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La référence aux faits garantit-elle à elle seule l'objectivité de la connaissance scientifique?

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scientifique
 » Bachelard s 'est battu contre deux idées fausses portant sur les sciences, répandues dans le public. D'une part, celle qui veut que le savant arrive pour ainsi dire l'esprit « vierge » devant les phénomènes à étudier, d'autre part celle qui voit le développement des sciences comme une simple accumulation de connaissance, un progrès linéaire. En affirmant cette citation, il souhaite montrer les difficultés inhérentes à l'acte même de connaître. Les obstacles à une connaissance scientifique ne viennent pas d'abord de la complexité des phénomènes à étudier, mais des préjugés, des habitude de savoir, des héritages non interrogés. « Quand il se présente à la culture scientifique, l'esprit n'est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l'âge de ses préjugés. » La première bataille à livrer pour accéder à la connaissance scientifique est donc une bataille contre soi-même, contre le sens commun auquel le savant adhère spontanément. C'est une bataille contre l'opinion : « L'opinion pense mal, elle ne pense pas, elle traduit des besoins en connaissance. » Ainsi les travaux de Bachelard peuvent-ils être compris comme une « psychanalyse de la connaissance ». Mais il va plus loin : « En fait on connaît toujours contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites, en surmontant ce qui, dans l'esprit même fait obstacle à la spiritualisation.

