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Que pensez-vous de cette opinion d'un écrivain contemporain « Ce n'est pas la vérité qui nous rend meilleur : il faut d'abord devenir meilleur pour mériter d'entrevoir la vérité. » ?

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INTRODUCTION. - « Il suffit de bien juger pour bien faire «, prétendait DESCARTES en reprenant un principe déjà formulé par SOCRATE. A ce compte, il suffirait d'instruire pour éduquer et former moralement. Un auteur contemporain renverse cet ordre. Pour lui, « ce n'est pas la vérité qui nous rend meilleur : il faut d'abord le devenir pour mériter d'entrevoir la vérité «. Après avoir précisé le sens de quelques-uns de ces mots, nous réfléchirons au fondement de l'affirmation; puis nous nous demanderons si nous pouvons ]a tenir comme l'expression exacte des rapports de la connaissance de la vérité avec le progrès moral. I. — LE SENS DE L'AFFIRMATION Le jugement soumis à notre examen ne présente pas d'ambiguïté; il ne sera cependant pas inutile d'expliciter comment nous le comprenons dès la première lecture. A. Tout d'abord, dans ce contexte comme d'ailleurs dans son usage habituel, « meilleur « est pris au sens moral ou éthique. Il s'agit d'attachement au bien, de fidélité au devoir, et non de progrès d'ordre intellectuel, professionnel ou même social. Il était à peine besoin de le dire. Si nous l'avons noté, c'est parce que le sens de « meilleur « commande celui de « vérité «. B. C'est trop évident, ce mot ne désigne pas toute sorte de vérité. Personne ne prétend que les vérités mathématiques ou physiques puissent nous améliorer moralement, ni même qu'il soit besoin d'une moralité supérieure pour les entrevoir. L'auteur n'a en vue qu'une catégorie particulière de vérités : celles qui peuvent éclairer notre conduite, nous fournir quelque indication, sur le sens de la vie.

« Enfin, les vérités de cet ordre ne sont pas purement théoriques : elles entraînent des conséquences pratiques. Sij'ai une âme spirituelle, je n'ai pas le droit de m'abandonner au plaisir. Si Dieu existe, je dois conformer ma conduite àsa loi. Si le Christ est vraiment Dieu et s'il est mort pour nous sur la Croix, je dois changer mon attitude naturelle àl'égard de la souffrance... Le refus de ces conséquences me ferait aborder les problèmes dans des dispositionsdéfavorables à la découverte de la vérité. Pour voir celle-ci, il faut que j'accepte d'avance, au moins sous condition,les exigences qu'elle entraînera. Je dois commencer par devenir meilleur.Cette vérité elle-même d'après laquelle « il faut d'abord devenir meilleur pour entrevoir la vérité » ne peut êtrereconnue vraie que par celui qui a pu se hausser à un niveau supérieur à celui de la pensée ordinaire et, acceptantla condition de la découverte, est, par le fait même, devenu quelque peu meilleur. III. — QUELQUES RESERVES (Antithèse.) Ce que nous venons de dire repose implicitement sur ce principe que l'esprit procède comme un tout et que, selon lemot de PLATON, on ne va à la vérité dont nous traitons ici qu'avec toute son âme. Mais cela même nous amène àretirer en partie ce qui nous avait, paru acceptable et dans une certaine mesure à prendre le contre-pied.Nous avons comparé l'esprit au support matériel sur lequel on enregistre les mots exprimant une pensée. Or, cettecomparaison cloche gravement : l'ardoise et les mots qu'y a tracés l'enfant ne forment pas un tout comme l'esprit etses pensées. Celui-ci, à la différence de l'ardoise, est nécessairement modifié par le genre de pensées qu'ilentretient.D'ailleurs, l'activité de l'esprit ne se réduit pas à la pensée pure : il est aussi sentiment ou aspiration et vouloir. Envertu du même principe de totalité, nous ne pouvons rien nous représenter qui soit de nature à susciter désir ouvolition sans qu'entrent en jeu d'autres fonctions que les fonctions représentatives. Et c'est par là que la véritépeut devenir facteur d'amélioration.Sans doute, à strictement parler, « ce n'est pas la vérité qui nous rend meilleur »; mais elle joue un rôle effectifdans notre marche vers le mieux. La vérité nous aide à devenir meilleur.Ce devenir ne dépend pas immédiatement de la connaissance, mais de l'attitude du sujet à l'égard de la réalité quese représente l'esprit. De là vient que certaine familiarité avec le crime, peut laisser à l'âme toute son innocence : lecrime n'est pas seulement jugé, mais abhorré; en sorte que d'avoir vécu en imagination, dans un milieu criminelcontribue à éloigner du crime. Inversement, s'il arrive que des hagiographes fassent oeuvre de pure érudition, il estplus courant de s'attacher à son héros, de désirer suivre ses traces, et par là même de devenir meilleur.Il en est à plus forte raison de même des vérités philosophiques et religieuses. Vous pouvez peut-être faire leurhistoire en pur érudit, n'ayant pas d'autre but que de bien comprendre la pensée d'un SPINOZA, par exemple, oucelle du Christ. Mais en ce qui concerne les vérités elles-mêmes, il vous est impossible de rester neutre, car à y bienregarder, il s'agit de vous, res de te agitur. Une option pratique s'impose, et cette option, quand elle se fait dans lesens du bien, vous rend meilleur. Sans doute, cette amélioration n'est pas le fait de la seule vérité, mais la vérité n'yest pas étrangère; par suite, en disant : « ce n'est pas la vérité qui nous rend meilleur », on n'énonce qu'une véritépartielle.Partielle également la vérité de la seconde proposition soumise à notre examen : si l'on peut admettre qu' « il fautd'abord devenir meilleur pour mériter d'entrevoir la vérité », il convient d'ajouter qu'il faut d'abord entrevoir la véritépour devenir meilleur.En effet, comment concevoir cette transformation sans la découverte de quelque vérité nouvelle ou du moins sansune prise de conscience nouvelle de vérités déjà connues ? En fait, à l'origine d'un changement moral il y ad'ordinaire une illumination. C'est parce qu'il a vu que le converti devient meilleur. CONCLUSION OU SYNTHESE. - C'est parce qu'il a vu que le converti devient meilleur, mais c'est parce qu'il est devenu meilleur qu'il a vu, qu'il s'est rendu attentif à des choses ou à des points de vue sur lesquels jusque-là iln'avait pas fixé son esprit. Il faut retenir les deux affirmations antithétiques. Mais comment les concilier ?Nous pourrions dire d'abord que nous posons là un faux problème. Il n'y a pas, d'une part, une intelligence capablede connaître le vrai et, d'autre part, un vouloir qui devient meilleur en adhérant au bien, : l'esprit humain constitueun tout et agit comme tout; c'est l'analyse qui y distingue des facultés et introduit dans son activité une suite demoments logiques qu'on a le tort de prendre pour des moments réels. Mais une telle réponse équivaut à un refusd'explication.Aussi préférons-nous conclure autrement : c'est notre adhésion pratique à la vérité entrevue qui, nous rendantmeilleur, nous permet de progresser dans la découverte de la vérité. Tel est le sens que la tradition donne à ce motdu Christ dans l'évangile, saint Jean (III, 21) : Qui facit veritatem venit ad lucem.Ainsi, la question de priorité ou d'antériorité ne se pose plus : une parcelle de vérité suscite l'action, cette actiondonne accès à une vérité plus large, et ainsi indéfiniment. Connaissance de la vérité et progrès moral sontinterdépendants ou, si l'on préfère, il y a entre eux causalité réciproque. »

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