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Vaut-il mieux changer nos désirs plutôt que l'ordre du monde ?

Publié le 07/04/2004

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L'homme n'a jamais laissé faire la nature. L'homme comme maître et possesseur de la nature Dans la sixième partie du « Discours de la méthode « (1637), Descartes met au jour un projet dont nous sommes les héritiers. Il s'agit de promouvoir une nouvelle conception de la science, de la technique et de leurs rapports, apte à nous rendre « comme maître et possesseurs de la nature «. Descartes n'inaugure pas seulement l'ère du mécanisme, mais aussi celle du machinisme, de la domination technicienne du monde. Si Descartes marque une étape essentielle dans l'histoire de la philosophie, c'est qu'il rompt de façon radicale et essentielle avec sa compréhension antérieure. Dans le « Discours de la méthode «, Descartes polémique avec la philosophie de son temps et des siècles passés : la scolastique, que l'on peut définir comme une réappropriation chrétienne de la doctrine d'Aristote. Plus précisément, il s'agit dans notre passage de substituer « à la philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles « une « philosophie pratique «. La philosophie spéculative désigne la scolastique, qui fait prédominer la contemplation sur l'action, le voir sur l'agir. Aristote et la tradition grecque faisaient de la science une activité libre et désintéressée, n'ayant d'autre but que de comprendre le monde, d'en admirer la beauté. La vie active est conçue comme coupée de la vie spéculative, seule digne non seulement des hommes, mais des dieux.

Il s'agit d'une question morale qui se fonde essentiellement sur une conception du sujet, de la condition humaine et de ses pouvoirs. Le choix est nécessaire car il y a une alternative entre des termes qui s'opposent: mes désirs s'opposent à l'ordre du monde. C'est parce que l'ordre du monde rend impossible la réalisation de mes désirs que la question se pose. Soit je cherche à changer l'ordre du monde pour réaliser mes désirs, soit je change mes désirs et accepte l'ordre du monde. C'est donc une alternative entre un pessimisme qui tend à la résignation, voire au quiétisme, et un optimisme qui tend à une action volontariste. L'ordre du monde, c'est la situation de l'homme dans la nature, sa nécessaire condition humaine: vieillesse et mort, travail mais c'est aussi sa situation dans la société: le travail est social, les obligations sociales s'imposent aux individus, les autres s'opposent à la réalisation de mes désirs, etc. Si la question se présente sous la forme d'une alternative, le fait que notre pouvoir ne soit pas infini (ce que suppose la solution optimiste en voulant accorder le monde à nos désirs) mais qu'il ne soit pas nul (ce que suppose la solution pessimiste qui se résigne à accepter le monde tel qu'il est par désespoir de pouvoir le changer) montre que l'enjeu n'est pas de choisir l'une ou l'autre solution, selon la confiance que nous avons en nous-même, mais de déterminer les limites de notre pouvoir et de ce que l'on peut espérer dans cette vie.

« terre.

Il ne doit pas désirer changer de rôle ou de condition, mais il doit s'efforcer de jouer correctement sonrôle ; « Souviens-toi que tu joues dans une pièce qu'a choisie le metteur en scène: courte, s'il l'a vouluecourte, longue, s'il l'a voulue longue.

S'il te fait jouer le rôle d'un mendiant, joue-le de ton mieux; et fais demême, que tu joues un boiteux, un homme d'État ou un simple particulier.

Le choix du rôle est l'affaire d'unautre.

» (Pensée 17). Les hommes sont la cause de leur propre malheurDescartes s'est inspiré de la philosophie d'Épictète, en affirmant qu'ilvaut mieux changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde.Dans la troisième partie du « Discours de la méthode », Descartesaffirme qu'une de ses règles d'action est « de tâcher plutôt à mevaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l'ordre dumonde » (« Fortune » désigne ici le cours changeant de la nature).Pour comprendre cette maxime, qui semble d'un conformisme révoltant,il faut savoir qu'elle fait partie d'une morale « par provision », c'est-à-dire qu'elle ne correspond pas à la morale définitive de Descartes, maiss'intègre à un ensemble de règles provisoires et révisables, dictées parl'urgence de la vie et de l'action, alors même que la raison et larecherche recommandent la prudence.Le but que poursuivent les stoïciens, et Descartes ici, est de nousrendre les plus indépendants possibles des coups du sort, d'assurer ausujet la plus grande autonomie possible.

Or pour cela il faut NOUSvaincre, plutôt que de nous en prendre à la fortune (au mode, auhasard) et changer nos désirs plutôt que de sombrer dans l'illusion deremodeler le mode suivant nos projets.

Comme le déclare Épictète : «Ce n'est pas en satisfaisant nos désirs que l'on se fait libre, mais endétruisant les désirs.

»On voit ici naître l'opposition entre le sujet et la fortune, ses désirs etle monde.

En fait, il faut d'abord savoir faire la différence entre ce quidépend de nous et ce qui n'en dépend pas, compter nos propres forces, et les mesurer à celles du monde quinous fait face.Ce qui m'appartient en propre et sur quoi j'ai un pouvoir, c'est moi-même, mes désirs, mes pensées, l'initiativede mes actes.Par contre, les choses extérieures, ce qui prend pour moi la forme du hasard, l'action des autres, lesconséquences de mes actes, tout cela échappe à mon contrôle, dépasse mon pouvoir.C'est pourquoi Descartes déclare qu'il lui a fallu : « [s'] accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrementen notre pouvoir que nos pensées, en sorte qu'après que nous avons fait de notre mieux, touchant les chosesqui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est, au regard de nous, absolument impossible.» [Le propre de l'homme est de vouloir transformer le monde.

L'homme est anti-nature.

C'est à partir des transformations apportées à la nature qu'il s'est humanisé.] L'homme n'a jamais laissé faire la nature.

L'homme comme maître et possesseur de la natureDans la sixième partie du « Discours de la méthode » (1637), Descartes met au jour un projet dont noussommes les héritiers.

Il s'agit de promouvoir une nouvelle conception de la science, de la technique et de leursrapports, apte à nous rendre « comme maître et possesseurs de la nature ».

Descartes n'inaugure passeulement l'ère du mécanisme, mais aussi celle du machinisme, de la domination technicienne du monde.Si Descartes marque une étape essentielle dans l'histoire de la philosophie, c'est qu'il rompt de façon radicaleet essentielle avec sa compréhension antérieure.

Dans le « Discours de la méthode », Descartes polémiqueavec la philosophie de son temps et des siècles passés : la scolastique, que l'on peut définir comme uneréappropriation chrétienne de la doctrine d'Aristote.Plus précisément, il s'agit dans notre passage de substituer « à la philosophie spéculative qu'on enseigne dansles écoles » une « philosophie pratique ».

La philosophie spéculative désigne la scolastique, qui fait prédominerla contemplation sur l'action, le voir sur l'agir.

Aristote et la tradition grecque faisaient de la science uneactivité libre et désintéressée, n'ayant d'autre but que de comprendre le monde, d'en admirer la beauté.

Lavie active est conçue comme coupée de la vie spéculative, seule digne non seulement des hommes, mais desdieux.Descartes subvertit la tradition.

D'une part, il cherche des « connaissances qui soient fort utiles à la vie »,d'autre part la science cartésienne ne contemple plus les choses de la nature, mais construit des objets deconnaissance.

Avec le cartésianisme, un idéal d'action, de maîtrise s'introduit au coeur même de l'activité deconnaître.. »

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