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Épicure: Peut-on ignorer la mort ?

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Prends l'habitude de penser que la mort n'est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or la mort est privation de toute sensibilité. Par conséquent, la connaissance de cette vérité que la mort n'est rien pour nous, nous rend capables de jouir de cette vie mortelle, non pas en y ajoutant la perspective d'une durée infinie, mais en nous enlevant le désir de l'immortalité. Car il ne reste plus rien à redouter dans la vie, pour qui a vraiment compris que hors de la vie il n'y a rien de redoutable. On prononce donc de vaines paroles quand on soutient que la mort est à craindre non pas parce qu'elle sera douloureuse étant réalisée, mais parce qu'il est douloureux de l'attendre. Ce serait en effet une crainte vaine et sans objet que celle qui serait produite par l'attente d'une chose qui ne cause aucun trouble par sa présence. Ainsi celui de tous les maux qui nous donne le plus d'horreur, la mort, n'est rien pour nous, puisque, tant que nous existons nous-mêmes, la mort n'est pas, et que, quand la mort existe, nous ne sommes plus. Donc la mort n'existe ni pour les vivants ni pour les morts, puisqu'elle n'a rien à faire avec les premiers, et que les seconds ne sont plus. Mais la multitude tantôt fuit la mort comme le pire des maux, tantôt l'appelle comme le terme des maux de la vie. Le sage, au contraire, ne fait pas fi de la vie et il n'a pas peur non plus de ne plus vivre : car la vie ne lui est pas à charge, et il n'estime pas non plus qu'il y ait le moindre mal à ne plus vivre. De même que ce n'est pas toujours la plus longue durée qu'on veut recueillir, mais la plus agréable. Quant à ceux qui conseillent aux jeunes gens de bien vivre et aux vieillards de bien finir, leur conseil est dépourvu de sens, non seulement parce que la vie a du bon même pour le vieillard, mais parce que le soin de bien vivre et celui de bien mourir ne font qu'un. On fait pis encore quand on dit qu'il est bien de ne pas naître, ou, une fois né, de franchir au plus vite les portes de l'Hadès ». Car si l'homme qui tient ce langage est convaincu, comment ne sort-il pas de la vie ? C'est là en effet une chose qui est toujours à sa portée, s'il veut sa mort d'une volonté ferme. Que si cet homme plaisante, il montre de la légèreté en un sujet qui n'en comporte pas. Rappelle-toi que l'avenir n'est ni à nous ni pourtant tout à fait hors de nos prises, de telle sorte que nous ne devons ni compter sur lui comme s'il devait sûrement arriver, ni nous interdire toute espérance, comme s'il était sûr qu'il dût ne pas être.