« scientifique, qu'il faut reconsidérer et réformer. Or, en prenant un exemple peu Bachelard ien, on aimerait illustrer le propos de l'auteur : « Il y a rupture et non pas continuité entre l'observation et l'expérimentation. » En effet, si la science moderne prend naissance avec l'apparition de l'expérimentation, la croyance en l'observation, en l'expérience première et en ses prétendus faits est l'obstacle premier etmajeur à la connaissance rationnelle. L'exemple le plus célèbre et le plus célébré reste le dispositif expérimental par lequel Galiléé , à l'aube du XVII ième, parvint à établir correctement la loi de la chute des corps. Pour étudier cette chute des corps, Galilée ne se fie pas à l'observation commune, mais construit un dispositif, sélectionne les paramètres décisifs pour la loi qu'il veut établir, etinvente le moyen de mesurer leurs variations réciproques. Il s'agit simplement de faire rouler des boules dans un canalrectiligne creusé dans un plan incliné. Il suffit ensuite de mesurer le temps de chute de la boule en fonction de la distanceparcourue. Un certain nombre de traits remarquables se dégagent de cette expérience. Tout d'abord Galilée a su comprendre que le mouvement de la boule est une chute, ralentie certes, et identique à la chute des corps. Deux mouvements différents pour le sens commun (la chute d'une pomme, par exemple, et le glissement d'une boule sur un plan incliné) sont compris comme identiques. Mais, alors que le premier est difficilement mesurable avec lesinstruments de l'époque, le second peut l'être. Ensuite, Galilée , pour vérifier ses hypothèses, a construit, après avoir conçu, un dispositif technique. C'est en ce sens que l'on peut parler du début de l'expérimentation et de la rupture avec l'observation courante. Le trait de génie de Galilée consiste en l'association de la science et de la technique et en l'élaboration d'un mécanisme permettant de mesurer les rapports entre les paramètres sélectionnés. Le dispositif permet aussi de calculerles variations réciproques de l'espace et du temps et d'établir que la distance parcourue par le mobile est proportionnelleau carré du temps de la chute. Enfin, Galilée a su négliger ce qui devait l'être. ainsi, il n'a pas tenu compte des forces de frottement de la boule sur le plan ou de la résistance de l'air, qui, ralentissent la chute. Kant a su montrer en quoi l'expérimentation rompait avec l'observation : en quoi ici la théorie prenait le pas sur la simple réception de l'expérience première, et en quoi l'effort scientifique visait à poser une question précise à la nature, en inventant les moyens de la contraindre à nous répondre. « Lorsque Galilée fit rouler ses boules sur un plan incliné avec un degré d'inclination qu'il avait lui-même choisi [...] une lumière se leva pour tous les physiciens. Ils comprirent que la raison ne perçoit que ce qu'elle produit elle-mêmed'après ses propres plans, qu'elle doit prendre les devants [...] et forcer la nature à répondre à ses questions [...] carsinon les observations, faites au hasard, sans plan tracé d'avance, ne se rattacheraient pas à une loi nécessaire, ce que laraison pourtant recherche et exige. » Reste à montrer grâce à un exemple pourquoi Bachelard déclare que l'esprit scientifique « juge son passé en le condamnant ». Bachelard affirme : « Il n'y a pas de transition entre le système de Newton et le système d' Einstein . On ne va du premier au second en amassant des connaissances [...] Il faut au contraire un effort de nouveauté totale. » Pour Bachelard en effet, les idées et connaissances héritées finissent par former une sorte « d'inconscient » scientifique, qui produit l'impression que tel ou tel axiome, tel ou tel concept sont évidents et vont de soi. Or, « Toute vérité nouvelle naît malgré l'évidence, toute expérience nouvelle malgré l'évidence immédiate. » Bachelard se sert de l'exemple de l'idée de simultanéité pour le montrer. L'idée de simultanéité est une idée simple, évidente, immédiate. Autrement dit une question que l'on n'éprouve pas le besoin de se poser. Dans la physique de Newton, si l'on doit, pour étudier le même mouvement dans deux repèresdifférents, changer les coordonnées spatiales, il va de soi que la coordonnée temporelle reste identique. Le même phénomène est pensé comme simultanéité dansles deux repères différents. Or, c'est un fait que la mécanique d' Einstein a su montrer que cette idée prétendument simple de simultanéité était en réalité complexe, et que le temps s'écoulait différemment pour deux observateurs animés de vitesses différentes. On connaît le paradoxe des jumeaux de Langevin . Si l'on envoie l'un des deux jumeaux dans l'espace à une vitesse proche de celle de la lumière, il ne vieillira pas au même rythme que le jumeau resté sur la terre. Cela signifie que l'on passe d'une théorie à l'autre par une redéfinition des concepts initiaux, des notions fondamentales de la physique (ici le temps, mais la physique ondulatoire a amené à une redéfinition de la notion decause). Il ne s'agit donc pas d'une transition d'un système à un autre, mais d'une révolution, et d'une mutation dans lesméthodes et les concepts. De ce que Bachelard nomme une déformation. La notion de temps voit son sens radicalement renouvelé du système de Newton à celui d' Einstein . Le mérite de Bachelard est de montrer que l'esprit a toujours l'âge de ses préjugés. Si l'obstacle premier, inhérent à l'acte même de connaître est la connaissance commune, l'opinion, reste que « l'esprit scientifique est essentiellement une rectification du savoir, un élargissement des cadres de la connaissance. Il juge son passé historique en lecondamnant » A une époque qui sombre volontiers dans l'apologie naïve de la science, il n'est pas inutile de rappeler que celle-ci se nourrit de révolutions, de ruptures, s'élabore contre les pensées et les théories antérieures. L'audacescientifique n'a rien à voir avec l'image de calme accumulation de connaissance que le grand public s'en fait. Cette construction implique l'intervention de multiples facteurs ou données : instruments d'observation initiale (donc, desthéories que ces instruments matérialisent), connaissances antérieures en fonction desquelles un événement sembleproblématique, outillage conceptuel permettant une première analyse, montage expérimental qui recompose « enlaboratoire » le fait à étudier... S'en tenir aux faits signifie au minimum cet ensemble d'opérations lorsqu'on s'intéresse auxsciences dont les domaines sont propices à l'expérimentation. On voit donc que la simple apparition des faits ou desphénomènes est loin de suffire : l'esprit lui ajoute beaucoup (ne serait-ce que l'hypothèse) et le savoir ne peut se »

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