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L'histoire peut-elle se passer du récit ?

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histoire

Il y a de l’histoire, l’homme évolue (historicité de fait) ; d’autre part, il y a des récits qui se rapportent au passé en général. Y a t-il des récits parce qu’il y a  une historicité de fait pour en rendre compte ou y a-t-il de l’histoire pour nous parce qu’il y a des récits. D’où cette question qui nous est posée : l’histoire peut-elle se passer du récit ? Ou se situe-t-elle exactement ? La question porte sur 1a définition de l’histoire. On nous demande si le récit est une condition nécessaire de l’histoire. Le sujet présuppose que l’on distingue l’histoire en tant que réalité historique c’est à dire réalité passée qui implique qu’il y a du changement, et l’histoire comme production d’un discours sur cette réalité passée et sur ce changement. Cette histoire produit le récit de l’autre histoire. Le récit introduit alors une distance irréductible entre ce qui s’est passé concrètement et ce qui est dit, rapporté puisqu’il est impossible que le discours puisse être répétition du concret. Peut-on admettre que 1a réalité passée constitue à elle-seule l’histoire, alors le récit serait superflu; il y aurait de l’histoire comme un état de fait indépendamment de l’homme et de son regard. En ce cas, quelle différence peut-on faire entre histoire et évolution? Cette différence en effet ne repose-t-elle pas justement sur l’intervention du regard de l’homme? Ne faudrait-il pas plutôt admettre que 1a réalité passée, pour qu’on puisse parler d’histoire, nécessite cette prise de distance que manifeste le récit ? Mais tout récit de 1a réalité historique nous renvoie-t-il pour autant à l’histoire, le récit lui- même ne doit-il pas obéir à certaines conditions pour constituer véritablement l’histoire ?

«  L’homme n’est pas un être simplement enfoncé dans le temps, dans l’instant et dans le réel, il est dépassement. Il n’est jamais pure coïncidence avec lui -même. Il ne subit pas absolument l’irréversibilité du temps, elle constitue certes un obstacle mais toute société surmonte cet obstacle dans un discours, un récit qui lui permet d’échapper à l’absurde ou à l’angoisse de la liberté. Le récit en effet, réintègre l’individu, l’homme isolé dans le temps sép aré de tout, dans une continuité qui le sécurise et donne sens au changement car le réel concret n’est pas immédiatement lisible, compréhensible et le récit consiste justement à identifier par abstraction des moments, des événements qui permettent à l’homme de se situer dans une continuité. C’est à dire que le récit n’est pas répétition : mais construction par l’homme d’une réalité historique qui en dehors de cette construction n’est que confusion, pire n’est encore rien pour l’homme tant qu’il n’y met pas des mots. Identifier, situer, construire, par là établir une continuité, ne sont -ce pas là les opérations qui sont la condition même de l’histoire. III. NOUS VOYONS DONC QUE LE RECIT EST LA CONDITION NECESSAIRE POUR QU’IL Y AIT VRAIMENT DE L’HISTOIRE PUISQU’IL N’Y A D’HISTOIRE POUR NOUS QUE PAR LE RECIT. PEUT -ON DIRE POUR AUTANT QUE TOUT RECIT EST A MEME DE RENDRE COMPTE DE L’HISTORICITE ? Si, en effet, toute société produit un discours où elle met en représentation sa temporalité, son rapport au temps, les m odalités de ce rapport ne sont pas indifférentes; selon leur variation, est -ce bien toujours avec la réalité historique, qui reste une condition nécessaire, que le récit nous met en rapport.  Certaines sociétés produisent des récits du passé sans historien , des récits anonymes: les mythes. Ce sont des récits sur l’histoire du groupe à partir de ses origines jusqu’à la période qui a besoin d’une explication pour rendre compte d’un engendrement du présent. Chaque civilisation produisant ce type de récit situe le temps qu’elle est en train de vivre dans la fin d’un cycle c’est à dire dans une période précédant le chaos et raconte comment elle en est arrivée là, à ce stade de décadence. Elle se représente le temps comme cyclique sur le mode cosmique; tout en rac ontant une histoire, elle vise à la nier par la représentation de l’éternel retour. C’est en cela qu’il s’agit d’un récit mythique qui ne renvoie pas à la réalité historique véritablement vécue par le groupe mais qui, derrière cette chronologie apparente, vise à se conserver à travers la contemplation d’un modèle. Ce n’est donc pas l’historicité en elle même qui est traduite par le récit mythique mais l’angoisse de cette historicité aboutissant à la négation, au refus de l’histoire comme continuité indéfini e et irréversible. Il y a donc bien une histoire puisqu’il y a conscience d’une temporalité mais qui refuse de se prendre comme telle. Ce récit est négativement le signe d’une histoire qui veut s’ignorer et donc qui ne se pense pas comme histoire. C’est pour cela qu’on les appelle sociétés sans histoire. La notion même d’histoire semble impliquer la prise en compte positive, volontaire d’une historicité et le récit même de cette historicité.  I1 n’y aurait donc que le récit à proprement parler historique qui serait une traduction de l’histoire vécue. Ce récit visant à produire une connaissance du passé, une mise en ordre. Cette mise en ordre supposerait alors la vision d’une continuité effectivement indéfinie, d’une réalité toujours en marche, une vision évolutionniste de l’histoire qui cherche à réintégrer le réel dans un flux continu. Mais ce récit est bien lui aussi une création, un produit de l’esprit qui cherche, à se représenter à lui - même à partir d’un autre modèle qui est celui d’une continuité. C’es t en ce sens que l’on a parlé du récit historique comme d’un roman c’est à dire une construction par l’imagination du réel et non le réel lui -même. On raconte l’histoire de France aux enfants, l’histoire des rois, vision unitaire avec une seule histoire da ns laquelle on voit la France en marche. Il s’agit d’une conception traditionnelle de l’histoire qui nous renvoie donc aux problèmes de l’historiographie et qui conduit à distinguer ici un type de discours historique qui serait le récit par excellence. Il ne s’agit plus ici du récit en général en tant que discours que les sociétés tiennent sur leur historicité mais d’une approche particulière et elle même historique.  D’où la tendance actuelle à la déconstruction du récit voulant par là briser une vision strictement linéaire et unitaire de l’histoire pour y substituer des discours partiels faisant éclater l’ histoire en des histoires portant sur des aspects de la réalité, appelée histoire sérielle. L’histoire ne pourrait plus s e dire qu’au pluriel (Foucault ) . En ce sens technique, on peut dire que l’histoire peut se passer du récit au sens où elle peut se passer du roman qui rassemble y compris en comblant les 1acunes, mais pour autant, elle n’en reste pas moins une manière de dire en se donnant un réel pass é en représentation. »

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