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Le pouvoir politique est-il nécessairement violent ?

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Le pouvoir politique, qui s'incarne dans l'État, détient le monopole de la violence légale. Nul citoyen n'a droit d'user de violence en dehors des règles strictement établies par l'État. Mais de ce que l'État représente la seule source de violence habilitée à se dire légitime, peut-on conclure que l'État est nécessairement et toujours porteur de violence ? Cette conclusion serait certainement abusive s'il n'y avait la longue expérience des pouvoirs politiques, expérience qui montre aux hommes que l'existence de l'État s'est presque toujours accompagnée d'un usage plus ou moins intensif de la violence. Toujours, les États se dotent d'appareils violents (armée, police) ; souvent, ils en usent, presque toujours au détriment des peuples. Ce lien historique entre pouvoir politique et violence peut-il être brisé, ou tient-il à la nature profonde, à l'essence de l'État ? Pour le savoir, il faudra évidemment s'interroger sur cette nature de l'État, mais aussi critiquer la notion de violence et se demander notamment si elle ne concerne que des formes particulières du gouvernement politique. Aucun État n'a jamais omis de se doter d'appareils expressément destinés à exercer la violence : armée, police, prisons, etc. Cette règle ne concerne pas seulement les régimes « durs «, comme les dictatures militaires ou les tyrannies en général. Il est couramment admis que même le régime le plus libéral ou le plus démocratique ne peut se dispenser de posséder les moyens de la violence.

