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La recherche du bonheur peut-elle être un esclavage ?

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Beaucoup poursuivent une quête incessante, qui commande toute leur vie et n'aboutit jamais. Dans ces conditions, la recherche du bonheur ne peut-elle pas elle-même devenir une source de malheur ? ne peut-elle être un esclavage ? Le bonheur comme fin suprême de l'homme. Pour la philosophie classique, toute pensée réfléchie et toute action tendent vers un bien. Mais quel est le souverain bien qui constitue la fin suprême de notre activité ? Selon Aristote, « sur son nom du moins il y a assentiment presque général : c'est le bonheur » (Éthique à Nicomaque, IV). Mais, sitôt qu'on tente de le définir, les avis divergent : on le rapportera aux plaisirs, aux richesses, à la santé, aux honneurs, à la vertu, etc. En réalité, observe Aristote, tous ces biens ne sont que des biens particuliers qui ne sont pas désirés pour eux-mêmes mais précisément pour procurer le bonheur. Ce bien parfait qu'est le bonheur, en revanche, « nous le cherchons toujours pour lui-même, et jamais pour une autre raison.

« La recherche du bonheur et ses dangers De l'hédonisme à l'ataraxie. Pour Épicure, le plaisir constitue le souverain bien. Il est « le commencementet la fin d'une vie bienheureuse ». Le bonheur serait un état de plaisir completet durable. Mais comment atteindre à un tel état ? Le plaisir n'est-il pasessentiellement éphémère, comme le soulignait Rousseau : « Aussi n'a-t-onguère ici que du plaisir qui passe ; pour le bonheur qui dure, je doute qu'il soitconnu. À peine est-il dans nos plus vives jouissances un instant où le coeurpuisse véritablement nous dire : je voudrais que cet instant durât toujours.Comment appeler bonheur un état fugitif qui nous laisse un coeur inquiet etvide ? » Le bonheur sera-t-il donc constitué par la somme ou la succession detous les plaisirs possibles ? Mais comment une telle suite qui est toujoursinstable, qui est toujours une poursuite, pourra-t-elle être le bonheur ? Cettequête incessante de plaisirs qu'il faut toujours renouveler ne devient-elle pasun esclavage ?Voilà pourquoi Épicure écrivait dans sa Lettre à Ménécée que, « puisque leplaisir est le premier des biens naturels, il s'en suit que nous n'acceptons pasle premier plaisir venu, mais qu'en certains cas, nous méprisons de nombreuxplaisirs quand ils ont pour conséquence une peine plus grande ». Il convient,en effet, de distinguer deux sortes de plaisirs : le plaisir en mouvement(comme le plaisir de boire quand on a soif), qui est éphémère, et le plaisir enrepos, constitué par l'absence de douleur et de trouble, qui seul est stable.Ce n'est que dans ce plaisir stable que peut résider le bonheur, tandis que larecherche continuelle des « plaisirs du mouvement » constituera rapidement un esclavage. Cela ne signifie pas que tous ces plaisirs doivent être rejetés, mais il convient de rechercher à quelsdésirs ils répondent et quelles souffrances ils sont susceptibles d'entraîner. Or, observe Épicure, il convient dedistinguer trois espèces de désirs : les désirs naturels et nécessaires qui correspondent aux besoins élémentaires(manger, boire, etc.) ; les désirs naturels mais non nécessaires (besoins sexuels, bien manger, etc.) ; les désirs ninaturels ni nécessaires (besoins artificiels résultant de la vanité, de l'ambition, de l'avarice, etc.). L'homme voulantatteindre le bonheur se limitera à satisfaire les premiers, éventuellement les deuxièmes (si ceux-ci ne créent pasd'habitude pouvant entraîner ensuite une souffrance), et rejettera les troisièmes, qui mènent inévitablement à unesclavage. Mais en aucun cas il ne devra dépendre d'un quelconque désir. L'homme heureux, c'est-à-dire le sage,est sans maître : il doit rester impassible, ne pas varier de cet état de plaisir en repos dans lequel il est dégagé detoute souffrance.L'hédonisme épicurien qui apparaissait primitivement comme une quête des plaisirs finit donc par nier ou détournertous les plaisirs physiques et tendre à l'ataraxie, cette absence totale de trouble qu'est le bonheur. Ainsi lesépicuriens rejoignent, en dernière analyse, les stoïciens, pour qui toute recherche du bonheur est un esclavage,puisque le bonheur ne peut se fonder que sur l'acceptation sereine du destin. L'exercice de la vertu Mais l'ataraxie à laquelle nous invitent l'épicurisme et le stoïcisme n'est-elle pas sinon inaccessible, du moinsréservée à un petit nombre ? N'existe-t-il pas un bonheur plus immédiat et plus humain dont la recherche ne puisseconduire à un esclavage ? Pour Aristote, nous l'avons vu, le bonheur est la fin suprême de l'homme, il est « ce qui sesuffit à soi-même, [...] ce qui par soi seul rend la vie souhaitable et complète ». Dès lors, « si le propre de l'hommeest l'activité de l'âme, en accord complet ou partiel avec la raison ; si nous affirmons que cette, fonction est propreà la nature de l'homme vertueux [...], à ces conditions, le bien propre de l'homme est l'activité de l'âme enconformité avec la vertu ». Ainsi, « la vie des gens vertueux ne réclame nullement le plaisir comme je ne sais quelaccessoire ; le plaisir, elle le trouve en elle-même ». Le bonheur consiste donc non pas exactement dans la vertu,mais dans la pratique permanente de la vertu, dans l'exercice de la vie raisonnable à quoi la vertu nous dispose. Onne peut cependant soutenir que la vertu seule suffise au bonheur, que ce dernier, comme le voulaient les stoïciens,consiste uniquement dans la conscience d'être vertueux, et que donc l'on puisse être heureux même dansl'adversité. Car, pour que la vertu puisse s'exercer, il importe que les conditions de vie s'y prêtent : d'où l'importancede ces biens extérieurs que sont la santé, la richesse, les honneurs, etc., lesquels ne doivent pas constituer desfins par eux-mêmes, mais sont nécessaires à un bonheur objectif. La recherche du bonheur ainsi conçu ne sauraitdonc mener à un esclavage puisque le bonheur est l'épanouissement de ce qui fait le propre de l'homme et quel'homme ne saurait devenir l'esclave de ce qu'il est. »

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