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Expliquez le texte suivant de Pascal, en essayant de montrer comment, chez l'auteur des Pensées, l'imagination s'allie à la logique (Section II, 72, éd. Brunschvicg).

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pascal

« Notre intelligence tient dans l'ordre des choses intelligibles le même rang que notre corps dans l'étendue de la nature.    Bornés en tout genre, cet état qui tient le milieu entre deux extrêmes se trouve en toutes nos puissances. Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême, trop de bruit nous assourdit, trop de lumière éblouit, trop de distance et trop de proximité empêche la vue, trop de longueur et trop de brièveté de discours l'obscurcit, trop de vérité nous étonne (j'en sais qui ne peuvent comprendre que qui de zéro ôte 4 reste zéro), les premiers principes ont trop d'évidence pour nous, trop de plaisir incommode, trop de consonances déplaisent dans la musique et trop de bienfaits irritent, nous voulons avoir de quoi surpayer la dette : Bénéficia eo usque laeta sunt dum videntur exsolvi posse; ubi multum antevenere, pro gratia odium redditur. Nous ne sentons ni l'extrême chaud, ni l'extrême froid. Les qualités excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles : nous ne les sentons plus, nous les souffrons. Trop de jeunesse et trop de vieillesse empêchent l'esprit, trop et trop peu d'instruction ; enfin les choses extrêmes sont pour nous comme si elles n'étaient point, et nous ne sommes point à leur égard : elles nous échappent, ou nous à elles.    Voilà notre état véritable ; c'est ce qui nous rend incapables de savoir certainement et d'ignorer absolument. Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, poussés d'un bout vers l'autre. Quelque terme où nous pensions nous attacher et nous affermir s'il branle et nous quitte, et si nous le suivons, il échappe à nos prises, nous glisse et fuit d'une fuite éternelle. Rien ne s'arrête pour nous. C'est l'état qui nous est naturel et toutefois le plus contraire à notre inclination; nous brûlons du désir de trouver une assiette ferme et une dernière base constante pour y édifier une tour qui s'élève à l'infini; mais tout notre fondement craque, et la terre s'ouvre jusqu'aux abîmes. «.   

« 2. La démonstration. Elle comprend : a) l'énoncé de la proposition qui explicite le théorème. b) trois séries d'exemples qui peuvent se classer ainsi : les sensations, la compréhension des vérités mathématiques,la vie affective et morale. c) Chacune de ces séries est introduite ou terminée par une phrase abstraite et générale : « Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême. » « Les premiers principes ont trop d'évidence pour nous. » « Les qualités extrêmes nous sont ennemies et non sensibles. » d) Enfin, une phrase générale contient l'énoncé de la conclusion relative la proposition initiale : « Les chosesextrêmes... et nous à elles. » Bornés en tout genre : de quelque manière qu'on envisage la réalité, on se heurte à des limites. Le participe placéen rejet a une valeur expressive et affective et entraîne d'autre part une anacoluthe, puisqu'il ne peut pas êtrerapporté au sujet état. Ce brusque changement de construction, avec un nouveau sujet, se trouvait déjà plus haut: « Infiniment éloignés de comprendre les extrêmes..., la fin des choses... » Il faut comprendre ou : « comme noussommes bornés... » ou « comme notre état est borné... ». État est à prendre au sens de « condition », c'est-à-diresituation de l'intelligence par rapport au monde des phénomènes qui devraient être assimilés par elle. Le milieu entre deux extrêmes : milieu n'est pas centre, mais quelque part entre le centre et la circonférence.Extrêmes : ce sont les deux espèces opposées d'un même genre qui est l'infini, l'illimité. Toutes nos puissances : c'est-à-dire facultés, fonctions psychologiques servant à la compréhension du réel. Tout(genre)... toutes (nos puissances) ; on remarquera le martellement de la phrase de nouveau encadrée par deuxmots à nuance affective : tout... toutes. Genre désigne une classe du réel, puissance un aspect de l'intelligence :ainsi nature et intelligence continuent à s'op poser. Et maintenant les impressions et les sensations venant dudehors vont être énumérées en grand nombre. Ces exemples sont annoncés par la répétition du mot extrême, maiscette accumulation d'exemples ne suit pas un ordre rigoureux. Ceux-ci peuvent d'une part se classer en groupes :les sensations, les perceptions, l'attention, l'intuition des vérités mathématiques, la vie affective, la vie morale,etc... (mais ce classement n'est pas rigoureux, puisque les sensations énoncées au début reviennent par la suite :chaud et froid), mais d'autre part surtout se ramener à deux types : tantôt les deux extrêmes sont énoncés partrop de et suivis d'un verbe de valeur négative : ce sont alors les substantifs qui s'opposent entre eux; tantôt il n'ya qu'un extrême : dans ce cas le substantif s'oppose au verbe, qui exprime l'idée contraire. Mais ce qui prévauttoujours, c'est l'opposition des extrêmes et de nous, c'est-à-dire la disproportion entre la nature et l'intelligence quiest posée en principe dans le théorème initial. Première série d'exemples. Il s'agit des sensations de l'ouïe et de la vue, de la perception de l'espace, de l'attention, c'est-à-dire de fonctionsqui relèvent de la vie intellectuelle autant que de la sensibilité (au sens de : faculté d'être affecté par les organesdes sens). Il faut remarquer avant tout la précision du verbe assourdit (détruit l'ouïe qui n'est faite que pour capter lesfréquences moyennes : pour affiner l'ouïe on recommande au contraire de diminuer progressivement l'intensité dessons) — empêche la vue (les distances doivent être situées au delà du point de convergence binoculaire, fixe pourchaque individu) — empêcher a le sens latin de gêner— obscurcit : l' est une petite négligence; ce pronom ne peutpas remplacer vue, mais esprit, puisque discours signifie développement écrit ou oral; c'est le précepte de Boileau :« J'évite d'être long et je deviens obscur. » Les deux extrêmes sont donc ici la prolixité et la brachylogie. Étonne :est employé au sens fort de : frappé de stupeur, paralyse, empêche de comprendre. Zéro doit être compris commeéquivalent de « néant absolu »; autrement on arriverait à des nombres négatifs, ce que le chevalier de Méré, icivisé, n'admettait pas. Les mathématiciens savent d'ailleurs qu'il n'y a rien de plus délicat que d'expliquer lesopérations élémentaires : addition, soustraction, etc. Conclusion particulière : « les premiers principes ont trop d'évidence pour nous. » Ce sont les axiomes, purementformels, qui règlent l'exercice de la pensée logique ou bien encore les vérités les plus générales d'une science, lespropositions directrices dont elle dépend. Peut-être est-ce là un coup de griffe contre le principe de l'évidence deDescartes ou intuition rationnelle, critérium de ce que l'intelligence doit recevoir en premier lieu. Deuxième série d'exemples : la vie affective et morale. Trop de plaisir : le plaisir excessif devient source de douleur. Les Épicuriens l'ont bien enseigné. Déjà l'idée desouffrance se fait jour ici. Nous la retrouverons avec la phrase : « nous les souffrons. » »

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