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Gaston Bachelard: La science s'oppose-t-elle à l'opinion ?

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bachelard
La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose absolument à l'opinion. S'il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l'opinion, c'est pour d'autres raisons que celles qui fondent l'opinion ; de sorte que l'opinion a, en droit, toujours tort. L'opinion pense mal; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l'opinion: il faut d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu'on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit.

•    Qu'est-ce qui justifie, dans le texte, que l'opinion a toujours tort « en droit « (même si ce n'est pas toujours le cas « en fait «). Que signifie ici « en droit « ? •    Que signifie : « traduit des besoins en connaissances « ? •    Pourquoi l'opinion est-elle « le premier obstacle à surmonter « ? •    Pourquoi ne suffirait-il pas de la rectifier sur des points particuliers ? •    En quoi la science s'oppose-t-elle absolument à l'opinion ? •    Pourquoi faut-il savoir, avant tout, poser des problèmes ? (En science). •    Que signifie exactement « Tout est construit « ? •    A quoi (et à qui) peut être opposée la position de Bachelard ? •    En quoi cette position (et la problématique qui la porte) ont-elles un intérêt philosophique ?

« Elle s'appuie, en effet, sur des préjugés, des idées reçues, ou une observation première des phénomènes. L'opinionpense mal, ou plutôt : elle ne pense pas du tout.La science, au contraire, n'est pas observation première. Elle n'est ni prisonnière de l'apparence, ni asservie auxpréjugés. En outre, elle est observation polémique, confrontation et examen critique d'un réel activement sollicité.C'est pourquoi la science ne croit pas aux évidences : «Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit. »,écrit Bachelard, qui retrouve ainsi les critères du travail scientifique, que le savant Claude Bernard avait défini auXIX siècle, dans son Introduction à l'étude de la médecine expérimentale. Une conception polémique de la science La science ne prolonge pas la connaissance commune — elle n'en est ni la capitalisation ni la systématisation, maisrompt avec elle. Elle suppose une révolution spirituelle par laquelle l'esprit accepte de « reconstruire tout son savoir» (I), en comprenant qu'il n'y a « pas de vérité sans erreur rectifiée » (XII, I). Pour devenir scientifique, il doit luttercontre ses tendances spontanées, remettre en question ses intuitions, prendre conscience de ses préjugés et deses illusions. La formation de l'esprit scientifique passe donc par la victoire sur les « obstacles épistémologiques »qui bloquent la pensée, en fournissant des réponses séduisantes à des questions qu'elle n'a pas fait l'effort depréciser. La science se construit contre l'observation première Le premier obstacle au progrès de la science, c'est l'illusion du savoir immédiat : l'esprit préscientifique ou « concret» croit qu'il lui suffit d'observer et de décrire les faits pour les connaître. Il ignore alors que ce qu'il prend pourl'expérience directe et objective de la réalité n'est en fait qu'une projection subjective de son expérience intime, uneinterprétation issue de ses passions et de ses désirs inconscients. La science exige donc que l'esprit s'arrache auxévidences premières et comprenne que son objet ne lui est pas donné dans l'intuition mais doit être méthodiquementconstruit à partir de la position d'un problème : en science, « rien ne va de soi. Rien n'est donné. 'l'out est construit.» (I, I). Licencié de mathématiques et professeur de physique et chimie, il fut professeur d'histoire et de philosophie desSciences, à la Sorbonne, de 1940 à 1954. Il se tourna ensuite vers l'étude de la poésie. Il nous indique son desseinen ces termes :« dialectiser la pensée et, par cette dialectisation de la pensée, comprendre enfin que le concret estmoins donné qu'il n'est construit, que les concepts clairs du mécanisme sont moins simples qu'arbitrairement — oucommodément — simplifiés. Il s'agit de démystifier le rapport transcendantal du sujet et de l'objet, trop souventimmobilisé dans un rationalisme théorique et par là même aisément triomphant, et de recevoir les leçons del'expérience, loin de l'expérimentation, afin de « ne pas voir la réalité telle que je suis ». Il s'est livré à une véritable« psychanalyse objective » de la matière, des quatre éléments, cherchant à accorder « l'esprit poétique expansif etl'esprit scientifique taciturne ». Œuvres principales : Le nouvel esprit scientifique (1934), Le rationalisme appliqué, Essai sur la connaissance approchée (1934), La formation de l'esprit scientifique (1938), La Psychanalyse du feu (1938), L'eau et les rêves(1942), L'air et les songes (1943), La terre et les rêveries du repos (1948), La terre et les rêveries de la volonté(1948), La Poétique de l'espace (1957). »

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