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Langage et pensée

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langage

grâce auxquelles les hommes peuvent rappeler, lier, dissocier... leurs représentations de la réalité (Hobbes). Mais ces représentations sont premières. Récemment encore, le psychologue Jean Piaget s’inscrivait dans cette tradition ; au cours du développement de l'enfant, écrit-il, « la pensée précède le langage (...) celui-ci se borne à la transformer profondément ».

De fait, nous n'avons pas grand chose à dire sur les sujets auxquels nous n'avons pas du tout réfléchi, et bien avant de savoir parler, les bébés « pensent » et nous le font savoir. Conforme aux apparences, la thèse de l'antériorité de la pensée sur le langage n'en est pas moins discutable. Il ne s'agit pas de la renverser, et d'affirmer que le langage précède la pensée. Mais à y regarder de plus près, ce qui semble impossible, c'est de se représenter une pensée sans langage. « L’ineffable », écrivait déjà Hegel, « c'est la pensée obscure, la pensée à l'état de fermentation. » Elle « ne devient claire que lorsqu'elle trouve le mot ». Pour s'organiser, l'ordre des idées doit entrer en contact avec celui de la langue* (cf. texte 7).

Si l'on a longtemps voulu croire que la pensée précédait le langage, c'est sans doute que l’affirmation de cette antériorité apparaissait comme le seul moyen de sauver deux autres croyances : celle en la supériorité absolue de la raison sur toutes les autres facultés, et celle selon laquelle l'impuissance du langage à exprimer parfaitement la pensée était bien le signe de son caractère second et au mieux instrumental.

« Yves Coppens associe la fabrication d'outils et l'aptitude à en diversifier les formes (cf. texte 3). De fait, tailler une pierre pour obtenir une extrémité tranchante, ce n'est pas la même chose que travailler un morceau de bois pour en faire une flèche pointue. La destination des deux outils n'est pas la même, leur forme doit se prêter au mieux à l'usage requis. Une part essentielle de l'activité technique a donc lieu avant le moment de la fabrication : avant de modifier sa matière première, l'artisan s'est formé une représentation mentale de l'objet fabriqué auquel il souhaite aboutir. C'est cette représentation qui guide ensuite sa main. La pensée anticipe le geste et l'accompagne. L'aptitude à produire des sons articulés et pourvus de sens* a la même origine: la parole humaine est la forme sonore que nous donnons aux représentations mentales que nous avons besoin d'exprimer pour les communiquer à autrui. Il faut donc penser pour parler. Au cœur de la philoso­ phie classique, cette certitude permet à Descartes par exem­ ple (cf. texte 4) de concilier les progrès de la physique et de la physiologie avec les exigences de la métaphysique. L'expli­ cation mécaniste a rendu inutile le recours à des principes immatériels pour rendre compte des phénomènes naturels. Un corps est comme une machine ; donc pour respirer, digé­ rer, marcher. .. , même les hommes n'ont nul besoin de pen­ sée. La nature de leur langage et leurs façons de s'en servir, en revanche, attestent l'existence d' «une âme qui a des pen­ sées » ; les hommes ne sont donc pas tout à fait des machi­ nes comme les autres. Il faut parler pour penser et connaÎtre Nul ne peut contester au langage humain sa qualité de signe majeur de la pensée. Mais sur la nature exacte des liens entre les deux facultés, deux analyses au moins peuvent être développées. Longtemps dominante, celle de Descartes tire de la spécificité des signes dont se servent les hommes pour parler (ils sont «à propos», leur usage est intentionnel et pourvu de sens) la conclusion qu'il est un instrument au ser­ vice de la pensée. Ces signes sont comme les « marques » »

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