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Si la sagesse est un idéal périmé, comment définir la philosophie ?

Publié le 16/09/2004

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Vécue le plus souvent comme un idéal à atteindre, elle donne à la philosophie sa raison d'être, sa finalité distinctive.  Platon oppose philosophes et philodoxes (doxa : opinion), soulignant ainsi que la recherche de la sagesse n'a rien à voir avec le culte des opinions toutes faites, avec les facilités des représentations non critiquées dont il faut s'affranchir (orateurs et flatteurs peu scrupuleux n'ont à cet égard qu'une « sagesse« apparente, qui fait illusion, et qu'il convient de dénoncer). On voit donc que dans son sens philosophique la sagesse diffère sensiblement de la «débrouillardise« et du pragmatisme avisé dont on a voulu faire des valeurs exclusives.Descartes souligne une telle différence dans la célèbre définition qu'il propose au début des Principes de la philosophie (préface, § 2) : «Par la sagesse, on n'entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l'homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de la santé et l'invention de tous les arts. «  Leibniz précise ces aspects indissociables de la sagesse philosophique, en expliquant que celle-ci recouvre la parfaite connaissance des principes de toutes les sciences et de l'art de les appliquer (De la sagesse).Il semble donc bien nécessaire d'admettre le caractère paradoxal de la sagesse dont la philosophie fait son idéal. Paradoxal, car en rupture avec l'immédiateté de l'opinion (qui est aveugle dans la mesure où la puissance de juger s'y enferme dans les déterminations singulières et mutilantes des apparences). Paradoxal, parce que la nécessité d'une distanciation critique n'est jamais admise spontanément, ni vécue véritablement comme condition d'affranchissement. Paradoxal, parce que les exigences essentielles du «détour philosophique« et de la pensée maîtrisée s'opposent souvent aux « urgences« de la vie quotidienne, qu'elles semblent méconnaître ou délaisser, aux attitudes empiriques et pragmatiques que celles-ci paraissent appeler. En bref, la véritable sagesse est à la fois idéal à atteindre et disposition qui se laisse entrevoir chez celui qui a la force de problématiser les contrefaçons de savoir.

