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FUKUYAMA (1952-) La démocratie libérale comme régime de la fin de l'histoire Pour le meilleur ou pour le pire, l'historicisme hégélien est devenu une part de notre bagage intellectuel contemporain.

Publié le 21/10/2016

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FUKUYAMA (1952-) La démocratie libérale comme régime de la fin de l'histoire Pour le meilleur ou pour le pire, l'historicisme hégélien est devenu une part de notre bagage intellectuel contemporain. L'idée que l'humanité a progressé au gré d'une série de phases de conscience jusqu'à aujourd'hui, et que ces étapes ont correspondu à des formes concrètes d'organisation sociale, telles que le stade tribal, puis l'esclavage, la théocratie et enfin les sociétés démocratiques égalitaires, cette idée-là est devenue inséparable de la compréhension moderne de l'homme. La maîtrise et la transformation de l'environnement naturel de l'homme par l'application de la science et de la technologie, ce concept-là n'était pas, à l'origine, une idée de Marx, mais de Hegel. Pourtant, contrairement aux historicistes ultérieurs dont le relativisme historique a dégénéré en relativisme tout court, Hegel croyait que l'histoire culminait dans un moment absolu, un moment où triomphait une forme finale et rationnelle de société et d'État. [...] L'État qui émerge à la fin de l'histoire est libéral dans la mesure où il reconnaît et protège par un système de lois le droit universel de l'homme à la liberté, et il est démocratique dans la mesure où il n'existe qu'avec le consentement des gouvernés. Selon Kojève, cet État, qu'il qualifie d'« universel et homogène », a trouvé sa concrétisation dans les pays de l'Europe occidentale d'après guerre : oui, précisément dans ces États mous, prospères, contents d'eux-mêmes, nombrilistes, à volonté faible, dont le projet le plus héroïque fut de créer un Marché commun. Il n'y avait rien là de surprenant. En effet, le caractère conflictuel de l'histoire humaine était fondé sur l'existence de « contradictions » : la quête de la reconnaissance mutuelle, la dialectique du maître et de l'esclave, la transformation et la maîtrise de la nature, la lutte pour la reconnaissance universelle des droits et la dichotomie entre prolétaire et capitaliste. Mais dans « l'État homogène universel », toutes les contradictions antérieures sont résolues et tous les besoins humains sont satisfaits. Il n'y a plus ni lutte ni conflit à propos de « grands » problèmes et, par conséquent, il n'y a plus besoin de généraux ou d'hommes d'État : ce qui demeure, c'est, essentiellement, l'activité économique. Aux yeux de ses contemporains du milieu du siècle, la proclamation par Kojève de la fin de l'histoire devait sembler typique du solipsisme excentrique de l'intellectuel français : elle suivait de près la fin de la Seconde Guerre mondiale et on était en pleine guerre froide… La fin de l'histoire sera une période fort triste. La lutte pour la reconnaissance, la disposition à risquer sa vie pour une cause purement abstraite, le combat idéologique mondial qui faisait appel à l'audace, au courage et à l'imagination, tout cela sera remplacé par le calcul économique, la quête indéfinie de solutions techniques, les préoccupations relatives à l'environnement et la satisfaction des exigences de consommateurs sophistiqués. Dans l'ère post historique, il n'y aura plus que l'entretien perpétuel du musée de l'histoire de l'humanité. Je ressens moi-même, et je vois autour de moi d'autres ressentir, une nostalgie puissante de l'époque où l'histoire existait. Cette nostalgie continuera, pour quelque temps encore, à alimenter la concurrence et le conflit dans le monde post historique lui-même. Même si je reconnais qu'elle est inévitable, j'éprouve les sentiments les plus ambivalents à l'égard de la civilisation qui s'est créée en Europe après 1945, avec ses surgeons américains et asiatiques. Et peut-être la perspective même des siècles d'ennui qui nous attendent après la fin de l'histoire va-t-elle servir à remettre l'histoire en marche… 00020000005A00000EB555,Fukuyama, « La fin de l'histoire ? », Commentaire, vol. 12, 1989, p. 458-459 et 469.
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« d'?tat?: ce qui demeure, c'est, essentiellement, l'activit? ?conomique. Aux yeux de ses contemporains du milieu du si?cle, la proclamation par Koj?ve de la fin de l'histoire devait sembler typique du solipsisme excentrique de l'intellectuel fran?ais?: elle suivait de pr?s la fin de la Seconde Guerre mondiale et on ?tait en pleine guerre froide? La fin de l'histoire sera une p?riode fort triste. La lutte pour la reconnaissance, la disposition ? risquer sa vie pour une cause purement abstraite, le combat id?ologique mondial qui faisait appel ? l'audace, au courage et ? l'imagination, tout cela sera remplac? par le calcul ?conomique, la qu?te ind?finie de solutions techniques, les pr?occupations relatives ? l'environnement et la satisfaction des exigences de consommateurs sophistiqu?s. Dans l'?re post historique, il n'y aura plus que l'entretien perp?tuel du mus?e de l'histoire de l'humanit?. Je ressens moi-m?me, et je vois autour de moi d'autres ressentir, une nostalgie puissante de l'?poque o? l'histoire existait. Cette nostalgie continuera, pour quelque temps encore, ? alimenter la concurrence et le conflit dans le monde post historique lui-m?me. M?me si je reconnais qu'elle est in?vitable, j'?prouve les sentiments les plus ambivalents ? l'?gard de la civilisation qui s'est cr??e en Europe apr?s 1945, avec ses surgeons am?ricains et asiatiques. Et peut-?tre la perspective m?me des si?cles d'ennui qui nous attendent apr?s la fin de l'histoire va-t-elle servir ? remettre l'histoire en marche? 00020000005A00000EB555,Fukuyama, ??La fin de l'histoire????, Commentaire, vol. 12, 1989, p. 458-459 et 469. »

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