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A la fin du xixe siècle, Oscar Wilde écrivait dans la préface au Portrait de Dorian Gray : « L'appellation de livre moral ou immoral ne répond à rien. Un livre est bien écrit ou mal écrit. Et c'est tout. [...] L'artiste peut tout exprimer. » le Portrait de Dorian Gray, traduction Jaloux-Frapereau, Stock, 1925, p. 10. A l'aide d'exemples précis, et sans vous limiter forcément à la littérature, vous commenterez et discuterez cette opinion. ?

Publié le 21/03/2009

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• Soyez attentif à l'intitulé : il ne s'agit pas de tous les livres, car le terme « artiste « désigne la littérature. D'autre part vous êtes invité à élargir le débat aux autres arts : peinture, sculpture, cinéma, théâtre...  « L'opinion d'Oscar Wilde s'insère dans les mouvements artistiques du xixe siècle. Il faut la rapprocher de la doctrine de l'Art pour l'Art du Parnasse, en réaction contre les aspirations morales du Romantisme et les pressions sociales ou politiques qui aboutirent à des procès retentissants : celui de Madame Bovary, des Fleurs du Mal... Mais votre réflexion doit s'étendre au-delà de ce cadre.  • Suggestion : le plan vous est suggéré par les futurs « vous commenterez et discuterez «. Il s'agit donc, comme souvent lorsque la citation proposée s'inscrit dans une polémique, d'analyser d'abord ce qu'elle peut contenir de juste, avant d'apporter d'autres arguments contraires ou plus nuancés.

  • I. Au-delà du bien et du mal : le style

 — La recherche esthétique est le but de l'art  — Mouvement de l'Art pour l'Art  — Moraliser tue la poésie.

  •  II. Le style au service de la morale

 — Les moralistes  — Les artistes attaqués se défendent souvent au nom de la morale.  — Cacher le mal nuit à tous.

  •  III. Des rapports complexes

 — Les pressions de la société du temps  — L'évolution de la morale  — Les différents buts de l'art  

