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l'art n'est-il qu'un mode d'expression subjectif ?

Publié le 23/10/2005

Extrait du document

C'est ainsi, par exemple, que la peinture hollandaise a su recréer les apparences fugitives de la nature et en tirer mille et mille effets. Velours, éclats de métaux, lumière, chevaux, soldats, vieilles femmes, paysans répandant autour d'eux la fumée de leurs pipes, le vin brillant dans des verres transparents, gars en vestes sales jouant aux cartes, tous ces sujets et des centaines d'autres qui, dans la vie courante, nous intéressent à peine, car nous-mêmes, lorsque nous jouons aux cartes ou lorsque nous buvons et bavardons de choses et d'autres, y trouvons des intérêts tout à fait différents, défilent devant nos yeux lorsque nous regardons ces tableaux. » 3. Le caractère ambigu de la reproduction Le double est à la fois le même et l'autre. C. ROSSET, Le réel et son double Rosset dans cet ouvrage reprend pour montrer l'ambiguïté inhérente à la reproduction l'exemple de Cratyle. « La meilleure reproduction de Cratyle implique nécessairement une différence d'avec Cratyle. » On le voit : l'art est omniprésent dans la réalité quotidienne, soit comme omniprésent au sein de celle-ci, soit comme reproduction de celle-ci. Pourtant la reproduction de la réalité quotidienne implique de l'altérité au sein du même. Si l'art n'est pas dans son essence étranger au quotidien, il peut être un moyen de s'en détacher, voire de le fuir.

Analyse du sujet :

L'art n'est-il qu'un mode d'expression subjectif ? - cette question est formulée de façon totale : soit il n'est qu'un mode d'expression subjectif, soit il n'est pas que cela et donc la question qu'il faudra se poser est la suivante : quel est-il dans ce cas précis ? Notons l'emploi du «ne...que « qui sera central dans la réponse que nous proposerons. Pour pouvoir répondre à cette interrogation, attardons-nous sur les concepts qui la composent :

 

L'art

            On peut dégager deux grands sens de ce concept. Le premier étant celui qui renvoie au grec technè, autrement dit l'ensemble de procédés qui visent à produire un certain résultat. L'art apparaît comme étant un moyen en vue d'une fin. L'art se distingue ainsi de la science comme connaissance purement théorique, mais aussi de la nature qui loin d'être produite ou créée serait un toujours déjà là. On parle ainsi de la maison des arts et des métiers, de l'art de la médecine, de la mécanique... La seconde acception appartient elle au champ plus particulier de l'esthétique, l'art est dans ce sens la création artistique, autrement dit l'oeuvre d'art qui est objet de jugement esthétique.

Mode d'expression

            Le mode est dans ce cas un moyen.

Qu'entendre par expression dès lors ?

Rendre manifeste par toutes sortes de signes (langage écrit, oral, geste, attitude, réaction émotionnelle, etc.), de façon volontaire ou non, ce que l'on est, pense ou ressent.

Se faire comprendre au moyen d'un langage

Rendre sensible une réalité abstraite ou concrète en en donnant, à travers un langage approprié, une idée, une représentation, un sentiment

Subjectif :

            Qui appartient à quelque chose en tant que sujet d'attributs ou prédicats

Qui a rapport au sujet

Qui ne correspond pas à une réalité, à un objet extérieur, mais à une disposition particulière du sujet qui perçoit

Qui relève de l'expérience interne, qui ne concerne que le seul sujet pensant

Qui appartient ou dépend de la vie psychique d'un individu ou d'une disposition du sujet qui perçoit.

Problématisation :

L'art n'est-il qu'un mode d'expression subjectif ? Le « n'est-il que « insiste sur le caractère limitatif de cette définition. Définir l'art comme mode d'expression, c'est le placer sur le même plan que le langage par exemple. Autrement dit l'art serait un mode de transmission, de traduction, de communication – communication qui ne serait pas partagée par tous mais qui serait subjective. Ce subjectif est plurivoque : il renvoie à la fois au relativisme, à la subjectivité, et à la particularité. Ainsi il serait un mode d'expression s'adressant à une subjectivité, et dès lors n'aurait comme prétention que d'être particulier – mais l'art n'est-il pas le premier moment du savoir absolu ? D'où notre question : dans quelle mesure est-il légitime de réduire l'art à n'être qu'un mode d'expression subjectif ?