« La première question trouve déjà un début de réponse dans l'expérience ; combien d'exemples fournissent l'histoire et l'actualité de lapuissance intrinsèque des appareils violents de l'État ! Loin de se réduire à une simple force à la disposition du pouvoir politique, l'arméepèse souvent d'un poids très lourd dans le destin politique des nations ; comme force hiérarchisée, disciplinée, elle tend souvent àimposer son fonctionnement comme modèle à la société tout entière ; elle pèse d'un poids non négligeable dans la décision des conflitsmilitaires ou des entreprises coloniales. L'histoire et l'actualité la plus récente nous interdisent de ne voir dans l'armée et la police que desinstruments disponibles, passifs, attendant sagement les ordres du pouvoir politique.Il résulte donc de cette tendance un risque permanent de recours à la violence ; au sein de ses appareils répressifs, l'État contient cequ'on pourrait appeler un « penchant naturel » pour le recours à la violence. Cette tendance, qu'on peut observer dans tous les typesd'États, repose sur une loi fondamentale bien mise en évidence par Machiavel dans toute son oeuvre : l'État tend nécessairement à sa propre conservation, voire à l'accroissement de sa puissance ; n'importe quel État ressemble donc parson fonctionnement à n'importe quel autre, même s'il existe des différences décisives au niveau ducontenu politique des pouvoirs d'État.Répondre à la seconde question est beaucoup plus délicat, parce que le problème tient nonseulement à l'usage des appareils de l'État, mais aussi et surtout à l'essence du pouvoir d État, c'est-à-dire à la question : au profit de qui s'exerce la puissance de l'État (que cette puissance s'impose ounon par la violence) ? Bien sûr, lorsque l'État use de violence, il prétend toujours le faire u au nom dupeuple », dans l'intérêt de ü l'ordre public ». Mais faut-il croire le pouvoir politique sur parole? Quevaut le discours par lequel il légitime et justifie le recours à la violence ? C'est ce qu'il faut maintenantexaminer.L'idée selon laquelle l'État doit servir un intérêt général vient de la Révolution française, qui avait misfin à l'absolutisme féodal. De nombreux théoriciens du droit et de l'État., avant et après cetteRévolution, ont tenté de penser un modèle d'État répondant à cette vocation universelle. Parmi eux,Hegel exprime le mieux cette idée que l'État incarne l'intérêt universel face aux intérêts privés qui sedéchirent dans la société civile. La violence de l'État doit arbitrer, pour y mettre fin lorsque celadevient nécessaire, les conflits privés. L'État de la domination d'une classe sociale chez Marx « Au fur et à mesure que le progrès de l'industrie modernedéveloppait, élargissait, intensifiait l'antagonisme de classeentre le capital et le travail, le pouvoir d'État prenait de plus en plus le caractère d'un pouvoirpublic organisé aux fins d'asservissement social d'un appareil de domination d'une classe. Aprèschaque révolution, qui marque un progrès de la lutte des classes, le caractère purement répressifdu pouvoir d'État apparaît de façon de plus en plus ouverte» [La Guerre civile en France, p. 60-61]. La conception marxiste de l'État est ici résumée dans son principe essentiel : l'Étatcapitaliste est l'appareil de domination de la classe ouvrière par la bourgeoisie, y compris par laviolence comme ce fut le cas, par exemple, durant les journées de juin 1848. Durant celles-ci, larépublique bourgeoise avait montré le despotisme absolu d'une classe sur les autres classes.Ainsi, l'État n'est pas extérieur ou au-dessus de la société. « Il est bien plutôt un produit de lasociété à un stade déterminé de son développement ; il est l'aveu que cette société s'empêtredans une insoluble contradiction avec elle-même, s'étant scindée en oppositions inconciliablesqu'elle est impuissante à conjurer. Mais pour que les antagonistes, les classes aux intérêtséconomiques opposés, ne se consument pas — elles et la société — en une lutte stérile, lebesoin s'impose d'un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit estomper leconflit, le maintenir dans les limites de l'"ordre" ; et ce pouvoir, né de la société, mais qui seplace au-dessus d'elle et lui devient de plus en plus étranger, c'est l'État» [L'Origine de lafamille, de la propriété privée et de l'État, p. 156].Si l'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire des luttes des classes, pour les mêmes raisons, l'État ou les différents États qui se sont succédé dans l'histoire ont toujours été ceux de la domination d'uneclasse sur les autres, dans le but de maintenir — souvent par la violence [Anti-Dühring, p. 208 sq.] — l'ordre social. D'où l'idée d'unedisparition de l'État dans une société sans classe, le communisme, avec quelques difficultés sur les moyens d'y parvenir. Marx, et après lui Lénine, résumeront ces thèses dans la formule : tout État est une dictature de classe. C'est-à-dire que tout État estnécessairement violent, non par ses formes (il peut y avoir des libertés, des élections, le suffrage universel), mais dans son essencemême. L'essence violente de l'État tient non au fait qu'il massacre ou emprisonne ses citoyens, mais à sa fonction. Marx et Léninedénoncent donc la violence comme le fond (et non seulement une forme possible) du pouvoir politique. Le concept de violence convientbien ici puisque le droit en vigueur dans l'État provient en fait toujours d'un rapport de forces imposé (même si ce rapport de forces estimposé par la douceur). L'histoire montre assez que les formes dans lesquelles évolue le droit sont susceptibles de varier brutalementlorsque la domination de classe est soudain menacée: l'essence violente de l'État se manifeste alors au grand jour, par le fascisme ou lerégime policier. En fait, la classe dominante tolère bien les formes non violentes d'exercice du pouvoir tant que sa domination n'est pasremise en question, tant qu'on n'a affaire qu'à des alternances en trompe-l'oeil : républicains/démocrates, conservateurs/travaillistes parexemple.L'essence violente de tout pouvoir politique tient donc à la nature et à la fonction de l'État, beaucoup plus qu'à ses formes. Mais le dangerd'une telle conception serait de tenir les formes de l'exercice du pouvoir pour négligeables : l'histoire politique a montré que lesthéoriciens et les partis se réclamant du marxisme n'ont pas toujours su se garder de ce danger. Il n'est pas douteux que dans lesannées 30, Staline et la III ième Internationale négligèrent gravement cette question en mettant sur le même plan les États fascistes etles pays qui avaient pu conserver des formes moins brutales de gouvernement, tous jetés dans le même sac des « États bourgeois ». »

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