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L'irrationnel est-il toujours absurde ?

Publié le 01/01/2004

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Raisonnement illogique, formellement irrecevable. Dénué de sens et de cohérence. Ce sujet vous demande de distinguer deux notions que l'on ne distingue pas nécessairement dans l'usage courant du français : ne dit-on pas aussi bien « c'est absurde « que « c'est irrationnel «?Vous devez donc examiner ce qui peut motiver notre assimilation courante de ces deux notions, mais surtout chercher à les distinguer et à les situer l'une par rapport à l'autre. Il est bon que vous vous interrogiez sur les contraires de ces deux notions, afin de déterminer leur sens exact. De prime abord, le terme « irrationnel « s'oppose au terme « rationnel «, tandis que le terme « absurde « s'oppose au terme « sensé «. Cela suggère que le premier terme porte sur la conformité d'une chose ou d'un comportement aux principes définissant la raison, tandis que le second porte sur la question du sens de cette chose et de ce processus.Le sujet pose donc de manière négative le problème du rapport entre la raison et le sens : ce dernier est-il réductible à la première? La raison fournit-elle les critères déterminant le caractère sensé de quelque chose? On peut tout d'abord se demander s'il y a vraiment d'autres critères du sens que ceux suggérés par la raison : seul est sensé ce qui est justifié, et la justification est par essence rationnelle.

L'irrationnel est absurde. Il ne respecte pas les règles logiques qui dirigent la pensée. Il traduit une idée fausse de la réalité. Mais, l'homme n'est pas un être purement rationnel. Il y a des choses qui échappent à sa raison. Certains comportements irrationnels ont un sens caché.

« acquisitions scientifiques.

On peut ainsi considérer, comme le fait Lukacs, qu'un individu soutenant l'héliocentrismeau xiie siècle aurait été considéré comme «fou» puisqu'une telle affirmation était incompatible avec la rationalité del'époque.

Inversement, le médecin qui, aujourd'hui, considérerait que le moindre rhume est une punition envoyée aupécheur, risquerait, sinon d'être interné, du moins de manquer de patients...L'évolution du savoir montre précisément que tout irrationnel n'est pas absurde: le travail de Freud a consisté àmontrer que le rêve a bien un sens, même si ce dernier n'obéit pas aux normes de la raison (et pour cause! s'il estvrai que l'inconscient ignore le principe de non-contradiction qui fonde au contraire la rationalité quotidienne).

Demême, on admet volontiers aujourd'hui que la folie — déraison — produit du sens — même s'il demeure difficile àexpliciter.

Cf.

Merleau-Ponty: «La volonté d'appliquer la raison à ce qui passe pour irrationnel est un progrès de laraison.

»Pour confirmer cette variabilité des critères d'appréciation de l'irrationnel et/ou de l'absurde, il suffit de noter que,dans notre société, un comportement obéissant à un certain type de rationalité peut sembler « fou » ou absurded'un point de vue différent : ainsi quelqu'un d'étranger au marché de l'art (et à ses aspects économiques) peut-iljuger absurde l'acharnement d'un collectionneur payant une somme rondelette une oeuvre d'art « conceptuel » quipeut se présenter sous l'aspect d'un simple descriptif signé et authentifié (mais le collectionneur «fou» fait de soncôté de savants calculs de rentabilité). III.

L'irrationnel « par excès » De ces formes apparentes d'irrationnel qui, parce qu'elles désignent en faitd'autres formes de la raison, n'ont rien à voir avec l'absurde, on peutdistinguer ce qui s'affirme antirationnel.

Que l'on pense cette fois à Nietzscheou au surréalisme.

Ou, pour en repérer une forme moins polémique, àl'affectivité (cf.

Pascal : «Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas»); Le coeur ases raisonsque la raisonne connaîtpas.(Pensées) Le coeur, chez Pascal, désignel'intuition qui permet de saisir lesévidences n'ayant pas besoin d'êtredémontrées.

Il ne s'agit donc pas dela passion amoureuse.

Nous disposonsde deux facultés pour connaître : lecoeur procède par intuitionsimmédiates, la raison par la médiationde la déduction.

Le coeur suit doncune démarche que la "raison neconnaît pas".

Pascal joue sur les deuxsens du mot "raison" ou encore à la foi.

S'il y a dans cette dernière une référence à l'absurde (« Credo quia absurdum » dit saintAugustin), c'est pour rendre compte de son « pari », de son enjeu incommensurable, mais certainement pas de lasituation mentale du croyant. Je crois parce quec'est absurde.

SaintAugustin Cette phrase définit la foi.

Nous n'avons nulle preuve del'existence de Dieu.

Croire en Dieu (ou n'y pas croire) relèved'un choix d'existence mais qui reste infondable en raison. L'absurde apparaît ici comme ce qui excède toute appréciation par la raison ou toute capacité de démonstration,parce que le domaine visé est très au-delà de la raison humaine et de ses capacités.

Cet absurde est bienirréductible à quelque rationalité que ce soit — tout comme l'absurde sartrien. CONCLUSION L'irrationnel ne se confond avec un absurde positif que lorsque c'est l'existence (de Dieu ou de l'homme) qui est enjeu.

Kierkegaard ne remarquait-il pas déjà qu'elle est irréductible au concept et au système — alors que la raisonexige le déploiement de ces derniers et que c'est grâce à eux qu'elle réduit progressivement les autres formes del'irrationnel.. »

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