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Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ?

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Au contraire d'Eurydice, l'absurde ne meurt que lorsqu'on s'en détourne. L'une des seules positions philosophiques cohérentes, c'est ainsi la révolte [...] Cette révolte donne son prix à la vie » (A. Camus, Le Mythe de Sisyphe, Gallimard, coll. Idées, pp. 76-77). Ainsi, c'est dans le sentiment de notre finitude et la capacité que nous avons de faire face à notre propre mort que nous puisons la force et l'énergie de vivre pleinement et authentiquement la vie qu'il nous est donné de vivre, car « la vie de l'esprit n'est pas la vie qui s'effarouche devant la mort et se préserve pure de la décrépitude, c'est au contraire celle qui la supporte et se conserve en elle» (Hegel, Phénoménologie de l'esprit, p. 48, trad. J.-P.

« la conscience, de la pensée individuelle: « Ainsi le mal qui effraie le plus, la mort, n'est rien pour nous, puisquelorsque nous existons, la mort n'est pas là, et lorsque la mort est là, nous n'existons plus. » La mort ne dépend pas de nousL'heure de notre mort nous est inconnue. La mort ne dépend pas de notre choix sauf peut-être dans lesuicide. C'est pourquoi il ne faut pas s'en soucier comme le disait Épicure. Ce qui dépend de nous, c'est devouloir vivre, d'aimer, agir, comme si la vie ne devait jamais finir. Il nous faut vivre comme des immortels pourl'éternité. [Le fait que nous devons mourir est ce qui donne tout son sens à l'existence humaine. La mort fait partie de la vie. Elle nous force à donner un sens à notreexistence, à nous interroger, à créer, à nous sentir solidaires des autres hommes. Sans la mort, nous serions irresponsables et vains.] La mort fait partie de la vieC'est parce que la mort, comprise comme néant, nous dévoile l'absurdité de la vie, que cette dernière pourraêtre authentiquement vécue, dans la conscience et la révolte : « Il s'agissait de savoir si la vie devait avoirun sens pour être vécue. Il apparaît ici au contraire qu'elle sera d'autant mieux vécue qu'elle n'aura pas desens. Vivre une expérience, un destin, c'est l'accepter pleinement [...]. Vivre c'est faire vivre l'absurde. Lefaire vivre, c'est avant tout le regarder. Au contraire d'Eurydice, l'absurde ne meurt que lorsqu'on s'endétourne. L'une des seules positions philosophiques cohérentes, c'est ainsi la révolte [...] Cette révolte donneson prix à la vie » (A. Camus, Le Mythe de Sisyphe, Gallimard, coll. Idées, pp. 76-77). Ainsi, c'est dans lesentiment de notre finitude et la capacité que nous avons de faire face à notre propre mort que nous puisonsla force et l'énergie de vivre pleinement et authentiquement la vie qu'il nous est donné de vivre, car « la viede l'esprit n'est pas la vie qui s'effarouche devant la mort et se préserve pure de la décrépitude, c'est aucontraire celle qui la supporte et se conserve en elle» (Hegel, Phénoménologie de l'esprit, p. 48, trad. J.-P.Lefebvre). Notre temps est limitéComme l'explique Sartre, la mort marque en effet la limite absolue denotre être et de nos possibilités. Notre temps est limité, ce qui nousoblige à faire des choix et à prendre des engagements. Celui qui selaisse bercer par l'illusion de l'immortalité risque de ne jamais rien faire,et donc de ne pas exister véritablement. Etre immortel serait êtrecondamné à une vie d'ennui et d'inaction. C'est la conscience que nousavons de la mort qui nous pousse à agir, à... vivre. La mort donne un sens à la vieToute entreprise est un acte par lequel ma vie empiète sur l'avenir. Eneffet, toute action suppose une médiation, un travail, un effort, unepersévérance. Or si la mort est l'horizon et le terme de touteanticipation, si toute anticipation me convertit à la mort en metournant vers le futur, je ne puis échapper à la perspective de la mortqu'en cessant de me porter au-delà du présent : mais du même couptoute entreprise me devient impossible. Or, si je n'entreprends plus rien,si je refuse de me donner un avenir pour ne pas être déterminé àconsidérer la limite de cet avenir, peut-on encore dire que je suisvéritablement vivant ?C'est un double écueil qu'il nous faut éviter : d'une part l'oubli de notrecondition, d'autre part le refus de tout avenir. Il s'agit de vivre commesi nous étions immortels, non pas en s'imaginant immortels ; ce n'est pas un éloge de l'illusion : il me fautsavoir que je suis mortel, mais mener une vie divine comme si j'étais immortel. Ainsi, toute oeuvre d'art, toutegrande entreprise a l'éternité comme condition. Il faut donc que je ne me laisse pas déterminer par lacondition mortelle, il faut vouloir pour l'éternité. »

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