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Roger Caillois, L'Homme et le Sacré

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[…] Si la structure nouvelle des sociétés et la forme mécanique ou scientifique des combats substituent au héros attiré le combattant innombrable et anonyme, elles n’ont pas modifié la vieille attitude. La nécessité d’un discipline précise et les moyens de l’appliquer rigoureusement limitent sans doute la fantaisie des excès d’autrefois, mais la guerre gagne sans cesse en ampleur ce qu’elle perd en déchaînement instinctif. Elle acquiert ainsi un autre caractère de la fête : sa nature totale. Le combat devient affaire de masse et l’on cherche à vaincre au moindre prix. Aussi frappe-t-on le faible. La tactique fuit la rencontre à armes et à chances égales. On s’éloigne du duel pour rejoindre l’assassinat ou la chasse. On tente de surprendre un adversaire inférieur en nombre et en armement pour l’écraser à coup sûr, en restant soi-même, si l’on peut, invisible et hors de portée. De plus en plus, la guerre est conduite de nuit et au moyen du massacre réciproque des populations désarmées dont le travail permet l’approvisionnement des combattants. Éd Gallimard.

Le texte est annoncé comme un essai pourtant au départ, sa structure rationnelle et impersonnelle en ferait plutôt un traité. On comprend cependant que les propos novateurs tenus par Caillois sur le non-héroïsme de ceux qui font la guerre sont directement liés à l’expérience personnelle de l’auteur devant ce su se passe en 1939.

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