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les hommes ont-ils besoin d'être gouvernés

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En Somalie, l'absence d'un gouvernement suffisamment puissant pour faire appliquer la loi laisse aux différents clans le champ libre pour imposer leur propre volonté sur une partie du territoire. En résulte des guerres civiles interminables et un désordre dont les principales victimes sont les populations locales craignant sans cesse de subir la violence. Si la sécurité sur un territoire implique que ce territoire soit gouverné, alors il apparaît que les hommes ont besoin d'être gouvernés. En effet, les besoins des hommes désignent ce qui est nécessaire à leur existence. Or la sécurité est nécessaire puisque, sans elle, la mort violente risque sans cesse de mettre un terme à l'existence. Pour autant, un gouvernement peut également rendre l'existence des hommes inhumaine. Gouverner c'est exercer un pouvoir. Et un pouvoir peut se faire lui-même source de violence envers la population gouvernée. De plus, si le pouvoir exercé sur les hommes est trop contraignant, leur existence sera réduite à accomplir les volontés d'un autre. Or les besoins humains ne désignent pas seulement ce qui est nécessaire à la subsistance (boire, manger, être en sécurité...), mais également ce qui est nécessaire à l'accomplissement personnel. Une contrainte excessive, réduisant les hommes à n'être que des moyens dans les mains d'un autre, ne permet pas de s'accomplir librement, et contredit par conséquent un besoin fondamental. D'un côté, ne pas être gouverné signifie, pour les hommes vivant en société, ne pas être protégé de la violence et risquer sans cesse de mourir. De l'autre, être gouverné contredit l'aspiration fondamentale de l'homme à mener son existence comme il l'entend plutôt que sous la contrainte. Les hommes ont-ils besoin d'être gouvernés ? Nous nous demanderons d'abord si être gouverné est absolument nécessaire aux hommes, puis nous nous demanderons si le fait d'être gouvernés ne fait pas courir à l'homme le risque de perdre sa raison d'être, nous chercherons enfin s'il peut exister un mode de gouvernement permettant de satisfaire et le besoin de sécurité et le besoin de liberté. * Les besoins désignent ce qui est nécessaire à l'existence. Les besoins humains concernent tout d'abord la survi...

« Le gouvernement, en tant qu’instance de pouvoir suffisamment puissante pour tenir en respect tous les individus d’un territoire, apparaît donc comme nécessaire à l’existence des individus sur ce territoire. Mais un tel gouvernement ne peut être exercé que par des hommes. Or ces hommes peuvent fort bien se retourner contre ceux dont ils sont censés assurer la sécurité. C’est pourquoi on peut se demander, avec John Locke : « Est-il un bon calcul pour se garder des putois de se jeter dans les griffes du lion ? » La sécurité est un besoin qui est assuré par un gouvernement, à condition que ce gouvernement ne devienne pas lui-même source de violence. Comment faire en sorte qu’un gouvernement ne devienne pas une malédiction pour ceux qui sont sous sa tutelle ? * Nous avons vu que le gouvernement est un besoin humain, en tant qu’il est le moyen d’assurer leur sécurité. Mais ce gouvernement peut se retourner contre ceux qu’il est censé protéger et devenir pour eux synonymes d’insécurité. Alors il n’est plus un besoin mais au contraire ce dont il faut se débarrasser. Pourquoi un gouvernement se retournerait-il contre ceux qui en ont besoin ? Sans doute parce que l’exercice du pouvoir attire non pas seulement les hommes qui veulent simplement assurer les besoins des autres hommes mais ceux qui veulent assouvir leur propre désir de domination. La passion du pouvoir anime certains être pour qui l’objectif devient de s’assujettir un grand nombre de personne. Pour Mikhaïl Bakounine, c’est là l’essence même du gouvernement : gouverner ne consiste pas principalement à faire respecter un ordre mais à exercer une domination sur autrui. En ce sens, être gouverné ne signifie plus être protégé mais être dominé. Etre dominé signifie être considéré comme un moyen au service de la volonté d’un autre. Ainsi l’esclave est-il dominé par son maître. Or si un gouvernement devient non plus protecteur mais dominateur, à qui en revient la responsabilité ? D’un côté, elle en revient aux être avides de pouvoir qui aiment à décider pour d’autres. Mais elle en revient également à ceux qui se laissent dominer sans se rebeller. Telle est la thèse que développe Etienne de la Boétie dans son Discours de la servitude volontaire . Les hommes, plutôt que de revendiquer haut et fort leur liberté d’agir selon leur volonté, se laisse dominer par des maîtres qui pourtant ne méritent pas d’être obéi. En acceptant ainsi d’être dominés, ils renoncent à leur nature d’êtres libres. Le fait d’être gouverné entre ici en contradiction avec un besoin fondamental des hommes, celui d’agir librement c'est-à-dire sans contrainte. Comment le fait d’être gouverné serait-il un besoin s’il contredit un autre besoin ? Notre problème va donc se compliquant : non seulement le besoin d’être protégé, qui semble poser la nécessité d’être gouverné, présente le risque de mener les hommes à une insécurité plus grande que leur insécurité initiale, mais encore ce besoin entre en contradiction avec un désir essentiel, qui ne concerne pas la survie physique mais plutôt l’accomplissement, le désir d’être libre. Est-il possible d’être gouverné sans être simplement dominé, d’être protégé tout en restant libre ? * Considérons la liberté dont les hommes disposent en l’absence de tout gouvernement. Cette liberté est liberté de faire ce que l’on veut. Mais cette liberté va vite rencontrer des limites. En effet, si l’un veut habiter dans la maison de l’autre, mais que l’autre ne le veut pas, un conflit va surgir. L’un va s’armer pour attaquer, l’autre pour se défendre. Bientôt la liberté sera remplacée par la crainte de tous envers tous. Sans ordre on ne peut pas faire ce que l’on veut, et par conséquent la liberté la plus grande n’est pas la liberté de l’absence d’ordre. La sécurité est condition de la liberté. Si l’on considère la liberté d’un individu particulier, on retrouvera un schéma analogue : s’il fait ce qu’il veut, il risque de vite sombrer dans des addictions ou des conflits intérieurs qui vont limiter ses possibilités d’action. »

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