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L'ignorance est-elle la seule raison d'être de nos croyances ?

Publié le 28/02/2004

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C'est là un troisième ordre de réalité au-dessus de l'esprit et des corps. L'amour évangélique, qui est don de soi, qui rend capable d'aimer quelqu'un indépendamment de ses qualités, est proprement surnaturel. « De tous les corps et esprits, on n'en saurait tirer un mouvement de vraie charité « (id.). C'est la lumière divine elle-même. ■ Car Dieu est Amour. Le Dieu chrétien n'est pas le calculateur céleste de Leibniz, le marionnettiste de Malebranche ou le garant des vérités éternelles de Descartes ; il est le vrai Dieu d'Amour, le « Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, non des philosophes et des savants « (Mémorial). La religion est le savoir absolu Alors que l'art représentait la vérité de manière intuitive, la religion la représente de manière pré conceptuelle, dans ce que Hegel appelle la « représentation «, qui est une conceptualité encore imagée et baignée de sentiment, accessible à la conscience populaire. La religion relie les hommes à Dieu, et par là aussi les relie entre eux. La religion exprime la vérité absolue sous forme de représentations (mythes, histoire sacrée, vision anthropomorphique de Dieu.

L'ignorance et la peur sont les deux raisons du recours à la croyance. La religion s'oppose à la raison et maintient les hommes dans l'ignorance. Mais, la foi et la connaissance sont deux ordres différents et peuvent coexister. La religion peut être une forme suprême de connaissance.

  • I) L'ignorance est la seule raison d'être de nos croyances.

a) Les mythes et croyances naissent de la peur (Epicure). b) La religion, cet asile d'ignorance (Spinoza). c) La croyance religieuse est irrationnellle (Freud).

  • II) L'ignorance n'est pas la seule raison d'être de nos croyances.

a) La croyance est un postulat rationnel. b) Croyance et humilité. c) La religion est le savoir absolu.

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« La religion est l'asile de l'ignoranceC'est après avoir exposé sa propre conception de Dieu que Spinoza s'attaqueà la compréhension traditionnelle de Dieu comme roi ou seigneur , imposantses volontés aux hommes.

« La volonté de Dieu, cet asile d'ignorance » écrit-il dans l'appendice au livre 1 de l' « Ethique », entendant montrer que laconception vulgaire de Dieu, non contente d'être anthropomorphique,dégénère en superstition et maintient les hommes dans une ignorance quiprofite au pouvoir religieux.Pour Spinoza, Dieu n'est pas une personne, mais il se définit par la formule «Deus sive natura » : « Dieu ou la nature ».

Dieu est la force qui produit latotalité de la nature et des êtres : « il est la cause libre de toutes choses[...] tout est en Dieu et dépend de lui ». Dieuc'est-à-dire lanature.Deus sivenatura. Par cette formule, Spinoza affirme l'idéed'une substance infinie.

Dieu s'identifieavec la nature et n'est donc pas uncréateur ontologiquement séparé dumonde.

Spinoza s'oppose à l'idée d'unDieu anthropomorphe, agissant selon desfins.

On en a conclu (à tort) à l'athéismede Spinoza.

En réalité, il est panthéiste. Après avoir justifié son concept de Dieu, Spinoza entreprend de réfuter les préjugés des hommes au sujet de ladivinité.« Tous ceux que j'entreprends de signaler ici [les fausses opinions] dépendent d'ailleurs d'un seul, consistant en ceque les hommes supposent communément que toutes les choses de la nature agissent comme eux en vue d'une fin,et vont jusqu'à tenir pour certain que Dieu lui-même dirige tout vers une certaine fin.

»Tous les préjugés des hommes reposent donc sur une conception anthropomorphique de la nature (« Les hommessupposent communément que toutes les choses de la nature agissent comme eux en vue d'une fin »), qui culminedans l'idée que Dieu agit comme un être humain : il est pourvu d'une volonté et dirige tout selon ses buts et sesfins.

Dès lors tout phénomène naturel sera compris comme s'expliquant par la volonté de Dieu.Il deviendra donc impossible d'expliquer la nature par elle-même : tout phénomène (une maladie par exemple) nesera pas compris par ses causes naturelles, mais saisi comme manifestation, comme signe de la volonté divine (lacolère de Dieu, qui pour punir les hommes leur envoie la maladie en question).Il vaut la peine de suivre la démonstration de Spinoza.

Celui-ci pose en principe un fait indéniable, celui qui veut que: « Tous les hommes naissent sans aucune connaissance des causes des choses, et que tous ont un appétit derechercher ce qui leur est utile, et qu'ils en ont conscience.

» Nous avons conscience de nos désirs, mais non deleurs causes.

Par suite les hommes croient désirer librement, croient que leurs désirs naissent d'eux-mêmes (commeun ivrogne sous l'emprise de l'alcool croit désirer librement sa bouteille).Or une autre caractéristique des êtres humains est qu'ils agissent toujours dans un but, en poursuivant une fin, uneutilité.

Pour les hommes, comprendre la nature, c'est donc rechercher dans quel but telle ou telle chose existe,quelle est son utilité.

Quand nous regardons un objet, notre première impulsion est de nous demander à quoi il sert,comme si son utilité rendait raison de son existence.

Autrement dit, les hommes ne cherchent pas à comprendre lacause des phénomènes, ce qui les produit, mais leur fin supposée.C'est la combinaison de ces deux principes, de ces deux attitudes : l'ignorance des causes et la recherche de l'utile,qui va être à l'origine d'une conception fausse et aliénante de la nature et de la divinité.Or, « Comme en outre ils trouvent en eux-mêmes et hors d'eux un grand nombre de moyens contribuant grandementà l'atteinte de l'utile [...] ils en viennent à considérer toutes les choses existant dans la nature comme des moyensà leur usage.

»L'homme considère donc la totalité de la nature comme un ensemble de moyens à son usage.

Puisque les hommesexpliquent toutes choses selon leur propre façon d'agir, ils jugent que ces moyens ont dû leur être fournis par un ouplusieurs directeurs de la nature, cad par Dieu.

Continuant dans la même logique, les hommes en viennent à penserque les Dieux leur ont fourni ces moyens en échange d'une contrepartie; cultes, sacrifices, bonheur, amour.« Par là, il advint que tous [...] inventèrent divers moyens de rendre un culte à Dieu afin d'être aimés par lui par-dessus les autres et d'obtenir qu'il dirigeât la nature entière au profit de leur désir aveugle et de leur insatiableavidité.

»La boucle est bouclée : Dieu ou les Dieux sont conçus comme des personnes, agissant dans un but, favorisant leshommes en échange d'un culte.

C'est une conception anthropomorphique du divin, puisque Dieu est conçu sur lemodèle de l'humanité.

Le monde est expliqué en dépit du bon sens.« Mais, tandis qu'ils cherchaient à montrer que la nature ne fait rien en vain (cad rien qui ne soit pour l'usage deshommes), ils semblaient montrer rien d'autre sinon que la nature et les Dieux sont atteints du même délire que leshommes.

»En effet, le type d'explication fourni par les hommes, grâce à l'utilité, est proprement délirant.

On ne trouve lacaricature chez Bernadin de Saint Pierre, qui, plus tard, dira que « le melon a été divisé en tranches par la natureafin d'être mangé en famille, la citrouille, étant plus grosse, peut être mangée avec les voisins.

»Mais l'exposé de Spinoza rend aussi bien compte des préjugés qui font de Dieu ou des Dieux des Dieux nationaux,protégeant particulièrement tel ou tel peuple, que du début de la « Genèse » où Jahvé offre la terre à un homme. »

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