous donne pour tâche de cultiver précieusementnotre différence, à la manière du Gide des Nourritures terrestres : « Crée detoi, impatiemment ou patiemment, ah ! le plus irremplaçable des êtres.» Oubien il postule l'incommunicabilité des consciences et fige l'individu dans uneattitude de solitude hautaine ou de revendication violente, se révoltantcontre toute valeur objective et se posant au centre du monde. Ou bienencore il réduit la vie à un hédonisme délibéré ou de fait, qui ne vise que leplaisir égoïste ou l'intérêt particulier. Et si de nombreux êtres humains, dansune société donnée, adoptent ce mode de vie, le nombre servant en quelquesorte d'excuse, voire de justification, on aboutit, d'après la définition deMounier, à l'individualisme comme « système de moeurs, de sentiments,d'idées et d'institutions qui organise l'individu sur des attitudes d'isolement et de défense », et il faudrait ajouter : de jouissance immédiate ou à plus ou moins long terme.Or si le premier souci de l'individualisme est de centrer l'individu sur soi, le premier souci du personnalisme est de ledécentrer pour l'établir dans la perspective ouverte de la personne. La personne ne croît qu'en se purifiantincessamment de l'individu qui est en elle. Et elle n'y parvient pas à force d'attention sur soi, mais, au contraire, ense faisant, selon le mot de Gabriel Marcel, disponible. Le personnalisme est donc l'antithèse de l'individualisme et sonadversaire le plus direct.Il convient toutefois de fonder cette distinction radicale sur une analyse plus détaillée. Pour dissiper toute confusionentre personne et individu, il faut, en effet, dénoncer toutes les formes de l'égoïsme, qui sont toutes comme desarrêts de développement dans l'épanouissement de la personne et qui reviennent toutes au refus d'autrui, avoué ounon, ou bien à l'utilisation d'autrui.D'abord, à l'instar de Narcisse du mythe antique, je puis me complaire àmoi-même et en moi-même. Le culte de soi qu'on appelle le narcissisme ne recouvre que l'imposture et le vide.Imposture, car cette pureté négative n'est qu'impuissance d'action, fuite de la réalité dans le rêve et l'utopie,désertion à l'égard des tâches humaines positives indéfiniment ajournées. Vide, car cette contemplation de soi n'estqu'illusion de richesse, orgueil ou plutôt vanité d'une réflexion sans aliment. Telle est l'erreur de Narcisse, « il désire,dit Lavelle, contempler son être avant de l'avoir lui-même produit; il veut trouver en soi pour la posséder uneexistence qui n'est encore qu'une pure puissance tant qu'elle n'est pas exercée ». Le narcissisme fait de la vieintérieure le tout de la vie spirituelle, alors qu'elle n'en est qu'un moment. « Notre vie secrète, remarquait déjà LéonBrunschvicg, n'est pas nécessairement une vie profonde. Le repliement sur nous-même qui devrait multiplier lesjouissances comme les richesses de la vie intérieure ne conduira qu'à une culture du moi tout artificielle et toutestérile, si elle est détournée des principes de communion, des valeurs d'universalité auxquels est suspendu ledéveloppement de la vie spirituelle.»Le narcissisme n'est d'ailleurs que l'aspect le plus esthétique ou plutôt le plus spectaculaire de ce style de vie sigénéral auquel convient la dénomination d'individualisme. Sous couvert de liberté et d'indépendance, de personnalitéet d'originalité, l'individualisme repose sur un parti pris, explicite ou implicite, non pas tant d'isolement que dedéfiance ou même de défense à l'égard des autres hommes. Mais l'individualisme, plus souvent encore, est moinsrefus d'autrui qu'utilisation d'autrui à ses propres intérêts. « L'autre » n'est alors qu'un moyen pour les fins del'individu, de même, du reste, que la société en général, que celui-ci ne considère que comme le gérant de sesdroits, en même temps qu'une source inépuisable de secours et de services. Au fond, l'individualisme est toujourségoïsme.Il est, en effet, bien remarquable que tous les groupements sociaux que l'homme semble avoir institués pour selibérer de son égoïsme tendent à le sécréter sous une forme nouvelle et apparemment plus avouable. Car l'égoïsme,avec une plus ou moins grande conscience, se figure s'être dépassé en se dissimulant sous le manteau de motifshonorables, dans des orbes plus larges, familles, profession, nations, églises. Il est vrai d'ailleurs qu'à l'intérieur deces groupements, l'homme peut se montrer capable de dévouement et d'altruisme, de sacrifices, ce qui lui donnel'illusion et le faux-semblant d'une justification.Mais ces groupes sont moralement ambivalents. D'un côté, il faut reconnaître qu'ils détachent l'individu de sonégoïsme strict. On ne peut guère nier qu'il y ait une action bienfaisante de la vie familiale comme il y en a une del'esprit de corps qui soutient l'individu dans l'exercice de sa profession, comme il y a une vérité du patriotisme quipeut nous unir à nos concitoyens pour réaliser une oeuvre d'intérêt commun. Néanmoins ces mêmes groupes, quitendent à se refermer sur eux-mêmes, gardent, bien que de plus en plus étendus, l'étroitesse et la partialité del'égoïsme individuel et, ne consultant que leur intérêt, y limitent leur horizon. Car c'est toujours égoïsme si l'on érigece qui n'est qu'un degré dans la hiérarchie des valeurs sociales, qui va de l'individu à l'humanité tout entière, envaleur suprême, si haut que soit ce degré. D'où les excès du népotisme, de l'esprit corporatif, du nationalisme et duracisme comme du dogmatisme et du fanatisme religieux. Les familles ne sont plus, comme dit Gide, que des foyersclos, les nations se barricadent derrière leurs frontières ou affirment leur primauté absolue. Les religions s'excluent »

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