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Bonheur et Liberté chez KANT

Publié le 11/06/2010

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kant

N'a-t-on pas un mot qui désignerait, non une jouissance comme le mot bonheur, mais qui cependant indiquerait une satisfaction liée à son existence, un analogue du bonheur qui doit nécessairement accompagner la conscience de la vertu? Si! ce mot c'est : contentement de soi-même, qui au sens propre ne désigne jamais qu'une satisfaction négative liée à l'existence, par laquelle on n'a conscience de n'avoir besoin de rien. La liberté et la conscience de la liberté, comme conscience d'un pouvoir que nous avons de suivre, avec une intention inébranlable, la loi morale, est l'indépendance à l'égard des penchants, du moins comme causes déterminantes (sinon comme causes affectives) de notre désir, et en tant que je suis conscient de cette indépendance dans l'exécution de mes maximes morales, elle est l'unique source d'un contentement immuable, nécessairement lié avec elle, ne reposant sur aucun sentiment particulier, et qui peut s'appeler intellectuel. Le contentement sensible (qui est ainsi appelé improprement) qui repose sur la satisfaction des penchants, si raffinés qu'on les imagine, ne peut jamais être adéquat à ce qu'on se représente. Car les penchants changent, croissent avec la satisfaction qu'on leur accorde et ils laissent toujours un vide plus grand encore que celui qu'on a cru remplir. C'est pourquoi ils sont toujours à charge à un être raisonnable et quoiqu'il ne puisse s'en défaire, ils l'obligent à désirer d'en être débarrassé. [...] On peut, par là, comprendre comment la conscience de ce pouvoir d'une raison pure pratique peut produire par le fait (par la vertu), la conscience de l'empire sur les penchants, partant aussi du mécontentement qui les accompagne toujours et donner ainsi une satisfaction négative pour l'état dans lequel on se trouve, c'est-à-dire un contentement qui, dans sa source, est le contentement de sa personne. La liberté elle-même devient de cette manière (c'est-à-dire indirectement) capable d'une jouissance qui ne peut s'appeler bonheur, parce que cette jouissance ne dépend pas de l'intervention positive d'un sentiment, qui n'est pas non plus, à parler exactement, de la béatitude, puisqu'elle n'implique pas une indépendance complète à l'égard des penchants et des besoins, mais qui cependant ressemble à la béatitude, en tant du moins que la détermination de notre propre volonté peut rester indépendante de leur influence et ainsi, du moins d'après son origine, cette jouissance est analogue à la propriété de se suffire à soi-même, qu'on ne peut attribuer qu'à l'être suprême. E. KANT.

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