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« hautes valeurs éthiques.Pour G. Sand, dans la préface de La Mare au Diable, l'art a « une mission de sentiment et d'amour », « le romand'aujourd'hui devrait remplacer la parabole et l'apologue des temps naïfs ». Elle se plaint que la peinture de truands,fréquente dans les romans d'Eugène Sue, dresse les riches contre les pauvres, en instaurant la peur. Il faut aucontraire faire aimer les miséreux : La Mare au Diable raconte comment un riche laboureur ému par une sauvageonnefinit par l'épouser. Les tableaux de Greuze, au xviiie siècle, figent mélodramatiquement les scènes du Fils ingrat oudu Mauvais fils puni.Certes, ces œuvres ont vite vieilli et les bons sentiments font souvent de la mauvaise littérature, comme le prédisaitBaudelaire pour la « bonne dame de Nohant ». Mais qui pourrait nier qu'une part importante des Belles Lettres, etnon la moindre, veut redresser les torts, insuffler des exigences nouvelles ? Faut-il renier La Fontaine, La Bruyère,Molière, dignes successeurs des moralistes antiques, l'engagement de Candide, des Lettres persanes, desChâtiments? Le comique, l'ironie maniés pour sauver la justice créent des chefs-d'œuvre. Au xxe siècle cettetradition survit avec A. Malraux, A. Camus, J.-P. Sartre.Les artistes accusés d'immoralité se défendent souvent en restant sur ce terrain : Balzac, Baudelaire, Flaubertsupplient d'examiner l'ensemble de l'œuvre, non des passages ou la présence d'un personnage. La Comédie humaineprésente autant de vertueux que de dépravés, Les Fleurs du Mal opposent l'idéal aux tentations mauvaises, Emmadésespérée se suicide après ses adultères. D'autres pensent que le lecteur juge les actes offerts à sa réflexion, quecensurer tromperait sur la triste réalité, alors que seule une connaissance complète de la nature humaine permet dese connaître et de se dominer. Comment cacher que la vertu est souvent punie et le vice récompensé ? Sade,Barbey d'Aurevilly espèrent que la peinture d'un bonheur criminel renforcera l'énergie morale au lieu de l'abattre.Art et moralité ont en fait des rapports complexes, à partir du moment où le premier touche des domaines sensiblespour les mentalités : sexualité, suicide, religion, politique, violence.Si l'art bénéficie de relatifs privilèges, il est souvent jugé dangereux. Que les intentions de Madame Bovary soientpures n'empêche pas que la débauche tente les âmes faibles, femmes ou jeunes filles. L'auteur, dit le réquisitoire,met « le poison à la portée de tous et le remède à la portée d'un bien petit nombre ». Le même argument peut êtreemployé pour la violence. Pour la facilité de l'identification aux personnages, théâtre puis cinéma ont étéparticulièrement suspects de favoriser les vices par leur simple représentation. La protection des enfants, le refusdes incitations à la violence ou au racisme restent encore de nos jours une raison de maintenir la censure. Rousseaureprochait d'ailleurs à La Fontaine, pourtant peu suspect dans les écoles, de ne pas être assez clair pour les jeunescerveaux lorsqu'il fait manger l'agneau par le loup en se bornant à constater que « La raison du plus fort esttoujours la meilleure. »Car la société n'est jamais une. Formée de blocs hétérogènes pour le niveau de moralité ou pour la définition dubien, elle exerce des pressions d'origines diverses. Molière, dans sa lutte contre l'hypocrisie des dévots, heurte leursintérêts dans le Tartuffe, et sera jugé digne du bûcher par des prédicateurs, tandis que le roi le soutient àl'occasion, par politique, pour les affaiblir.D'autre part le pouvoir tend souvent à contrôler et à exploiter l'art à son profit : l'absolutisme français commenceavec la nomination par Richelieu de censeurs royaux (y compris pour... l'architecture!), Louis XIV s'entoure des plusgrands artistes chargés de le louer. Les nazis organisent des autodafés, confisquent les tableaux jugés décadents(mais les accrochent chez eux!), réservent à la foule les sculptures d'artistes officiels comme A. Breker qui exalte lephysique aryen, l'héroïsme guerrier, la femme au foyer.Enfin la moralité change avec le temps. L'œuvre peut être en retard ou en avance sur le public. Platon veutsupprimer les passages d'Homère qui décrivent des dieux adultères ou menteurs, parce qu'il a une conception plusépurée de la divinité. Le christianisme a voulu détruire les statues païennes, grecques ou africaines. Le xxe siècleoccidental sourit des procès d'autrefois, mais se scandalise à l'occasion d'œuvres qui en quelques décennies, parfoisquelques années, perdent ensuite leur aspect sulfureux : Les Demoiselles d'Avignon, tableau de Picassoreprésentant des prostituées nues, a choqué comme au siècle précédent L'Olympia ou Le Déjeuner sur l'herbe deManet. L'inceste d'A bout de souffle en 1959, les audaces sensuelles du Dernier Tango à Paris en 1972, letraitement de la religion dans Je vous salue Marie récemment, pour ne citer que ces exemples, ont provoqué unelevée de bouclier bientôt retombée, aussi forte que pour les allusions à l'homosexualité dans L'Immoraliste de Gide audébut du siècle. Toutes les époques, en fait, ont leurs tabous, et l'avènement de contacts internationaux ne gommeque très superficiellement encore les différences entre les civilisations : ce qui est admis dans notre société choquepar exemple la mentalité musulmane.Mais la conception ou les buts de l'Art eux-mêmes n'échappent pas à la variété : tantôt centré sur la forme ou surle contenu non conformistes ou défendant des idées reçues, selon les époques ou les auteurs, il subit aussi leschangements des goûts esthétiques, liés à l'évolution générale des civilisations. Tout l'art du Moyen Âge fut boudédurant plusieurs siècles au profit de l'Antiquité avant d'être redécouvert par le Romantisme. Ronsard est ressuscitépar Sainte-Beuve, notre époque apprécie de nouveau le Baroque... Dire qu'un livre est bien ou mal écrit relève ausside données historiques.O. Wilde s'inscrit historiquement dans un mouvement en faveur de l'art pour l'art, mais insiste sur unecaractéristique importante, la beauté formelle. Elle ne recouvre cependant pas la complexité des rapports entremorale et art, toujours changeants et remis en cause. Il reste que les œuvres les plus appréciées d'une époquerépondent à ses aspirations profondes, éthiques ou esthétiques, qu'elles soient anciennes ou récentes : relativeimmortalité d'Homère pour sa peinture de la guerre ou du voyage initiatique, toujours émouvante et riche d'images,mode de l'existentialisme qui s'atténue, essor de Proust jugé d'abord futile et obscur... »

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