Devoir de Philosophie

Les anciens Grecs proposaient comme modèle à la conduite « la vie conforme à la nature ». Quels sens donneriez-vous à cette formule célèbre ? Pensez-vous que cette manière de concevoir la morale puisse être encore la nôtre ?

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morale

1. On ne peut pas, bien évidemment, entreprendre l'étude de ce sujet si l'on ne possède pas déjà une certaine connaissance de la pensée grecque antique et, en particulier, des pensées épicurienne et stoïcienne.    2. Il faudra essayer de retrouver, la fonction que joue le concept de nature à l'intérieur de l'éthique grecque. Ce concept est très éloigné de ce que nous entendons banalement par nature (voir 1).    PLAN    I. — L'éthique et la compréhension antique des rapports de l'homme et de la nature.    1. L'insertion de l'homme dans la nature.    2. La sagesse et la vie conforme à la nature.    II. — La déréalisation de la Nature : la culture et la pratique humaine.    1. La rupture du mécanisme cartésien.    2. Transcendance de l'homme par rapport à la nature.    3. L'homme dans la culture.    Conclusion. — L'homme est le produit de son histoire : mais c'est lui-même qui produit cette histoire.

« Pour les stoïciens, la sagesse est compréhension de la divine rationalité de la Nature. Ici encore le thème central estcelui d'une discipline de la vie qui permet d'éliminer toute forme de négativité. Dans un ordre qui est plein d'Être, oùl'Être est fondamentalement rationnel et harmonieux, la négativité ne peut avoir d'autre statut que celui de l'illusion.L'homme des passions, l'insensé, est celui qui, renversant la nécessaire hiérarchie entre la totalité et la partie,confère une existence absolue à ce qui n'est que relativement : la douleur, le mal, le malheur. Le passionné est celuiqui ne sait pas cc lire » l'harmonie à travers la relativité du mal ou du désir. Ainsi, dans cc la vie conforme à la nature », la pensée antique essaie-t-elle d'inscrire l'homme dans son essentiellesubordination à un ordre qui, indifférent ou valorisé, confère sa signification la plus profonde à l'existence humaine. Aproprement parler, pas plus pour les épicuriens que pour les stoïciens, il n'existe de vie « en dehors de la Nature »,car c'est cette insertion dans la Nature qui constitue la nature de l'homme. Mais l'incompréhension de cette insertionle conduit à une vie illusoire au sein de laquelle, ignorant de lui-même, il ne saurait trouver ni repos, ni vérité. * * * Au XVIIe siècle, réfléchissant sur la prise grandissante de l'homme sur son milieu, Descartes déclare que « la Naturen'est pas une déesse » et que « l'homme doit se rendre maître et possesseur de la nature ». Il enregistre en cestermes la grande cassure de notre modernité dans la compréhension occidentale de la Nature. La compréhension mécaniste de la nature qui joue un si grand rôle dans la constitution de la science cartésienneest, à cet égard, très significative. La Nature est comprise uniquement comme une étendue qu'anime un mouvementde forme mathématique. Sans mystère, offerte à une prise intelligible, la nature perd toute profondeur ontologique :elle n'est plus un ordre total, porteur de la signification fondamentale de l'existence humaine. En ce sens, la compréhension cartésienne de la conscience humaine, comme transcendance radicale à l'ordre del'objet, est la conséquence immédiate de cette déréalisation de la nature. Désormais, l'homme ne pourra pluschercher la signification de sa vie dans une nature qui n'a d'autre statut que celui d'une fable. Pour Descartes,cette fable est création de Dieu et c'est dans son rapport à cet au-delà de la nature que l'homme trouve lesprincipes de la conduite de la vie. Mais la porte est ouverte à l'humanisme moderne qui verra dans l'homme l'auteurde la fable de la nature et le seul fondement de toute morale possible. L'effacement du concept de nature dans la philosophie pratique moderne est contemporaine de l'apparition d'unconcept parallèle : celui de culture. La culture aussi est un ordre signifiant duquel l'homme ne peut s'abstraire et quistructure sa vie en lui donnant les moyens de médiater son rapport au monde et aux autres. Mais cet ordre est un ordre humain ; il n'a rien d'une totalité intangible et éternelle. Cet ordre est historique et entant que tel plastique. Expression de l'homme, une culture est une figuration symbolique des rapports concrets del'homme avec lui-même et avec le monde : aussi la culture et le monde qu'elle signifie se présentent-ilsimmédiatement comme pouvant être transformés par l'action humaine. Ainsi apparaît l'idée que l'homme n'est pas jeté dans la Nature, dans un système dont l'immensité le place au-delà detoute transformation, mais dans une culture qui, produit de la pratique humaine, sera ce que cette pratique la feraêtre. Ainsi, à la question : « qu'est-ce qu'un homme dans la Nature ? » succède la question a Qu'est-ce qu'uneculture qui exprime l'homme ? ». C'est-à-dire, alors que l'Éthique pensait l'homme comme un produit de la Nature, laphilosophie pratique moderne le pense comme se produisant lui-même à travers la production d'une culture. Ne pouvant imaginer la transformation radicale d'un milieu par la pratique humaine, la pensée antique reste insensibleà la dialectique du rapport de l'homme et du monde. Pour l'Éthique, la vérité de l'homme est constituée une fois pourtoute par son appartenance à un ordre duquel il est un élément lucide ou aveuglé, heureux ou malheureux, sage ouinsensé. L'idéal de « vie en conformité avec la nature » exprime cette essentielle subordination de l'homme à unordre en face duquel sa pratique est impuissante. Cette compréhension de la vie humaine et de sa signification ne peut plus être la nôtre. L'homme n'est pas unproduit de la nature mais un produit de son histoire : mais cette histoire, il la produit lui-même à travers lesmodalités pratiques de son rapport au monde. Nulle part l'homme ne rencontre une transcendance à sa propreprésence. Dans tout ce qu'il rencontre du monde, il est toujours là, en acte. Aussi son principe d'action ne saurait-ilconsister dans une quelconque subordination à cet ordre : bien au contraire, il s'agira pour l'homme de transformersa nature propre en transformant, par sa pratique, la culture, c'est-à-dire les structures de son rapport au monde. »

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