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L'enfance est-elle seulement le sommeil de la raison ?

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HTML clipboara) Un constat  On s'accorde généralement à dire que la raison caractérise l'homme, alors défini comme un « animal raisonnable « : car l'homme, nous dit Platon, est le seul animal capable de réfléchir sur ce qu'il voit (cf. Cratyle, 399 c). b) Le problème  Mais le problème suivant se pose : la raison, qui est la faculté de former et de combiner logiquement des concepts, est-elle innée chez l'homme, ou est-elle construite lors du développement de l'être humain ? Tel est en effet ce qui est en jeu derrière la question de savoir si « l'enfance est le sommeil de la raison «. Car dire que la raison sommeille chez l'enfant, c'est dire qu'elle est déjà pleinement constituée, mais ne fonctionne pas encore.  Il convient donc d'examiner si la pensée de l'enfant se distingue de celle de l'adulte par sa structure et son fonctionnement logique, et dans l'affirmative, d'étudier la genèse de la raison.

« vérifiables par les individus. » (Ibid.) Le syncrétisme est ainsi une « fusion immédiate d'éléments hétérogènes etcroyance à l'implication logique des éléments ainsi condensés. » (Ibid., p. 185) Dans son syncrétisme, l'enfant lie etintègre dans un schéma unique des éléments disparates et sans rapport d'implication logique, mais qui apparaissentsimultanément dans sa perception. Par exemple : « Le soleil ne tombe pas parce qu'il fait chaud. Il se tient parcequ'il est jaune. »• Le syncrétisme s'accompagne donc d'une propension à la justification systématique. f) « La transduction et l'insensibilité à la contradiction »• Le raisonnement de l'enfant n'est ni inductif ni déductif, mais transductif, selon la terminologie de Stern qui entendpar là que « la pensée enfantine ne procède ni par induction amplifiante, ni par appel à des propositions généralesdestinées à démontrer les propositions singulières, mais qu'elle procède du singulier au singulier, sans que leraisonnement présente jamais de nécessité logique ». (Ibid., p. 185) Par exemple, l'enfant expliquera que le soleil estvivant parce qu'il bouge, sans concevoir la proposition générale « les êtres qui bougent sont vivants » qui permet dejustifier que le soleil soit vivant.• Le raisonnement transductif se produisant sans conscience de liaison logique n'est pas réversible et demeure enconséquence impuissant à déceler la contradiction : « Un même concept étant, en effet, différent suivant la voiepar laquelle l'enfant l'a atteint, les diverses composantes dont ce concept est le produit resteront donc hétérogèneset mèneront à d'incessantes contradictions. » (Ibid., p. 192) Et l'enfant ne pouvant choisir entre les propositionscontradictoires les admettra et les fondra ensembles. g) « Le réalisme intellectuel et l'incapacité au raisonnement formel »• Si l'enfant connaît plusieurs plans de réalité, ceux du jeu et de la réalité commune, il ne les compare ni ne leshiérarchise, mais se borne à les juxtaposer en ne distinguant pas l'irréel du réel : l'enfant ne peut raisonner sur desobjets sans réalité, auxquels il ne peut pas croire.• C'est pourquoi il ne connaît pas le raisonnement formel : ce dernier en effet lie entre elles des assomptions, c'est-à-dire des propositions que l'on admet seulement pour étudier leurs conséquences, sans qu'il soit besoin d'y adhérer. h) La précausalitéLe raisonnement de l'enfant se caractérise par une précausalité, c'est-à-dire une « indifférenciation entre lacausalité physique et la motivation psychologique ou logique. » (Ibid., p. 200) 2 I la construction de la raison chez l'enfant a) Importance de la relation interindividuelleDe l'étude des traits spécifiques de la logique enfantine, il ressort que cette logique est en quelque sorte «prélogique » et que « il n'est pas exagéré de dire qu'il n'y a pas de raisonnements logiques avant 7-8 ans. Lesjustifications dues au syncrétisme sont, en effet, dépourvue de nécessité logique. Quant aux implications motricesqui ont produit le raisonnement, elles restent en-dessous du niveau de conscience. Il faut en effet entendre par"raisonnement" le travail de contrôle et de démonstration des hypothèses, travail qui seul crée des implicationsconscientes de jugement » (ibid., p. 186). Cette vérification étant une discussion intérieure, on voit que l'enfant,pour atteindre à la pensée logique, doit sortir de son égocentrisme pour découvrir des points de vue extérieurs ausien, ce qui ne peut se faire que par le biais de la relation à autrui, et donc par l'intermédiaire du langage.L'acquisition et la maîtrise de ce dernier jouera donc un rôle déterminant dans la construction progressive desstructures logiques. Piaget a distingué plusieurs stades dans la formation de cette pensée représentative, dans sontraité La formation du symbole chez l'enfant : b) Les stades du développement de l'intelligence1) La période de l'activité sensori-motrice (jusqu'à 2 ans) L'enfant acquiert l'idée de la permanence des objets.2) La période de la pensée préconceptuelle ou préopératoire (2 à 4 ans)L'enfant découvre le langage, mais n'établit pas encore de distinction entre son moi et le monde extérieur. Lesstructures caractéristiques de cette pensée sont le jeu et l'imitation. L'activité représentative est égocentrique.3) La période de la pensée intuitive (4 à 7 ans)C'est une période de décentration graduelle de l'assimilation égocentrique et d'extension des processus adaptatifs.Cette pensée intuitive constitue « l'exacte intermédiaire entre la pensée préconceptuelle et la pensée opératoire »(ibid., p. 301).4) La période des opérations concrètes (8 à 11 ans)Un équilibre s'installe entre l'accomodation imitatrice et l'assimilation. La pensée demeure liée au concret, maisapparaît la réversibilité des opérations.5) La période des opérations formelles (à partir de 11 ans) L'enfant est capable d'abstraire et de penserlogiquement. conclusion Les structures cognitives de la pensée de l'enfant ne sont pas rationnelles. Cependant, il ne semble pas que l'onpuisse considérer que l'enfance soit le sommeil de la raison entendue comme faculté de créer et de combinerlogiquement des concepts, car cette faculté n'est pas donnée à l'homme, elle n'est pas innée, mais construite, ainsique nous l'enseigne la psychologie génétique. indications de lecture »

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