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Malebranche: La raison est-elle universelle ?

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Il n'y a personne qui ne convienne que tous les hommes sont capables de connaître la vérité ; et les philosophes même les moins éclairés, demeurent d'accord que l'homme participe à une certaine Raison qu'ils ne déterminent pas. C'est pourquoi ils le définissent animal RATIONIS particeps : car il n'y a personne qui ne sache du moins confusément, que la différence essentielle de l'homme consiste dans l'union nécessaire qu'il a avec la Raison universelle, quoiqu'on ne sache pas ordinairement quel est celui qui renferme cette Raison, et qu'on se mette fort peu en peine de le découvrir. Je vois par exemple que 2 fois 2 font 4, et qu'il faut préférer son ami à son chien ; et je suis certain qu'il n'y a point d'homme qui ne le puisse voir aussi bien que moi. Or je ne vois point ces vérités dans l'esprit des autres, comme les autres ne les voient point dans le mien. Il est donc nécessaire qu'il y ait une Raison universelle qui m'éclaire et tout ce qu'il y a d'intelligences. Car si la raison que je consulte n'était pas la même que celle qui répond aux Chinois, il est évident que je ne pourrais pas être aussi assuré que je le suis, que les Chinois voient les mêmes vérités que je vois. Ainsi la Raison que nous consultons quand nous rentrons dans nous-mêmes, est une Raison universelle. Je dis quand nous rentrons dans nous-mêmes, car je ne parle pas ici de la raison que suit un homme passionné. Lorsqu'un homme préfère la vie de son cheval à celle de son cocher, il a ses raisons, mais ce sont des raisons particulières dont tout homme raisonnable a horreur. Ce sont des raisons qui dans le fond ne sont pas raisonnables, parce qu'elles ne sont pas conformes à la souveraine raison, ou à la Raison universelle que tous les hommes consultent.

La connaissance du vrai et du bien, éprouvée comme certitude intérieure, atteste l'existence en tout homme d'une raison universelle.
 Le texte s'organise en quatre moments principaux, dont le point commun est de solliciter le témoignage du lecteur pour lui faire admettre, à partir d'exemples bien choisis et d'une interprétation inductive de ces exemples, l'existence d'une raison universelle, définie comme faculté de distinguer le vrai et le bien.

« Réponses: 1 - Que malgré les grandes différences culturelles entre les hommes, la raison reste la même pour tous.2 - Non, dans le premier cas, la raison désigne une faculté, un pouvoir de penser que l'homme posséderait, alors quedans le second, la raison est l'argument, ou le motif, voire la cause de l'action.3 - La raison est toujours universelle, les passions sont particulières : elles renvoient à un individu donné. Questions: 1) Dégagez l'idée principale du texte et les différentes étapes de l'argumentation 2) Expliquez la différence que l'auteur établit entre « avoir ses raisons » et être raisonnable ». 3) De quels genres de "vérités" parle ici Malebranche ? 4) Les idées développées par l'auteur impliquent-elles la notion de "nature humaine" ? Dites pourquoi. Réponses rédigées 1. La connaissance du vrai et du bien, éprouvée comme certitude intérieure, atteste l'existence en tout hommed'une raison universelle.Le texte s'organise en quatre moments principaux, dont le point commun est de solliciter le témoignage du lecteurpour lui faire admettre, à partir d'exemples bien choisis et d'une interprétation inductive de ces exemples, l'existenced'une raison universelle, définie comme faculté de distinguer le vrai et le bien. * Premier moment du texteÉnoncé de deux types de propositions, reconnues comme vraies, dans l'ordre de la connaissance (exemplemathématique) et dans l'ordre des valeurs morales (un homme vaut mieux qu'un animal). * Deuxième moment du texteAnalyse de la modalité d'existence de ces vérités en chaque homme, et de ce qu'elle implique. * Troisième moment du texteInterprétation de ce qui précède : raisonnement inductif conduisant à l'hypothèse de l'existence d'une raisonuniverselle, seule capable d'expliquer une certitude accessible à tout homme « qui rentre en lui-même ». * Quatrième moment du texteExemple servant à illustrer la distinction entre la raison universelle et la pseudo-raison d'un homme passionné. Cetexemple, à fonction critique, permet de récuser l'invocation de certains faits pour démentir l'existence d'une raisonuniverselle (qu'un insensé puisse préférer la vie de son cheval à celle de son cocher ne peut contredire à celle-ci). 2. Tout d'abord, il faut remarquer l'opposition des deux verbes : avoir, et être. La possession se distingue nettementde la disposition interne de l'être, par quoi justement un être se définit essentiellement. On peut, occasionnellement,ou plus durablement, avoir ses raisons, mais lorsqu'on est raisonnable, on manifeste ainsi une propriété de l'être lui-même. La disposition à l'action raisonnable peu certes rester virtuelle, ou ne se manifester que de temps à autre ;elle n'en figure pas moins dans l'être. En revanche, les raisons que l'on se donne, et que l'on a, d'agir de telle outelle façon, restent en quelque sorte extérieures à l'être lui-même. En fait, le mot raison n'a plus du tout le mêmesens lorsqu'il est au pluriel, et qu'il recouvre, de façon plus ou moins nette, les motifs, voire les mobiles personnels,qu'a un individu d'agir ou de penser comme il le fait. L'adjectif possessif « ses » est ici un élément de relativisation,au regard duquel on soulignera l'exigence d'objectivité qui est évoquée dans l'expression « agir conformément à laraison ». Avoir ses raisons, c'est donc avoir ses motifs personnels, qui peuvent coïncider, ou non, avec des raisons« objectives » (relevant de la raison), mais ne sont pas a priori acceptables comme tels. Être raisonnable, c'estpenser et/ou agir conformément aux exigences de la raison, celle-ci étant dotée d'un minimum d'existence objectiveen tant que faculté de distinguer le vrai et le faux, ou idéal de rationalité dans la conduite de la pensée et del'action. Dire que l'on a « ses raisons » est donc très équivoque ; on peut toujours s'illusionner sur ses propresmotifs, et leur conférer une valeur d'objectivité qu'ils n'ont pas effectivement. Le sentiment d'« avoir raison », toutsimplement, se substitue à la conscience des raisons que l'on peut avoir, et l'intolérance n'est pas loin si l'onconfond les deux. On peut aussi avoir de « bonnes raisons », ou de « mauvaises raisons », de faire ceci ou cela. Lespremières seront appréciées par rapport à une exigence de vérité et d'authenticité, auxquelles les secondes nesatisfont pas. 3. Malebranche évoque ici deux genres de vérités. Celles qui concernent la connaissance, entendue commedécouverte des relations objectives, existant indépendamment de mon esprit (deux plus deux = quatre), et cellesqui concernent les valeurs, c'est-à-dire les principes qui déterminent l'évaluation des actes et des événements. Sil'idée de vérité dans ce domaine est souvent discutée et contestée, elle n'en est pas moins affirmée ici commecorrespondant à la nature raisonnable de l'homme, notamment à sa faculté d'évaluer toutes choses par rapport auxexigences d'un ordre proprement humain : de ce point de vue, il semble totalement impensable d'imaginer une »

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