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En vous appuyant sur votre expérience personnelle, vous commenterez ce propos par lequel Romain Rolland définit le lien entre la lecture et la connaissance de soi : « On ne lit jamais un livre. On se lit à travers les livres, soit pour se découvrir, soit pour se contrôler ». ?

Publié le 30/10/2009

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« Ce vice impuni : la lecture « déclarait Valéry Larbaud. Les lecteurs ne sont pas des fumeurs d'opium : mais il y a bien une sorte de « toxicomanie « dans cette habitude dont on ne se débarrasse presque jamais. A quoi tient cet amour des livres que pratiquent tant de millions de lecteurs à travers le globe ? Parmi les innombrables hypothèses qui ont pu être proposées par des chercheurs ou des critiques, retenons l'idée de Romain Rolland : « on ne lit jamais un livre ; on se lit à travers les livres... « En somme, il ne s'agit pas tant de sortir de soi-même pour comprendre les autres, mais bien plutôt de s'identifier avec l'auteur en se plongeant dans son ouvrage. Dans quelle mesure peut-on suivre l'auteur de Jean-Christophe dans l'interprétation de la psychologie du lecteur ? Est-il bien certain que l'on se recherche soi-même à travers le livre ? Le lecteur tente-t-il de se confondre en partie avec l'auteur, telles seront les grandes questions que nous allons nous poser.  Tentons d'abord d'interpréter ce que Romain Rolland a voulu dire et d'analyser dans quelle mesure il a eu raison de soutenir que le lecteur cherche à s'assimiler à l'auteur, à retrouver l'inspiration même de l'écrivain.

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« l'humour, va pouvoir tomber dans ce panneau.

Il est impossible de se confondre avec un auteur, quand on est unlecteur adulte doté d'un minimum de sens critique ou de ce que Bertold Brecht a nommé la « distanciation ».

Si Ton prend du recul par rapport au livre,on se rendra bien compte que l'auteur ne nous a pas recopié pour nous placer dans son œuvre.

Si quelquescoïncidences nous permettent d'entrevoir des similitudes entre tel personnage et nous-mêmes, en revanche, il estbien évident que l'écrivain digne de ce nom mélange douze modèles pour en faire un seul personnage ou butine lesfleurs ou fait son miel à partir de cent traits divers.

Qui pourrait oser dire qu'il a été le modèle du Grand Maulnesd'Alain Fournier ou celui de Thomas l'Imposteur de Jean Cocteau ? Selon le critique qui va juger et jauger, le «bouquin » sera vraiment lu en tant que tel par lui-même et pour lui-même et non par cela seul que notre lecteurs'est reconnu en lui.Le critique est un lecteur attentif, lucide et pénétrant.

Précisément « il pénètre » à l'intérieur de l'universromanesque ; il sait scruter jusqu'au tréfonds des personnages du roman ; il va comprendre ce qu'a voulu dire leromancier et va tâcher de le traduire de façon synthétique pour que d'autres lecteurs puissent également lecomprendre en lisant sa critique.C'est ainsi qu'il nous paraît que quelques grandes consciences sont tout à fait capables de lire un livre : ce n'estpeut-être pas donné à tout le monde ; il y a probablement infiniment plus de faux-lecteurs qui, eux, se lisent eux-mêmes à travers les livres, que de vrais amateurs qui vont pousser le sens critique jusqu'à gratter le verni etatteindre la « substantif ique moelle ».Lire un livre, c'est s'engager la tête baissée sans aucune compromission à une tâche assez rude.

Mais la joie dulecteur comblée qui a su comprendre et retrouver les visées véritables de l'écrivain est, comme le disait Poussin,pour l'amateur de peinture, une véritable délectation.

C'est une joie sans mélange.

C'est le bonheur.

Cela demandedes sacrifices.

Mais le lecteur comblé est largement récompensé de cette course d'obstacles.

Il y gagne encompréhension, en progression, en amélioration de soi-même.Faut-il souscrire à la formule de Romain Rolland selon laquelle « on ne lit jamais un livre » sauf à se lire soi-même àtravers les livres ? On pourrait distinguer entre le lecteur borné qui ne peut pas comprendre vraiment ce qu'il lit et le« liseur » intellectuel fin, astucieux, compréhensif, souvent suradapté qui seul, parviendra à comprendre ce quel'auteur a voulu dire.

Il y aura toujours des Jean-Jacques Rousseau pour soutenir que la lecture est nécessairementnocive : « Je hais les livres, ils n'apprennent à parler que de ce qu'on ne sait pas.

» L'auteur du Contrat social nousfournit ici un parallèle entre l'homme concret qui ne se paye pas de mots, qui vit en son temps, les deux pieds surterre, d'une façon très vivante, et l'amateur de connaissances livresques qui ne sait rien de la vie, car il s'estenfermé dans sa « librairie » à la manière de la « tour d'ivoire » de Montaigne où l'on ne pénètre plus sans y avoirété introduit par les livres.Mais le livre n'apporte pas seulement aux lecteurs un pur savoir livresque.

Le livre est le plus efficace des moyens deculture et de dépassement de soi-même.

Lire pour se lire est un travers : lire pour lire, voilà le salut.

L'authentiqueamateur de livres n'est jamais « livresque » car ce « liseur » saura dépasser son livre pour mieux l'assimiler.

C'estpeut-être ce que voulait exprimer Voltaire lorsqu'il soutenait que « les livres les plus utiles sont ceux dont leslecteurs font eux-mêmes la moitié ».. »

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