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Le travail humanise t-il l'homme ou la nature ?

Extrait du document

travail
L'humanité se construit progressivement, ce n'est pas quelque chose d'originellement acquis ( Rousseau, De l'origine de l'inégalité parmi les hommes). ·         De plus, c'est par son travail que l'homme réalise son humanité : (Hegel « la dialectique du maître et de l'esclave »). ·         Travail comme conquête de l'humanité et de la liberté. Exemple : Vendredi ou les limbes du pacifique de Michel Tournier. Robinson, prototype de la société occidentale du 18e Siècle. Seul sur son île il recrée une microsociété afin de ne pas perdre ce qui le sépare de l'animalité et qui constitue son humanité.   Conclusion : Ainsi, par son travail l'homme agit sur la nature, la transforme, la civilise. En ce sens on peut dire que le travail humanise la nature, puisqu'elle ne conserve pas son état naturel initial mais subit une modification que l'homme lui impose, elle prend la marque de l'homme. Cependant, en transformant la nature, c'est sa propre humanité que l'homme conquiert. Il réussit à dominer les contraintes imposées par son état naturel et biologique et maîtrise son environnement.

Analyse des termes du sujet :

 

  • Sujet construit sur une alternative (« ou «) entre l'homme et la nature.
  • Travail : racine latine : trepalium, instrument de torture. Cette notion est vaste et évolue selon les époques historiques. Le travail définit un large panel d'activités humaines socialement rentables : il peut désigner une activité professionnelle rémunérée autant que l'apprentissage de l'écolier. C'est une activité qui transforme la nature et qui est productrice de valeur. Elle joue un rôle économique et social en tant qu'elle met les hommes en relation. Le terme « travail « est donc problématique en soi : puisqu'il désigne plusieurs activités sociales, on peut s'interroger sur sa signification propre, qui varie selon son sens, c'est-à-dire en fonction de ce qui est entendu par ce mot. Il s'agit donc de définir plus précisément ce concept au cours de l'analyse.

·         Humaniser : c'est l'action de donner les caractéristiques propres à l'espèce humaine par rapport à l'animal. C'est aussi le symbole d'une évolution et d'une transformation par rapport à un état initial. Ce terme désigne la sortie d'un état de nature. De plus, l'humanisme implique une vision anthropocentriste du monde : l'homme est au centre du monde, il en est le point de référence, il incarne la valeur fondamentale à partir de laquelle tout le reste du monde est abordée et jugée.

·         Homme : concept qui s'oppose à celui d'animal ou de nature. L'homme est le représentant de l'espèce la plus évoluée, celle qui domine les autres. Ce terme renvoie à la notion d'humanité ( par opposition à celle d'animalité).

·         Nature : S'oppose au concept d'homme. La nature existe spontanément, elle est le contexte dans lequel évolue l'homme, ce qui lui préexiste. Elle est avant tout ce qui existe en dehors du monde humanisé.

 

Problématique :

L'enjeu de cette question porte sur la finalité du travail dont il faut souligner la vision anthropocentriste puisqu'il est dit qu'il « humanise «. Il s'agit de déterminer si le travail humanise l'homme, c'est-à-dire s'il lui permet de conquérir son caractère d'homme ou si le travail humanise la nature, c'est-à-dire s'il est manifeste de l'action et de l'influence de l'homme sur la nature qui est ainsi humanisée au sens où elle est transformée pour prendre un caractère humain. Ainsi, le problème se situe au niveau de ce concept d'humanisation. Cette alternative entre l'homme et la nature laisse entendre que l'homme n'est pas humain originellement et qu'il peut éventuellement conquérir son humanité par le travail. Par ailleurs le concept de nature semble en opposition avec celui d'humanisation. De ce fait, peut-on réellement parler d'une humanisation de la nature par le travail et si c'est le cas, en quel sens ?

 

