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Homme et le Sacré (l'), de Roger Caillois

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Homme et le Sacré (l'), ouvrage de Roger Caillois, qui connut trois éditions (1939, 1950, 1963). Il n'est pas indu d'imaginer que ce volume serait devenu le manuel officiel du Collège de sociologie, si les activités de ce groupe n'avaient pas été interrompues par la guerre. Plusieurs de ses chapitres ont été lus à sa tribune. On peut considérer qu'il formule la somme sociologique de son enseignement. En l'introduisant, Caillois

 

évoque les circonstances de son élaboration et, signalant la proximité de Bataille, se déclare incapable de « distinguer avec certitude, après tant de discussions, sa part de la mienne dans l'œuvre que nous poursuivons en commun ». Plus de vingt ans plus tard, il revient sur ce contexte dans la préface à la troisième édition : « Je distinguais à peine l'enseignement que j'allais recevoir, à l'École pratique des hautes études, de Marcel Mauss et de Georges Dumézil de celui qu'avec Georges Bataille et Michel Leiris je me hasardais à proposer dans la modeste salle du Collège de sociologie, que nous venions de fonder ensemble. »

 

Le sacré est l'élément hétérogène auquel tient la production du social. Cet hétérogène est, dès l'origine, ambigu et double : pur ou impur, objet d'attrait ou d'horreur, sacré de cohésion ou de dissolution. La psychanalyse a montré une cohérence de l'irrationnel, la rigueur latente qui se cache derrière les fantaisies apparemment les plus débridées. La sociologie, de même, doit s'attacher à comprendre la manière dont les phénomènes apparemment les plus opposés à (les plus menaçants pour) l'ordre social sont pourtant parfaitement dans l'ordre des choses, du moins pour qui accepte de dépasser l'étroite rationalité classique pour ce que Bachelard appelait au même moment le « surrationalisme ». Dans cette optique, les différents chapitres du livre — contrairement à ce qu'impliquerait une vision marxiste — mettent au cœur de la vie sociale des motivations et des pratiques étrangères à toute considération d'ordre économique : l'économique est un autre nom du profane. Qu'il s'agisse des faits de pouvoir (c'est-à-dire du « sacré de respect » décrit par une théorie des interdits) ou des différents types de transgression (analysés dans la célèbre « Théorie de la fête »), c'est l'essence même du social que Caillois définit par le refus de se laisser réduire au profane.

« 4 Le sacré, cependant, recèle une emblgult6 fondamen­ tale. Le monde du sacré, étant un monde de forces, peut s'orienter dans une bonne ou dans une mauvaise direction. La force qui incarne le sacré tend à se dissocier en élé­ ments antagonistes et complémentaires , bons ou mauvais esprits, prêtres et sorciers, Dieu et Diable... Elle suscite à la ·fois horreur et fascination. Les mêmes interdits qui Isolent le selnteté préservent de la souillure. Il y a réver­ sibilité du pur et de l'Impur. 5 Face au profane, l'opposition entre les deux pôles du sacré s'atténue . Les prohibitions , les interdits main­ tiennent un certain ordre, mais ne peuvent l'empêcher de se détériorer lentement. Il faut périodiquement le recréer à neuf . C'est, selon Caillois, la fonction de le fête. En transgressant toutes règles, elle prélude au retour en force du sacré. La "fête se situe dans l'espace-temps du mythe, généralement au moment du renouveau de la végé­ tation, et, renouant avec le chaos primitif, elle permet !lUX forces créatrices de se manifester à nouveau . Le retour à la période mythique s'accompagne d'un renversement de toutes les valeurs. La débauche, l'inceste, la parodie et lé sacrilège sont nécessaires à la remise en ordre du monde. 6 Dans le monde moderne, Roger Caillois retrouve d'au­ Ir" form" du secré : la Femme, l'Art, la Science, la Patrie, la Révolution, et, à l'autre pOle, les héros de la perdition, tels Faust ou don Juan. S'élevant dans les der­ nières pages jusqu'à une métaphysique du sacré, l'auteur voit dans l'antagonisme du sacré et du profane le signe même du jeu cosmique entre le vie et la mort. »

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