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L'homme peut-il vivre sans penser ?

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Ainsi oublie-t-il les maux qui pèsent sur son existence. Cependant, ce n'est pas ainsi qu'il s'élève. Il ne fait que refuser de regarder la vie en face. Les hommes ne cessent de s'agiter, de se jeter dans le monde, d'aimer le jeu, la conversation des femmes, de courir les emplois. En un mot, ils ne cherchent qu'une chose : le DIVERTISSEMENT. Frénésie de l'action qui ne vise, en sortant sans cesse de soi, qu'à s'oublier soi-même. Aussi, si l'on en cherche plus finement les raisons , on les trouve dans la nature même de l'homme. Ce dernier n'a pas tort et a le juste pressentiment de son malheur. Il y a un « malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près. » De là vient, continue Pascal, « que les hommes aiment tant le bruit et le remuement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible ; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible ».

« L'opinion ne pense pasGaston Bachelard, dans La Formation de l'esprit scientifique, écrit: «L'opinionpense mal; elle ne pense pas.» L'homme peut très bien avoir des opinions, desconvictions, des certitudes, et cependant n'avoir jamais examinérationnellement le fondement de ce qu'il tient pour vrai et juste. Il vit maisn'existe pas. Exiter c'est penser sa vie.Bachelard établit que la science s'oppose à l'opinion. Contrairement à une idéerépandue que Bachelard cherche à réfuter, il ne s'agit pas ici d'une oppositionde circonstance, comme lorsqu'une théorie vient contredire ce que l'opinioncommune tient pour vrai.C'est une opposition de principe, liée à la nature fondamentale de cetteconnaissance qu'on appelle la science. Pour cette dernière, dans tous les cas,«l'opinion a, en droit, toujours tort». Comment l'auteur peut-il affirmer cela?Pour comprendre cette affirmation, il faut distinguer le fait du droit. Certes, ilpeut arriver qu'une opinion «vise juste» dans son appréhension d'unphénomène quelconque, mais cette justesse de fait, qui permet de la«légitimer», ne lui donne malgré tout aucune valeur. L'opinion est, dans sonprincipe, « antiscientifique », ce qui signifie qu'elle ne repose pas sur untravail critique.Elle s'appuie, en effet, sur des préjugés, des idées reçues, ou une observationpremière des phénomènes. L'opinion pense mal, ou plutôt : elle ne pense pasdu tout.La science, au contraire, n'est pas observation première. Elle n'est ni prisonnière de l'apparence, ni asservie auxpréjugés. En outre, elle est observation polémique, confrontation et examen critique d'un réel activement sollicité.C'est pourquoi la science ne croit pas aux évidences : «Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit. »,écrit Bachelard, qui retrouve ainsi les critères du travail scientifique, que le savant Claude Bernard avait défini auXIX siècle, dans son Introduction à l'étude de la médecine expérimentale. L'homme ne pensant pas veut se divertirPascal a consacré, dans ses Pensées, de nombreux textes au divertissement. Pendant qu'il se divertit, il ne pensepas. Ainsi oublie-t-il les maux qui pèsent sur son existence. Cependant, ce n'est pas ainsi qu'il s'élève. Il ne fait querefuser de regarder la vie en face.Les hommes ne cessent de s'agiter, de se jeter dans le monde, d'aimer le jeu, la conversation des femmes, de courirles emplois. En un mot, ils ne cherchent qu'une chose : le DIVERTISSEMENT. Frénésie de l'action qui ne vise, ensortant sans cesse de soi, qu'à s'oublier soi-même. Aussi, si l'on en cherche plus finement les raisons , on les trouvedans la nature même de l'homme. Ce dernier n'a pas tort et a le juste pressentiment de son malheur. Il y a un «malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous ypensons de près. » De là vient, continue Pascal, « que les hommes aiment tant le bruit et le remuement ; de là vientque la prison est un supplice si horrible ; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible ».Pascal nous invite à accepter, sans effroi, notre humaine condition, qui est de n'être rien, certes, face à l'infinité deDieu mais d'être quelque chose avec son secours, en trouvant auprès de lui l'éternelle consolation dont nous avonsbesoin. Telle est l'articulation centrale de la réflexion Pascalienne (Pensée 60) : MISERE DE L'HOMME SANS DIEU(parce que la nature est corrompue) ; FELICITE DE L'HOMME AVEC DIEU (parce qu'il y a un réparateur). Dans sasituation de misère, loin de Dieu, l'homme s'étourdit de son passé et plus encore de son avenir supposé, mais nepeut, en réalité, jamais d'être heureux. Dans la situation de félicité, au moment où il a retrouvé Dieu, l'homme peutparvenir au bonheur, à condition de se détourner du monde et de ses divertissements impuissants. Aussi Pascal,contre l'éparpillement de soi, plaide-t-il en faveur de la méditation. Il faut se « ramasser en soi-même » pour seconsacrer à ce Dieu « que nous connaissons sans savoir qui il est » (Pensée 233).Ainsi une vie heureuse serait définie par l'accord de l'homme avec Dieu. Belle définition, sans doute. Dieu est biencaché ou lointain. Le transcendant a disparu de notre horizon, nous laissant en ce vide que décrit si bien Pascal.Inutile d'inventer de nouveaux dieux. Tentons plus simplement de trouver une vie heureuse dans l'accord, sinonavec le monde, du moins avec nous-mêmes. »

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