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Le temps n'est-il pour l'homme que ce qui le limite ?

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temps
L'expérience me montre qu"'on meurt", c'est-à-dire que la mort concerne avant tout le "on" : tout le monde, et personne en particulier. Et tant que l"'on meurt", ce n'est précisément jamais moi qui meurs. "On", c'est tous, donc pas moi en particulier. Dans l'expérience quotidienne de la vie, le "fait de mourir" est ramené au niveau d'un événement qui concerne bien la réalité humaine, mais elle advient toujours pour moi par procuration. Dans la réalité humaine et sociale, la mort est un événement qui relève du domaine public. A ce titre de pseudo-réalité, nous en oublions ses éléments constitutifs : en soi, la mort est un inconditionnel et un indépassable qui fonde la possibilité de ma propre existence et sa prise de conscience. Elle est un impensable qui fait le fond de la possibilité de penser mon existence propre : "Le "on" justifie et aggrave la tentation de se dissimuler à soi-même l'être pour la mort, cet être possédé absolument en propre." Quand on dit que la mort n'est "pas encore, pour le moment", on s'accroche à la réalité humaine pour se voiler la certitude que l'on mourra un jour. On fuit la mort, parce que c'est une pensée fatigante et inaccessible, et que nos soucis quotidiens nous paraissent plus importants que la réflexion sur le fondement de tout être humain d'être un être pour la fin. La mort est sans cesse différée, et sa préoccupation laissée à l'opinion générale.

« quotidien ce qui se révèle c'est un mode d'être inauthentique, une perte de soi. » Les analyses de la façon commune et habituelle d'être ensemble montrent que nous avons à subir une sorte depression de la masse, du « on », qui manifeste en chacun de nous la possibilité de perdre ou de recouvrir ce que nous sommes, pour nous décharger de nos responsabilités et nos possibilités les plus propres, en nous réfugiantderrière l'opinion publique. « Dans la préoccupation pour ce qu'on a entrepris avec, pour, et contre les autres, se manifeste constamment lesouci d'une différence vis-à-vis des autres. » En ce sens, consciemment ou pas se manifeste en nous une sorte d'amour-propre, ou, si l'on veut, de « distance » à l'égard de l'autre. C'est précisément ce type de préoccupation qui nous place, là encore le plus souvent à notreinsu, « sous l'emprise d'autrui ». Dans la mesure même où nous nous préoccupons du monde public, nous subissons son emprise : alors même que nous souhaitons faire preuve de distance, ce souci manifeste notre dépendance nonpas à l'égard de tel ou tel, d'un être déterminé, mais à l'égard du public, du « On ». « Dans l'utilisation de transports publics, dans l'emploi de l'information, tout ressemble à l'autre. Nous nousréjouissons comme on se réjouit, nous voyons, nous lisons et nous jugeons de la littérature et de l'art comme onvoit et juge, plus encore nous nous indignons de ce dont on s'indigne. » Ce qui est bien sûr remarquable, c'est que ce « On » n'est littéralement personne, il n'est en aucune façon« quelqu'un », et là réside sa puissance. Il ne s'agit pas de quiconque nous imposant quelque chose, il s'agit denotre propre alignement sur un mode d'être commun et essentiellement médiocre, dans lequel notre véritable « qui »se perd et se dilue. « C'est dans cette non-imposition et cette imperceptibilité que le On déploie sa véritable dictature. » Vivre sous le règne du On, c'est d'abord se réfugier dans la médiocrité de l'anonymat, mais c'est par suite, bien plus,se refuser à toute responsabilité : « Comme le On prédonne tout jugement et toute décision, il ôte à chaque fois au Dasein toute la responsabilité. LeOn ne court pour ainsi dire aucun risque à ce qu'on l'évoque constamment […] C'était toujours le On et pourtant onpeut dire que « nul » n'était là. » Ce nivellement, cette médiocrité et cette façon d'éviter toute originalité (« Tout ce qui est original est aussitôt aplati en passant pour du bien connu, tout ce qui a été conquis de haute lutte devient objet d'échange ») se révèlent au mieux dans les bavardages sur la mort. En effet, dans la mort, il en va du tout de mon existence : la mort est ce qui est absolument propre et mien. Aussil'angoisse devant la mort est-elle en quelque sorte l'angoisse devant la liberté, devant notre être au monde. Et s' « il est exclu de confondre l'angoisse de la mort avec la peur de décéder », c'est précisément que « l'angoisse de la mort est angoisse « devant » le pouvoir-être le plus propre, absolu, indépassable ». La capacité d'assumer la possibilité de la mort propre, et par suite de se découvrir comme être au monde , commejeté, librement, dans le monde, a donc partie liée avec la capacité du Dasein d'être soi. Or, précisément les bavardages du On à propos de la mort, là encore sombrent dans l'inauthenticité et lerecouvrement. Il s'agit de camoufler cette mort qui est la mienne en événement, en bien connu. « Si jamais l'équivoque caractérise en propre le bavardage, c'est bien lorsqu'il prend la forme de ce parler sur lamort. Le mourir, qui est essentiellement et irreprésentablement mien, est perverti en événement publiquementsurvenant. » Le discours du On transforme la mort en accident : « le On meurt, propage l'opinion que la mort frapperait pour ainsi dire le On ». Là encore il s'agit de se démettre de ses responsabilités et même de soi-même. Ces bavardages interdissent à l'angoisse de la mort de se faire jour : en ce sens, ils privent l'individu de la possibilitéde l'accès à son être propre. « Dans l'angoisse de la mort, le Dasein est transporté devant lui-même […] Or le On prend soin d'inverser cette angoisse en une peur d'un événement qui arrive. » En faisant miennes ces ratiocinations, sans doute gagnerais-je d'être rassuré, d'être indifférent à ce qui m'est leplus propre, mais au prix de l'aliénation, de la perte de soi. Mais si les analyses d' Heidegger ne se donnaient que comme une dénonciation de la pression des bavardages de la masse, de la dictature anonyme qui régit les rapports humains et interdit à chacun l'accès à lui-même et au monde,elles perdraient de leur pertinence. Le On n'est pas extérieur au Dasein, à l'individu, il est au contraire l'un de ses modes d'être premier et originaire. ILn'y a pas à faire le départage entre individus authentiques ou inauthentiques. « Le Dasein est de prime abord Un et le plus souvent il demeure tel. Lorsque le Dasein découvre et s'approcheproprement du monde, lorsqu'il s'ouvre à lui-même son être authentique, alors cette découverte du « monde » et »

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