explication de texte: Hegel, esthétique: Cette conscience de soi
Publié le 11/11/2025
Extrait du document
«
Hegel, introduction à l’Esthétique
« Cette conscience de soi, l’homme l’acquiert de deux manières : primo, théoriquement, parce
qu’il doit se pencher sur lui-même pour prendre conscience de tous les mouvements, replis et
penchants du cœur humain, et d’une façon générale, se contempler, se représenter ce que la pensée
peut lui assigner comme essence, enfin se reconnaître exclusivement, aussi bien dans ce qu’il tire de
son propre fond que dans les données qu’il reçoit de l’extérieur.
Deuxièmement, l’homme se constitue pour soi par son activité pratique, parce qu’il est poussé à
se trouver lui-même, à se reconnaître dans ce qui lui est donné immédiatement, dans ce qui s’offre à
lui extérieurement.
Il y parvient en changeant les choses extérieures, qu’il marque du sceau de son
intériorité et dans lesquelles il ne retrouve que ses propres déterminations.
L’homme agit ainsi de par
sa liberté de sujet, pour ôter au monde extérieur son caractère farouchement étranger et pour ne jouir
des choses que parce qu’il y retrouve une forme extérieure de sa propre réalité.
Ce besoin de modifier les choses extérieures est déjà inscrit dans les premiers penchants de
l’enfant ; le petit garçon qui jette des pierres dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans
l’eau, admire en fait une œuvre où il bénéficie du spectacle de sa propre activité ».
Ce texte est extrait de l’introduction à l’Esthétique, ensemble de cours professés sur l’art par Hegel
entre 1820 et 1829 et publiés après sa mort par ses étudiants.
Hegel y traite de la double acquisition de la
conscience de soi dont l’accomplissement serait l’œuvre d’art.
Situation et thème.
Hegel s’inscrit dans la tradition philosophique du sujet définissant essentiellement l’être humain comme
être conscient.
Si cette philosophie doit son origine à Descartes au XVIIème siècle, Hegel ajoute à la
réflexion cartésienne que l’essence de la conscience se réalise, elle n’est donc pas une donnée originaire.
Thèse.
Pour être conscient de lui, l’être humain doit se saisir lui-même comme intériorité ainsi que se
reconnaître dans les changements qu’il fait subir aux choses extérieures.
Cette double acquisition le
distingue des autres êtres, vivant au sein de la nature, dont l’existence est entièrement déterminée, au
contraire de l’être humain affirmant par cette conscience de soi sa liberté de sujet.
Hegel montre ainsi en
quoi l’acquisition théorique de la conscience n’est pas suffisante et en quoi elle doit être mise en œuvre par
la pratique.
Tout ce qui suit la thèse problématise le texte.
Le mouvement du texte part de l’acquisition théorique de la conscience de soi, pour montrer en quoi la
pratique l’accomplit et illustre enfin cet accomplissement par l’exemple d’un enfant jetant des cailloux dans
l’eau.
Articulations du texte.
Tout d’abord, quelle est l’origine de la conscience de soi ? Selon Hegel, elle est issue d’une double
acquisition dont il commence par analyser la première : l’acquisition théorique.
Si la conscience est faculté de penser devant permettre de parvenir à un ensemble de connaissances, la
conscience de soi est saisie de soi comme subjectivité, càd renvoyant à une intériorité distincte du reste du
monde (la nature, dont la conscience de soi est capable de s’extraire ; les vivants non humains, dont la
conscience de soi se distingue ; les autres êtres humains, dont la conscience de soi s’individualise).
L’être humain prend alors conscience de lui-même par le détour de la pensée, à savoir par la réflexion qui
le distancie des choses de la nature et lui fait sentir en son cœur, càd au fond de lui-même, à l’intérieur de
son être, quelle est son essence.
Celle-ci consiste à se reconnaître exclusivement, càd se saisir comme être
distinct par la pensée.
Mais Hegel ajoute que l’être humain y parvient tout à la fois dans « ce qu’il tire de
son propre fond » et « dans les données qu’il reçoit de l’extérieur ».
Autrement dit, il est également capable
de se faire une image de lui-même à partir de ce qu’il observe extérieurement, par exemple de se sentir
empathique lorsqu’il voit un être souffrir.
Nous pouvons mettre cette définition de l’être humain comme sujet en parallèle avec celle qu’en propose
Kant (prédécesseur de Hegel et qui a imprégné sa philosophie) dans l’Anthropologie où il écrit : « Posséder
le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève infiniment l’homme au-dessus du reste de la nature.
» Or,
posséder le Je dans sa représentation signifie être conscient de soi.
Cette introspection dont l’être humain est capable menant à la conscience de soi nous est entre autres
représentée à travers la sculpture de Rodin intitulée justement le Penseur (1880).
1
On observe un homme, au corps puissant, assis, le coude droit plié sur son genou et la tête reposant sur le
poignet.
La tête symbolise le lieu de l’esprit, la posture confère à cet homme le statut d’être pensant dont la
puissance est matérialisée par celle du corps.
Pourtant, la conscience de soi n’est pas encore entièrement ce qu’elle est tant qu’elle en reste au
stade de l’intériorité.
Pour être, elle a à se réaliser à travers le second mode d’acquisition.
En quoi consistet-il ?
Le second mode d’acquisition de la conscience de soi est pratique.
En effet, l’être humain ne se
contente pas de se contempler et de contempler le monde, il agit également tout en sachant qu’il est le sujet
de l’action.
L’action pratique n’est donc pas le simple redoublement de la conscience de soi, elle en est
l’extériorisation, la façon dont la conscience se saisit objectivement.
En effet, l’intériorité du sujet n’est à
terme pas tenable : l’être humain se sait être lorsque son être produit des effets, càd lorsqu’il s’extériorise et
peut se saisir comme objet.
En cela Hegel prolonge la philosophie de Descartes : si la découverte du cogito
constitue la première vérité de la philosophie cartésienne et suffit à refonder tout le savoir à partir de la
position du sujet, Hegel montre que le sujet doit s’objectiver,....
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