« 2- Cependant, on ne peut pas réellement parler d'humanisation de la nature par le travail : c'est à unetransformation et à une maîtrise de la nature que le travail aboutit. · Le travail est une activité proprement humaine par laquelle l'homme sort de son état de nature et assouvit ses besoins naturels. C'est une action de l'homme sur la nature en réponse à une nécessiténaturelle. · La Genèse : l'homme est condamné à travailler et doit apprendre à dominer la nature pour survivre. · Le mythe de Prométhée : origine des techniques et du travail humain. (Platon, Protagoras 320c-321c). · Descartes : Par la technique et le travail, L'homme s'émancipe de la nature et la soumet à ses besoins. Il maîtrise la nature, en la rendant conforme, il est « comme maître et possesseur de la nature ». La nature nedevient pas humaine, elle est assujettie. Dans la sixième partie du « Discours de la méthode » (1637), Descartes met au jour un projet dont nous sommes les héritiers. Il s'agit de promouvoir une nouvelle conception de lascience, de la technique et de leurs rapports, apte à nous rendre « comme maître et possesseurs de la nature ». Descartes n'inaugure pas seulement l'ère du mécanisme, mais aussi celle du machinisme, de la domination technicienne du monde. Si Descartes marque une étape essentielle dans l'histoire de la philosophie, c'est qu'il rompt de façon radicale et essentielle avec sa compréhension antérieure. Dans le « Discours de la méthode », Descartes polémique avec la philosophie de son temps et des siècles passés : la scolastique, que l'on peut définir comme une réappropriation chrétienne de la doctrine d' Aristote . Plus précisément, il s'agit dans notre passage de substituer « à la philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles » une « philosophie pratique ». La philosophie spéculative désigne la scolastique, qui fait prédominer la contemplation sur l'action, le voir surl'agir. Aristote et la tradition grecque faisaient de la science une activité libre et désintéressée, n'ayant d'autre but que de comprendre le monde, d'en admirer la beauté. La vie active est conçuecomme coupée de la vie spéculative, seule digne non seulement des hommes, mais des dieux. Descartes subvertit la tradition. D'une part, il cherche des « connaissances qui soient fort utiles à la vie », d'autre part la science cartésienne ne contemple plus les choses de la nature, mais construit des objets de connaissance. Avec le cartésianisme, un idéal d'action, de maîtrises'introduit au cœur même de l'activité de connaître. La science antique & la philosophie chrétienne étaient désintéressées ; Descartes veut, lui, une « philosophie pratique ». « Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices qui feraient qu'on jouirait sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé […] » La nature ne se contemple plus, elle se domine. Elle ne chante plus les louanges de Dieu, elle est offerte à l'homme pour qu'il l'exploite et s'en rende « comme maître & possesseur ». Or, non seulement la compréhension de la science se voit transformée, mais dans un même mouvement, celle de la technique. Si la science peut devenir pratique (et non plus seulement spéculative), c'est qu'elle peut s'appliquer dans une technique. La technique n'est plus un art, unsavoir-faire, une routine, elle devient une science appliquée. D'une part, il s'agit de connaître les éléments « aussi distinctement que nous connaissons les métiers de nos artisans ». Puis « de les employer de même façon à tous les usages auxquels ils sont propres ». Il n'est pas indifférent que l'activité artisanale devienne le modèle de la connaissance. On connaît comme on agit ou on transforme, et dans un même but. La nature désenchantée n'est plus qu'un matériau offert àl'action de l'homme, dans son propre intérêt. Connaître et fabriquer vont de pair. D'autre part, il s'agit « d'inventer une infinité d'artifices » pour jouir sans aucune peine de ce que fournit la nature. La salut de l'homme provient de sa capacité à maîtriser et même dominer techniquement, artificiellement la nature. Ce projet d'une science intéressée, qui doive nous rendre apte à dominer et exploiter techniquement une nature désenchantée est encore le nôtre. Or la formule de Descartes est aussi précise que glacée ; il faut nous rendre « comme maître et possesseur de la nature ». « Comme », car Dieu seul est véritablement maître & possesseur. Cependant, l'homme est ici décrit comme un sujet qui a tous les droits sur une nature qui luiappartient (« possesseur »), et qui peut en faire ce que bon lui semble dans son propre intérêt (« maître »). Pour qu'un tel projet soit possible, il faut avoir vidé la nature de toute forme de vie qui pourrait limiter l'action de l'homme , et poser des bornes à ses désirs de domination & d'exploitation. C'est ce qu'a fait la métaphysique cartésienne, en établissant une différence radicale de natureentre corps & esprit. Ce qui relève du corps n'est qu'une matière inerte, régie par les lois de la mécanique. De même en assimilant les animaux à desmachines, Descartes vide la notion de vie de tout contenu. Précisons enfin que l'époque de Descartes est celle où Harvey découvre la circulation sanguine, où le corps commence à être désacralisé, et les tabous touchant la dissection, à tomber. Car ce qu'il y a de tout à fait remarquable dans le texte, c'est que le projet de domination technicienne de la nature ne concerne pas que la nature extérieure et l'exploitation des ressources naturelles. La « philosophie pratique » est utile « principalement aussi pour la conservation de la santé ». Le corps humain lui aussi, dans ce qu'il a de naturel, est objet de science, et même objet principal de la science. « S'il est possible de trouver quelque moyen qui rende les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont été jusqu'ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit lechercher. »La véritable libération des hommes ne viendrait pas selon Descartes de la politique, mais de la technique et de la médecine. Nous deviendrons « plus sages & plus habiles », nous vivrons mieux, en nous rendant « comme maîtres & possesseurs de la nature ». La science n'a pas d'autre but. »

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