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L'expérience familière est-elle le commencement de la science ?

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Car l'expérience première est un obstacle et non une donnée. C'est même le premier obstacle que la science doit surmonter pour se construire. C'est que la science est ennuyeuse : le réel auquel elle a affaire est filtré, classé, ordonné selon des relations intelligibles, quantifié, prêt à la mesure. Au contraire, l'expérience première, spontanée, parle à l'imaginaire. L' « observation première se présente comme un libre d'images : elle est pittoresque, concrète, vivante, facile. Il n'y a qu'à la décrire et s'émerveiller «. Devant elle, nous sommes au spectacle. Entre l'expérience spontanée du feu par exemple et la connaissance des lois de la combustion, quel écart ! D'un côté un univers qualitatif et affectif : le feu qui crépite dans l'âtre, le bien-être, les couleurs, la fascination, le feu qui « chante « et qui « danse « ; de l'autre un processus physico-chimique dépouillé de toute poésie, une simple modification quantitative des éléments. La première leçon de l'épistémologie de Bachelard est donc bien platonicienne : l'anti-empirisme. L'expérience est d'abord du domaine du préscientifique.

La science commence par l'étonnement. Je ne peux m'étonner que de ce qui se produit, et non de ce qui ne se produit pas. Cela prouve que l'expérience familière est la source du savoir des sciences. MAIS, La science moderne et quantique a-t-elle véritablement affaire à la réalité commune ? Le concept d'atome a-t-il encore quelque chose à voir avec l'expérience quotidienne ?

 

 

« représentons que parce que nous avons eu l'expérience sensible du mou, du blanc,du jaune.... Pour un empiriste, un aveugle de naissance ne saurait avoir aucune idéedes couleurs. Les autres idées viennent non de l'expérience externe, mais del'expérience interne ; cad des observations que nous faisons sur « les opérations intérieures de notre âme ». Telles sont les idées de « joie », de « peine », de « plaisir », de « douleur »... Ce sont des idées de réflexions. Dans les deux cas, les idées sont, comme dit Hume , des « copies » des impressions sensibles. 2. La composition des idées . En faisant naître les idées de l'expérience sensible, comment pourrions-nous rendre compte de l'infinité des idées que l'espritpeut concevoir, alors que est toujours limitée ? Je peux me représenter unemontagne d'or, ou un centaure : comment est-ce possible ? La réponse est : grâceà la possibilité de combiner ou d'associer les idées, que Locke comme Hume attribut à l'imagination. L'empirisme distingue entre les « idées simples », cad inanalysables en éléments et immédiatement dérivées d'expériences sensibles élémentaires (tellesles idées de « rouge », « chaud »...) et les « idées composées », qui, elles, sot des résultats d'une combinaisons d'idées simples. 3. La signification des mots . L'expérience comme contrôle. L'expérience n'est pas seulement une origine ; elle est aussi ce à quoi il faut retourner pour éprouver lavaleur de nos pensées ou plus exactement de notre langage. Les mots dépendentdes données sensibles particulières, aussi généraux et abstraits soient-ils. De quoisuffit-il donc pour savoir si un mot possède un contenu réel de signification ou si cen'est qu'un mot creux ? Il suffit que le mot représente effectivement une idée. Pourétablir la signification d'un mot, il suffit de rechercher de quelle(s) impression(s)sensible(s) dérive l'idée dont il est supposé être le signe. L'expérience est bien alors, non seulement un point de départ, mais aussi un point d'arrivée,de retour. Ainsi l'empirisme ne fait-il pas seulement de l'expérience l'origine de notreconnaissance, mais aussi ce qui la justifie. En ce sens, il ne répond pas seulement à laquestion de fait que demeure la question de l'origine ; mais il pose dans toute son ampleurla question de droit. Dans « Essais philosophiques sur l'entendement humain », Hume affirme que les « idées » ne sont d'abord que des copies affaiblies des « impressions » d'origine externe et qu'elles sont ensuite liées suivant les lois mécaniques de l'association. Ainsi,par exemple, nous observons qu'un phénomène donné est suivi d'un autre phénomènedonné. Rien ne nous permet d'affirmer qu'il existe entre eux une relation causalenécessaire sinon l'habitude que nous avons acquise, sous l'influence d'une associationsouvent répétée, de nous attendre à les voir se suivre. Le principe de causalité est doncacquis par expérience. Il en est de même pour les autres principes. La pensée empiriste anglaise distinguera avec insistance vérités logiques et propositions induites de l'expérience. Hume analyse ainsi ce qui sépare relations d'idées et relations de faits : si l'opération « 2+2=4 » n'exige nul recours à l'expérience, l'affirmation « le soleil se lèvera demain » ne peut être proférée que parce que j'ai l'expériencequotidienne de la levée du soleil. La proposition contraire n'est ici nullement contradictoiresur le plan logique, comme le serait « 2+2+5 ». C'est un recours aux faits, non le jeu d'une opération purement rationnelle, qui établit la vérité. Qu'en est-il alors de son universalité ?Comment prouver qu'il n'y aura pas un matin où le jour ne se lèvera pas ? Questions qui ontpour effet de fragiliser la valeur rationnelle des propositions scientifiques. A côté dessciences de pure raison, les plus nombreuses sont relatives à des faits. Celles-ci, parcequ'elles ne relèvent pas de la pure logique, ne peuvent pas être démontrées : « Le contraire d'un fait quelconque est toujours possible, car il n'implique pas contradiction et l'esprit leconçoit aussi facilement et aussi directement que s'il concordait pleinement avec laréalité. » Hume montre donc que l'induction ne conduit pas à une opération intuitive : le moyen terme sous-entendu ( cela se passera toujours comme cela s'est passé ) n'est pas une évidence logique. Il faut que l'esprit induisant que « le pain m'ayant nourri hier il me nourrira demain » fasse un saut ne relevant pas de la logique. Or l'induction est indispensable dès qu'on a affaire à des relations de faits. Aussi les vérités empiriques nesont-elles nullement nécessaires : outre qu'il peut y avoir des inférences fausses, parce cequ'on n'a pas encore rencontré le contre-exemple qui les démentira, il n'existe aucun moyende démontrer absolument, par la pure logique, que la conclusion d'une induction estnécessairement vraie. Du point de vue de la logique, elle ne lest pas. Si l'on s'en tenait là, ilfaudrait en conclure que les sciences de faits, même si elles sont provisoirementacceptables, demeurent en partie incertaines. Elles reposent, au mieux, sur de hautesprobabilités. . « Il semble évident que, si toutes les scènes de la nature changeaient »

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