 

« HEGEL « Le but de l'art, son besoin originel, c'est de produire aux regards une représentation, une conception néede l'esprit, de la manifester comme son oeuvre propre ; de même que, dans le langage, l'homme communiqueses pensées et les fait comprendre à ses semblables. Seulement, dans le langage, le moyen decommunication est un simple signe, à ce titre, quelque chose de purement extérieur à l'idée et d'arbitraire.L'art au contraire, ne doit pas simplement se servir de signes, mais donner aux idées une existence sensiblequi leur corresponde. Ainsi, d'abord, l'oeuvre d'art, offerte aux sens, doit renfermer en soi un contenu. Deplus, il faut qu'elle le représente de telle sorte que l'on reconnaisse que celui-ci, aussi bien que sa formevisible n'est pas seulement un objet réel de la nature, mais un produit de la représentation et de l'activitéartistique de l'esprit. L'intérêt fondamental de l'art consiste en ce que ce sont les conceptions objectives etoriginelles, les pensées universelles de l'esprit humain qui sont offertes à nos regards. » 2. L'art – la subjectivité en action L'art semble véritablement être le lieu de la subjectivité. Tout d'abord la subjectivité du créateur qu'il soitpeintre, poète ou musicien ; puis la subjectivité du destinataire. C'est ainsi qu'on parle souvent de relativismequant à la norme du goût.La beauté varierait selon un sujet, voire selon les moments de la vie de ce dit-sujet. La beauté seconstituerait selon l'évolution de ce dit sujet. Si la belle musique trouve son incarnation pour un individu dansle rap, pour un autre ce sera la musique classique. Il n'y aurait donc aucune discussion possible sur le beaudès lors qu'il serait purement et simplement subjectif. Cf le proverbe : « les goûts et les couleurs ne sediscutent pas » Néanmoins ça pose problème car ceci remettrait en question la critique d'art. Quel estl'intérêt de la critique d'art si elle ne repose sur rien. Une des réponses serait la suivante : le beau seraitfonction d'un contexte historique déterminé. L'art n'est pas mode d'expression subjectif, elle est dans un même mouvement manifestation etreproduction II. 1. L'art populaire : l'art dans la réalité quotidienneL'art populaire, concept auquel on peut attribuer deux sens :– le premier : l'art du et dans le quotidien, celui que souvent on rejète en tant qu'art, et qu'on ne considèrepas à proprement parler comme de l'art. On peut penser aux musiciens ultra-médiatisés, mais aussi dans lequotidien aux contines que l'on peut chanter aux enfants entre autres.- l'art populaire au sens d'un art qui est populaire, autrement dit aimé par et de tous. Ici une référence àKant s'avère incontournable :KANT, Critique de la faculté de juger « Est beau ce qui plaît universellement sans concept ».Comme pour Kant être sensible à la beauté implique une sensibilité dépourvue de ses intérêts particuliers, leplaisir éprouvé n'est pas un plaisir particulier – le sujet dit « c'est beau » car pour lui c'est comme si la beauté était dans l'objet. Le sujet s'attend donc à ce que tout un chacun éprouve la même satisfaction.Autrement dit car c'est ce qui nous intéresse ici, la sensibilité au beau est présente en tout un chacun – onpeut donc dans un sens parler d'art populaire.2. L'art comme reproduction de la réalité quotidienneL'art prend souvent comme point de départ la réalité – on peut penser à la nature morte mais aussi auxpeintres hollandais. L'expression nature morte désigne un sujet constitué d' objets inanimés (fruits, fleurs, vases, etc.) ou d'animaux mortsHEGEL, Esthétique , T.1 "Le contenu peut-être tout à fait indifférent et ne présenter pour nous, dans la vie ordinaire, en dehors desa représentation artistique, qu'un intérêt momentané. C'est ainsi, par exemple, que la peinture hollandaise asu recréer les apparences fugitives de la nature et en tirer mille et mille effets. Velours, éclats de métaux,lumière, chevaux, soldats, vieilles femmes, paysans répandant autour d'eux la fumée de leurs pipes, le vinbrillant dans des verres transparents, gars en vestes sales jouant aux cartes, tous ces sujets et descentaines d'autres qui, dans la vie courante, nous intéressent à peine, car nous-mêmes, lorsque nous jouonsaux cartes ou lorsque nous buvons et bavardons de choses et d'autres, y trouvons des intérêts tout à faitdifférents, défilent devant nos yeux lorsque nous regardons ces tableaux. »3. Le caractère ambigu de la reproductionLe double est à la fois le même et l'autre.C. ROSSET, Le réel et son double Rosset dans cet ouvrage reprend pour montrer l'ambiguïté inhérente à la reproduction l'exemple de Cratyle.« La meilleure reproduction de Cratyle implique nécessairement une différence d'avec Cratyle. »On le voit : l'art est omniprésent dans la réalité quotidienne, soit comme omniprésent au sein de celle-ci, soitcomme reproduction de celle-ci. Pourtant la reproduction de la réalité quotidienne implique de l'altérité ausein du même. Si l'art n'est pas dans son essence étranger au quotidien, il peut être un moyen de s'endétacher, voire de le fuir. Transition : Si l'art ne semble ni mode d'expression subjectif, ni mode de manifestation tendant à l'objectivité, ne peut-on pas dire que l'art sorte de ce clivage expression subjective / reproduction objective pour être avant toutcréation, libération : l'art comme manifestation d'une subjectivité qui se transcende... III. »

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