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Le désir n'est-il que l'expression d'un manque ?

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            Qu’entendre, tout d’abord, par désir ? Que désire le désir ? Il désigne une tension vers un objet que l’on aimerait posséder, objet que l’on imagine source de satisfaction. Le désir ne se confond ni avec la volonté, organisation réfléchie de moyens en vue d’une fin, ni avec le besoin, manque essentiellement matériel alors que le désir est de l’ordre de l’existentiel et me concerne dans sa réalité profonde. Nous pouvons même aller jusqu’à dire que le désir est vouloir de ne pas désirer. Que le désir désire ce dont je n’ai pas besoin.

            Dans l’acte de désirer, il semble que je tends vers le désirable, objet dont j’ai, en quelque sorte, la nostalgie, le regret. Le désir est avant tout ex-pression, qui dit l’extériorité et la puissance vers l’au-delà, en direction de l’impossible, et la pression, ce mouvement irrépressible. Le désir s’impose à moi, contre moi, parfois sans moi. Ex-primer, c’est rendre sensible par un signe. Quant à l’expression, elle signifie, ici, la manifestation sensible de quelque chose d’autre, du désirable en soi, à savoir le manque. 

« 2 l’expression d’un manque. L’Amour, le désir crie misère, il est en lui désarroi et semble un gueux que jamais la misère ne lâche. « Il crie toujours misère, et il s’en faut qu’il soit tendre et beau, comme on le c roî t généralement : il est dur, desséché, il va nu pieds et n’a pas de maison ; il couche par terre sans cou verture, en plein air, au seuil des femmes et sur les routes ; c’est qu’il est la nature de sa mère que la misère ne le lâche pas. » ( Platon, L e Banquet). Ainsi, le désir ne serait -il pas l’absence lucide se connaissant en tant que tel ? Le désir témoigne de notre incapacité d’être, d’être apaisé, rassas ié, assouvi, incapacité qui nous caractérise. Il ne se confond pas avec l’angoisse d’être, mais l ’a manifeste. Remarquons, d’ailleurs, que le désir paraît à ce niveau, non point m anque de lui -même, mais comme ex -pression d’un manque, ce qui n’est pas la même chose. Il naî t du manque et ne se confond pas avec lui . Certes, le désir est l’expression d’un manque, mais ne traduit -il pas en son fond, une créativi té ? Cette analyse du d ésir semble correspondre à ce que nous éprouvons. Cependant, ne fait -elle pas du désir une sorte de « maladie » que l’homme découvre en son humanité ? Rattacher le désir à une vacuité foncière, n’est -ce pas le saisir comme un simple défaut de l ’homme, comme animal souffreteux ? Il fau t creuser plus en avant la vérité de l’essence du désir. Plus que manque ou p arce que manque, le désir n’est -il pas production de réalité ? Ne voir dans le désir que l’expression d’un manque et la manifestation d’une absence originelle, suscite en effet tout un ar senal de critiques dont la plus éclatante vient d’être avancée : ce qui suppose que l’on voit de l’homme non un animal mala de, souffrant et angoissé, dont toute l’existence est une quête inassouvie vers l’o bjet du dés irable. Mais nous pouvons rétorquez qu’après tout, cette descr iption « classique » est légitime, que définir le désir à p artir du manque, c’est t out simplement enraciner l’homme dans une « pathologie », condition qui est si enne. Tentons, par conséquent, d’ entrevoir quelque autre faille dans le discours de la thèse énoncée plus haut, thès e originant le désir dans le m anque. Un autre argument semble infiniment plus fondé et fécond : chaque fois qu’on origine le désir dans la vacuité, ne double -t- on pas notr e monde (sensible) d’un autre monde purement idéal, de type plato nicien, un univers des I dées, des E ssences ? E n effet, « si l’objet fondamental semble toujours au- delà de tout désir, peut -être est ce parce que l’objet essentiel se situe ailleur s… Ainsi, en insistant sur un m anque où s ’orig inerait le désir, on procède par opération doublant, de manière platonicienne, notre univers sensible par des Idées ou des E ssences. L’objet manque au désir ; donc le monde ne contient pas tous les objets, il en manque au moins un, celui du désir ; donc il existe un ailleurs qui contient la clef du désir (dont manque le manque) ». (Clément Rosset, La nuit de Mai). À la limite , originer le dési r dans le manque, c’est se faire du désir une conception purement idéaliste (en un sens platonicien) . Cet argument semble devoir être retenu. Pourquoi doubler notre univers par un monde autre, par un autre monde, un « arrière -monde » ? Nie tzsche a magnifiquement montré l’aspect illusoire de la quête de l’ "arrière -monde " ( Par au- delà le bien et le mal ). Cette postulation trahit une nostalgie, bien plus qu’elle ne s’enracine pas dans la vie authentique. L’homme a besoin d’illusions et s’efforce de créer un univers stable plus rassurant que le nôtre. Tous les arguments paraissent donc se diriger vers la vision d’un désir réellement productif, aux ant ipodes du désir conçu comme simple expression d’un manque. Désirer, n’est -ce pas, avant tout, produire, créer, enfanter du réel ? C’est bien ce que semble souligner la philosophie contempora ine. Mais déjà Spinoza avait montré que le désir, qui est « l’essence de l’homme » (Éthique , III), est le mouvement par lequel nous nous efforçons de persévérer, et d’accroître ce qui, en nous, est bon. Le désir, dans cette optique, est réellement producti vité. »

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