« ÉPICURE : Prends l'habitude de penser que la mort n'est rien pour nous. Car tout bien et tout mal résident dans la sensation : or la mort est privation detoute sensibilité. Par conséquent, la connaissance de cette vérité que la mortn'est rien pour nous, nous rend capables de jouir de cette vie mortelle, nonpas en y ajoutant la perspective d'une durée infinie, mais en nous enlevant ledésir de l'immortalité. Car il ne reste plus rien à redouter dans la vie, pour quia vraiment compris que hors de la vie il n'y a rien de redoutable. On prononcedonc de vaines paroles quand on soutient que la mort est à craindre non pasparce qu'elle sera douloureuse étant réalisée, mais parce qu'il est douloureuxde l'attendre. Ce serait en effet une crainte vaine et sans objet que celle quiserait produite par l'attente d'une chose qui ne cause aucun trouble par saprésence.Ainsi celui de tous les maux qui nous donne le plus d'horreur, la mort, n'estrien pour nous, puisque, tant que nous existons nous-mêmes, la mort n'estpas, et que, quand la mort existe, nous ne sommes plus. Donc la mort n'existeni pour les vivants ni pour les morts, puisqu'elle n'a rien à faire avec lespremiers, et que les seconds ne sont plus. Mais la multitude tantôt fuit lamort comme le pire des maux, tantôt l'appelle comme le terme des maux de lavie. Le sage, au contraire, ne fait pas fi de la vie et il n'a pas peur non plusde ne plus vivre : car la vie ne lui est pas à charge, et il n'estime pas nonplus qu'il y ait le moindre mal à ne plus vivre. De même que ce n'est pastoujours la plus longue durée qu'on veut recueillir, mais la plus agréable. Quant à ceux qui conseillent aux jeunes gens de bien vivre et aux vieillards de bien finir, leur conseil est dépourvude sens, non seulement parce que la vie a du bon même pour le vieillard, mais parce que le soin de bien vivre etcelui de bien mourir ne font qu'un. On fait pis encore quand on dit qu'il est bien de ne pas naître, ou, une fois né, defranchir au plus vite les portes de l'Hadès ». Car si l'homme qui tient ce langage est convaincu, comment ne sort-ilpas de la vie ? C'est là en effet une chose qui est toujours à sa portée, s'il veut sa mort d'une volonté ferme. Que sicet homme plaisante, il montre de la légèreté en un sujet qui n'en comporte pas. Rappelle-toi que l'avenir n'est ni ànous ni pourtant tout à fait hors de nos prises, de telle sorte que nous ne devons ni compter sur lui comme s'ildevait sûrement arriver, ni nous interdire toute espérance, comme s'il était sûr qu'il dût ne pas être. Avez-vous compris l'essentiel ? 1 Faudrait-il éviter de penser à la mort ?2 La mort est-elle à craindre ?3 Une vie plus longue serait-elle plus heureuse ? Réponses: 1 - Oui, car c'est une pensée sans objet. En tant que nous sommes vivants, elle ne nous concerne pas, puisqu'ellen'est pas une affaire de vivants. Quant aux morts, ils n'éprouvent ni sensations ni pensées.2 - Non, car nous ne devons craindre que les maux. Or la mort étant absence de sensations, plaisantes oudouloureuses, elle n'est ni un bien ni un mal. Elle ne peut ni être crainte comme un mal, ni espérée ou souhaitéecomme un bien.3 - Non, car le bonheur ne dépend pas de la durée. Une prolongation n'ajouterait rien à un état qui est parfait ensoi. ANALYSE ET PROBLEMATISATION DU TEXTE. § Ce texte d'Epicure, extrait de la Lettre à Ménécée , présente un argument fameux d'Epicure selon lequel la mort n'est rien pour nous dans la mesure où elle n'est rien que nous puissions sentir. Eneffet, si la mort est bien ce qui vient mettre un terme à la vie et si elle en est inséparable au sens oùnous y sommes tous destinés, il n'en reste pas moins qu'elle n'est pas quelque chose que nous devonscraindre, puisqu'elle est hors du champ de notre sensation, cette dernière étant la seule faculté ennous qui puisse nous procurer du plaisir ou de la douleur. § Une crainte de la mort est alors une crainte sans objet, donc une crainte vaine, si résulte d'unepensée déraisonnable des hommes qui ne savant pas jouir de la vie présente et profiter de l'agréableet qui ne savent pas qu'aucune douleur ne peut être provoquée par la mort, ni pendant celle-ci,puisque nous ne la sentons pas, ni après celle-ci puisque l'âme ne survit pas au corps, ces deuxentités étant matérielles et périssant en même temps et donc l'âme n'étant pas immortelle. § Seul le sage semble alors avoir cette connaissance requise pour ne pas craindre la mort. Le sage seréalise donc dans la figure d'un véritable bonheur dans la mesure où il est celui qui apprend à jouir dela vie présente et à recueillir tout ce qui est agréable, avec mesure pour profiter au mieux de ce quilui est présent sans avoir de regret. § Le problème posé par le texte est alors le suivant : comment Epicure parvient-il à montrer que la sageest la figure même de l'homme heureux, quand bien même il sait que la mort viendra mettre un termeà sa vie PROPOSITION DE PLAN. »

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