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TEXTES DE REFERENCE: La critique nietzschéenne du cogito cartésien

Publié le 25/07/2010

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"La plupart des gens, quoi qu'ils puissent penser et dire de leur « égoïsme «, ne font malgré tout, leur vie durant, rien pour leur ego et tout pour le fantôme d'ego qui s'est formé d'eux dans l'esprit de leur entourage qui le leur a ensuite communiqué ; - en conséquence ils vivent tous dans un brouillard d'opinions impersonnelles ou à demi personnelles et d'appréciations de valeur arbitraires et pour ainsi dire poétiques, toujours l'un dans l'esprit de l'autre qui, à son tour, vit dans d'autres esprits - étrange monde de fantasmes qui sait pourtant se donner une apparence si objective ! Ce brouillard d'opinions et d'habitudes s'accroît et vit presque indépendamment des hommes qu'il recouvre ; de lui dépend la prodigieuse influence des jugements généraux sur « l'homme « - tous ces hommes qui ne se connaissent pas eux- mêmes croient à cette abstraction exsangue, « l'homme «, c'est-à-dire à une fiction ; et tout changement que les jugements d'individus puissants (tels les princes et les philosophes) entreprennent d'apporter à cette abstraction exerce une influence extraordinaire et d'une ampleur irrationnelle sur la grande majorité, - tout cela pour la raison que chaque individu, dans cette majorité, ne peut opposer aucun ego véritable qui lui soit accessible et qu'il ait approfondi lui-même, à la pâle fiction générale qu'il détruirait de ce fait."    Friedrich Nietzsche, Aurore (1880), § 105, trad. J. Hervier, Galimard, coll. « Folio essais «, 1980, p. 84.    "Si j'analyse le processus exprimé dans cette phrase : " je pense", j'obtiens des séries d'affirmations téméraires qu'il est difficile et peut-être impossible de justifier. Par exemple, que c'est moi qui pense, qu'il faut absolument que quelque chose pense, que la pensée est le résultat de l'activité d'un être connu comme cause, qu'il y a un "je", enfin qu'on a établi d'avance ce qu'il faut entendre par penser, et que je sais ce que c'est que penser. Car si je n'avais pas tranché la question par avance, et pour mon compte, comment pourrais-je jurer qu'il ne s'agit pas plutôt d'un "vouloir", d'un "sentir" ? Bref, ce "je pense" suppose que je compare, pour établir ce qu'il est, mon état présent avec d'autres états que j'ai observés en moi ; vu qu'il me faut recourir à un "savoir" venu d'ailleurs, ce "je pense" n'a certainement pour moi aucune valeur de certitude immédiate. Au lieu de cette certitude immédiate à laquelle le vulgaire peut croire, le philosophe, pour sa part, ne reçoit qu'une poignée de problèmes métaphysiques, qui peuvent se formuler ainsi : où suis-je allé chercher ma notion de "penser" ? Pourquoi dois-je croire encore à la cause et à l'effet ? Qu'est-ce qui me donne le droit de parler d'un "je", et d'un "je" qui soit cause, et, pour comble, cause de la pensée ?"    Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, 1886, § 16, trad. G. Blanquis, 10/18, pp. 46-47.    "Si l'on parle de la superstition des logiciens, je ne me lasserai jamais de souligner un petit fait très bref que les gens atteints de cette superstition n'aiment guère avouer : c'est à savoir qu'une pensée vient quand « elle « veut, non quand « je « veux, en telle sorte que c'est falsifier les faits que de dire que le sujet « je « est la détermination du verbe « pense «. Quelque chose pense, mais que ce soit justement ce vieil et illustre « je «, ce n'est là, pour le dire en termes modérés, qu'une hypothèse, qu'une allégation ; surtout, ce n'est pas une « certitude immédiate «. Enfin, c'est déjà trop dire que quelque chose pense, ce « quelque chose « contient déjà une interprétation du processus lui-même. On raisonne selon la routine grammati cale : « Penser est une action, toute action suppose un sujet actif, donc... « […] Peut-être arrivera-t-on un jour, même chez les logiciens, à se passer de ce « quelque chose «, résidu qu'à laissé en s'évaporant le brave vieux « moi «..."    Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, 1886, § 17, trad. G. Blanquis, 10/18, p. 48.    " « Il est pensé, donc il y a un sujet pensant «, c'est à quoi aboutit l'argumentation de Descartes. Mais cela revient à poser comme « vraie a priori « notre croyance auconcept de substance : dire que s'il y a de la pensée, il doit y avoir quelque chose « qui pense «, ce n'est encore qu'une façon de formuler, propre à nos habitudes grammaticales qui suppose à tout acte un sujet agissant. Bref, ici déjà, on construit un postulat logique et métaphysique au lieu de le constater simplement."    Nietzsche, La Volonté de Puissance, 1885-1888, tome I, Livre premier, § 147, tr. G. Bianquis, 1995, Gallimard, coll tel, p. 64.  "Tout ce qui entre dans la conscience sous forme d'unité est déjà extrêmement complexe ; nous ne saisissons jamais qu'une apparence d'unité... [...]  "Si j'ai quelque unité en moi, elle ne consiste certainement pas, dans mon moi conscient, dans le sentir, dans le vouloir, dans le penser ; elle est ailleurs : dans la sagesse globale de mon organisme, occupé à se conserver, à assimiler, à éliminer, à veiller au danger ; mon moi conscient n'en est que l'instrument. La sensibilité, la volonté, la pensée ne me montrent jamais que des phénomènes terminaux dont les causes me sont totalement inconnues ; la succession de ces phénomènes terminaux qui semblent résulter les uns des autres n'est sans doute qu'une apparence, en réalité les causes finales me donnent l'impression d'un enchaînement logique et psychologique."    Nietzsche, La Volonté de Puissance, 1885-1888, tome I, Livre II, § 228 et tome II, Livre III, §606, tr. G. Bianquis, 1995, Gallimard, coll tel, p. 300 et pp. 223-224.

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