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« l'extérieur », c'est-à-dire sans philosopher.Pour constituer une problématique d'ensemble, il est possible d'ordonner les objectifs de réflexion selon la démarchesuivante :• Dans un premier temps, l'identification de la philosophie à l'idéal de sagesse sera à la fois explicitée et éprouvéedans la signification la plus générale qui peut être la sienne, au-delà des acceptions diverses données par lesphilosophes.• Dans un second temps, l'identification étudiée précédemment sera mise à l'épreuve des facteurs deproblématisation qu'utilisent ceux qui dénient à la sagesse comme idéal toute «actualité », et semblent récuser dumême coup la définition et la raison d'être traditionnelles de la philosophie. Une telle mise à l'épreuve, compte tenudu point de vue critique évoqué auparavant, devra satisfaire aux conditions de validité envisagées, notamment ense demandant si l'idée qu'un idéal puisse être périmé a bien un sens.• Dans un troisième temps, on envisagera les conséquences du moment de réflexion précédent en ce qui concerneune éventuelle redéfinition de la philosophie : si, en effet, la définition de la philosophie comme visée de la sagesse,telle qu'elle aura été explicitée dans le premier temps, «résiste» aux contestations évoquées (et elles-mêmessoumises à l'examen de leurs propres présupposés), alors la nécessité d'une redéfinition apparaîtra moins évidente,pour ne pas dire sans fondement. Dans le cas contraire, les conditions et les critères d'une telle redéfinition seront àexaminer de telle sorte que leur réélaboration tienne effectivement compte des «arguments» évoqués dans lesecond moment de la réflexion. Deuxième partie (étude du premier point exposé dans la problématique de réflexion) : la philosophie etl'idéal de sagesse. Il faut donc s'interroger, tout d'abord, sur la signification philosophique de la sagesse et de l'idéal qui lui correspond,pour autant qu'on puisse le faire sans préjuger des différences de points de vue qui, dès le début, marquèrent lesdiscussions entre philosophes. Dans son utilisation la plus développée, la notion de sagesse semble recouvrir dessignifications diverses et renvoyer à des dispositions particulières.• Dans un premier sens, la sagesse s'apparente à la connaissance juste des choses. Savoir acquis de plusieursfaçons possibles, elle a alors pour corollaires un certain regard sur le monde, excluant toute attitude impulsive, toutjugement précipité ou imprudent. Descartes parle, en ce sens, de «la parfaite connaissance de toutes les chosesque l'homme peut savoir». Déjà, le côté «intellectuel» de la sophia tend à s'y expliciter dans une dimensionexistentielle et pratique - l'attitude du sage étant instruite par la connaissance qu'il acquiert.• Le deuxième sens du mot sagesse désigne la disposition pratique à agir de façon raisonnable et juste. Ici, lesnormes de la connaissance deviennent les normes de l'action, et le sage acquiert une stature éthique. Lautonomisation - voire la dissociation entre les deux aspects mentionnés de la sagesse est inconcevable chez lesGrecs ; elle est en revanche courante dans la philosophie chrétienne, où la finitude de la condition humaine limitesingulièrement la sagesse «théorique» fondée sur la connaissance, et implique un ancrage des règles morales nondans cette connaissance, mais dans la foi.• Dans un troisième sens, la sagesse va désigner la vertu qui correspond à la disposition du sage, la qualitédistinctive qui rend possible son attitude raisonnable. La question de savoir si une telle vertu s'enseigne ou setrouve en chaque homme de façon innée (cf. Platon) aura une importance décisive pour la définition de la fonctionpropre de la philosophie, déjà désignée par les Grecs comme «recherche» ou «amour» de la sagesse.À partir de ces trois acceptions, on peut saisir l'élaboration d'un sens un peu particulier, mais finalement très usité,de la sagesse comme capacité de discernement dont dispose celui qui pense et agit raisonnablement.En fait, la sagesse semble être à la fois pratique et théorique, relever aussi bien de l'ordre de l'action que de celui dela connaissance.Les philosophes grecs en définissent l'idéal en associant étroitement ces deux aspects, et même en faisant de l'un lacondition de l'autre : pour Chrysippe le stoïcien comme pour Épicure, pour Platon comme pour Aristote, le manque desagesse pratique relève plutôt d'une sorte d'aveuglement, de défaut de connaissance, que d'une sorte de perversitéintrinsèque.Si les sceptiques occupent une position originale, ce n'est pas tant, comme on le croit parfois, en récusant une telleconception, qu'en en réinterprétant les implications : il s'agit essentiellement pour eux de fonder l'autonomie moraledu sage par rapport aux incertitudes et aux dogmatismes aveugles d'une certaine illusion que l'homme entretient surson pouvoir de connaître. En tant qu'idéal à atteindre, la sagesse marque la vocation éthique et rationnelle del'homme qui s'efforce de prendre la mesure de sa condition, et de définir un «art de vivre» reposant sur uneconquête de la lucidité.La figure exemplaire des sages n'est là que pour attester la possibilité d'accéder effectivement à un tel art de vivre: Socrate précise à maintes reprises que la sagesse comme bien suprême est accessible, pourvu qu'il soit fait effortpour comprendre et prendre ainsi possession d'un pouvoir dont chacun doit découvrir en soi le principe. Ladétermination de la conduite en fonction d'exigences essentielles devient alors condition d'un bonheur durable. Dansune telle perspective, la sagesse véritable, proprement philosophique, ne peut être confondue ni avec l'habiletépratique des artisans, ni avec l'efficacité des hommes politiques, ni avec l'opportunisme des tenants du pouvoir (quine sont le plus souvent que des héros du moment, voués aux retournements de fortune. Cf. le Gorgias). Elle appelleun dépassement critique de l'empirisme naïf, qui emprisonne tout homme dans la particularité de son existencesensible et des préjugés de son époque. Vécue le plus souvent comme un idéal à atteindre, elle donne à laphilosophie sa raison d'être, sa finalité distinctive.Platon oppose philosophes et philodoxes (doxa : opinion), soulignant ainsi que la recherche de la sagesse n'a rien àvoir avec le culte des opinions toutes faites, avec les facilités des représentations non critiquées dont il fauts'affranchir (orateurs et flatteurs peu scrupuleux n'ont à cet égard qu'une « sagesse» apparente, qui fait illusion, etqu'il convient de dénoncer). On voit donc que dans son sens philosophique la sagesse diffère sensiblement de la »

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