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Vérité et pouvoir politique de CONDORCET

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condorcet

entre le pouvoir et la vérité selon les exigences de la transparence des institutions et de l'instruction des citoyens. N'est-ce pas là pourtant la plus difficile des révolutions politiques, tant est grande la tentation de tout pouvoir (et pas seulement des tyrannies) de tromper pour mieux dominer ?

En général, tout pouvoir, de quelque nature qu’il soit, en quelques mains qu’il ait été remis, de quelque manière qu’il ait été conféré, est naturellement ennemi des lumières. On le verra flatter quelquefois les talents, s’ils s’abaissent à devenir les instruments de ses projets ou de sa vanité : mais tout homme qui fera profession de chercher la vérité et de la dire, sera toujours odieux à celui qui exercera l’autorité.

Plus elle est faible et partagée, plus ceux à qui elle est remise sont ignorants et corrompus, plus cette haine est violente (...).

Il n’est pas nécessaire de fouiller dans les archives de l’histoire pour être convaincus de cette triste vérité ; dans chaque pays, à chaque époque, il suffit de regarder autour de soi. Tel doit être, en effet, l’ordre de la nature ; plus les hommes seront éclairés, moins ceux qui ont l’autorité pourront en abuser, et moins aussi il sera nécessaire de donner aux pouvoirs sociaux d’étendue ou d’énergie. La vérité est donc à la fois l’ennemie du pouvoir comme de ceux qui l’exercent ; plus elle se répand, moins ceux-ci peuvent espérer tromper les hommes ; plus elle acquiert de force, moins les sociétés ont besoin d’être gouvernées.

Nicolas Caritat, marquis de Condorcet, Ve Mémoire sur l’instruction publique (1792), in Écrits sur l’instruction publique, vol. I, Edilig, 1989, pp. 227-228.

Ne pas mentir n 'est pas un impératif seulement moral, mais aussi politique. Certes, Machiavel enseignait dans Le Prince qu'il faut parfois mentir au peuple. Mais cet enseignement ne vaut pas par une politique fondée sur le droit. Ainsi, parce qu'un peuple souverain doit être éclairé, il fait partie de l'idéal démocratique de repenser le rapport

« entre le pouvoir et la vérité selon les exigences de la transparence des institutions et de l'instruction des citoyens. N'est-ce pas là pour­ tant la plus difficile des révolutions politiques, tant est grande la ten­ tation de tout pouvoir (et pas seulement des tyrannies) de tromper pour mieux dominer ? En général, tout pouvoir, de quelque nature qu'il soit, en quel­ ques mains qu'il ait été remis, de quelque manière qu'il ait été conféré, est naturellement ennemi des lumières. On le verra flat­ ter quelquefois les talents, s'ils s'abaissent à devenir les ins­ truments de ses projets ou de sa vanité : mais tout homme qui fera profession de chercher la vérité et de la dire, sera toujours odieux à celui qui exercera l'autorité. Plus elle est faible et partagée, plus ceux à qui elle est remise sont ignorants et corrompus, plus cette haine est violente( ... ). Il n'est pas nécessaire de fouiller dans les archives de !'his­ toire pour être convaincus de cette triste vérité ; dans chaque pays, à chaque époque, il suffit de regarder autour de soi. Tel doit être, en effet, !'ordre de la nature ; plus les hommes seront éclairés, moins ceux qui ont l'autorité pourront en abu­ ser, et moins aussi il sera nécessaire de donner aux pouvoirs sociaux d'étendue ou d'énergie. La vérité est donc à la fois l'ennemie du pouvoir comme de ceux qui l'exercent; plus elle se répand, moins ceux-ci peuvent espérer tromper les hommes ; plus elle acquiert de force, moins les sociétés ont besoin d'être gouvernées. Nicolas Carita!, marquis de CONDORCET, V< Mémoire sur l'instruction publique (1792), in Écrits sur l'instruction publique, vol. I, Edilig, 1989, pp. 227-228. POUR MIEUX COMPRENDRE LE TEXTE Il est dans la nature de tout pouvoir (remarquons que Con­ dorcet ne fait pas d'exception) d'être «ennemi des lumiè­ res», c'est-à-dire de la recherche rationnelle de la vérité. Cette haine que le pouvoir porte à la vérité s'explique, car « plus les hommes sont éclairés » (instruits), moins il sera facile de les abuser, et moins également le pouvoir leur sera une force extérieure et contraignante. La dernière phrase du texte suggère même que des citoyens suffisamment éclairés »

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