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HEGEL LA RAISON DANS L’HISTOIRE1

Publié le 15/05/2026

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« HEGEL LA RAISON DANS L’HISTOIRE1 « La philosophie n’est pas une consolation, elle est quelque chose de plus.

Elle réconcilie ; elle transpose le réel qui paraît injuste et l’élève jusqu’au rationnel, en montrant qu’il est fondé sur l’Idée elle-même et en mesure de donner satisfaction à la raison.

» (idem, p.101) « Le temps est l’action corrosive du négatif, mais l’Esprit est lui-même tel qu’il dissout tout contenu déterminé.

» Hegel, La Raison dans l’Histoire (p.209) PLAN 2 -I- Les trois « histoires » 1/ L’histoire originale 2/ L’histoire réfléchie 3/ L’Histoire philosophique -II- Le concept général de philosophie de l’Histoire 1/ L’idée de la Raison 2/ Les catégories de la conscience historique 3/ « Notre méditation sera donc une théodicée » -III- La réalisati on de l’Es prit dans l’Histoire A/ L’Es prit 1/ L’Esprit en l’homme 2/ L’Esprit en son aspect subjectif 3/ L’Esprit en son aspect objectif B/ La déterminati on de l’Es prit 1/ L’Esprit est conscience de soi 2/ L’Esprit est liberté 3/ L’«en soi » et le « pour soi » 4/ Les peuples 5/ Le progrès de la conscience 6/ Grandeur et décadence des peuples 7/ La fin ultime C/ Les moyens de l a réalisation de l’Es prit dans l’Histoire Introduction 1/ Passions et intérêts 2/ La ruse de la Raison 3/ Les grands hommes D/ Le matériel de la réalisation de l’Es prit : doctrine de l’État 1 2 Le texte utilisé ici est celui des éditions 10/18, avec la traduction et l’introduction de Kostas Papaioannou. Le choix des extraits et les notes de commentaire en bas de page sont de Philippe Cournarie 1 -I- Les trois « histoires » « L’objet de ce cours3 est l’histoire philosophique.

C’est l’histoire générale de l’humanité que nous aurons à parcourir ici.

Notre propos sera non de tirer de l’histoire des réflexions générales et de les illustrer à l’aide d’exemples extraits du cours des événements, mais de présenter le contenu même de l’histoire universelle.

(…) Je consacrerai cette Introduction à l’idée générale de l’histoire philosophique.

À cette fin, je me propose de vous décrire, d’examiner et de comparer les autres manières de traiter l’histoire.

Je distingue trois manières d’écrire l’histoire : A/ l’histoire originale ; B/ l’histoire réfléchie ; C/ l’histoire philosophique. 1/ L’histoire originale4 En ce qui concerne l’histoire originale, on peut en donner une image précise en citant quelques noms : Hérodote, Thucydide, etc.

Il s’agit d’historiens qui ont surtout décrit les actions, les événements et les situations qu’ils ont vécus, qui ont été personnellement attentifs à leur esprit, qui ont fait passer dans le royaume de la représentation spirituelle ce qui était événement extérieur et fait brut, et qui ont transformé ce qui a simplement été en quelque chose de spirituel, en une représentation du sens interne et externe.

C’est de la même manière que procède le poète qui donne à la matière de ses impressions la forme de la représentation sensible.

Dans l’œuvre de ces historiens, on trouve, il est vrai, comme un ingrédient, des rapports et des récits faits par d’autres, mais seulement à l’état de matière première contingente et subordonnée.

Le poète, lui aussi, est tributaire de sa culture, de sa langue et des connaissances qu’il a reçues – mais son œuvre lui appartient en propre.

De même l’historien compose en un tout ce qui appartient au passé, ce qui s’est éparpillé dans le souvenir subjectif et contingent et ne se maintient que dans la fluidité de la mémoire ; il le dispose dans le temple de Mnémosyne et lui confère une durée immortelle.

De tels historiens transplantent les faits du passé sur un sol meilleur et supérieur au monde de la caducité dans lequel ceux-ci se sont passés, et les élèvent dans le royaume des esprits immortels où, comme aux Champs-Élysées des Anciens, les héros accomplissent éternellement ce qu’ils ont fait une seule fois dans leur vie.

(…) Ces historiens originaux transforment donc les événements, les actes et les situations de l’actualité en une œuvre de représentation destinée à la représentation.

Il en résulte que : a) le contenu de ces histoires est nécessairement limité : leur matière essentielle est ce qui est vivant dans la propre expérience de l’historien et dans les intérêts actuels des hommes, ce qui est vivant et actuel dans leur milieu. L’auteur décrit ce à quoi il a plus ou moins participé, tout au moins ce qu’il a vécu : des époques peu étendues, des figures individuelles d’hommes et des faits.

Ce qu’il élabore est sa propre expérience vécue et c’est avec des traits isolés, non réfléchis, qu’il compose son tableau pour offrir à la postérité une image aussi précise que celle qu’il avait lui-même devant les yeux ou celle que lui offraient les récits également intuitifs des autres. b) Un autre trait caractéristique de ces histoires, c’est l’unité d’esprit, la communauté de culture qui existe entre l’écrivain et les actions qu’il raconte, les événements dont il fait son œuvre.

Il est dispensé de la réflexion car il vit dans l’esprit même de l’événement et n’a pas besoin de le transcender comme il arrive dans toute compréhension réflexive.

(…) Ce qui compte, ce ne sont pas les réflexions personnelles par lesquelles l’auteur interprète et présente cette conscience [Hegel parle ici de la manière dont les hommes, contemporains des historiens originaux, se sont expliqués les buts et le sens de leurs actions – spécialement les chefs militaires et politiques, à la classe de laquelle de tels historiens pouvaient appartenir] ; il doit plutôt laisser les individus et les peuples dire eux-mêmes ce qu’ils veulent, ce qu’ils croient vouloir.

Il ne s’agit pas pour lui de donner une interprétation personnelle de leurs motivations et de leurs sentiments ou de les traduire dans le langage de sa propre conscience.

Les mots qu’il met dans leur bouche ne sont pas des mots étrangers qu’ils auraient Il s’agit d’un cours (Die Vernunft in der Geschichte) donné par Hegel en 1822 et répété en 1828. Il faut entendre l’adjectif « original » en deux sens.

Il veut dire que cette façon d’écrire l’histoire est la première à apparaître dans l’humanité - dans l’histoire de l’histoire pourrions-nous dire.

Hérodote, Thucydide (tous les deux sont du 5 ème siècle avant J.C.), ont en effet inventé la « science » historique.

Par ailleurs, cette histoire est dite aussi « originale » parce qu’elle constitue d’elle-même un document authentique, offert à tous les hommes à venir, sur les hommes du passé.

Comme Hegel l’écrit, une telle histoire fait apparaître une « communauté de culture qui existe entre l’écrivain et les actions qu’il raconte, les événements dont il fait son œuvre ». 3 4 2 fabriqués.

Ces discours, c’est peut-être lui qui les a élaborés, mais ils avaient même contenu et même sens chez ceux qu’il fait parler.

Ainsi lisons-nous chez Thucydide les discours de Périclès, l’homme d’État le plus profondément cultivé, le plus authentique, le plus noble, ainsi que le discours d’autres orateurs, ambassadeurs, etc.

Dans ces discours, ces hommes expriment les maximes de leur peuple, de leur personnalité propre, la conscience de la situation politique comme de leur nature éthique et intellectuelle, les principes de leurs buts et de leur manière d’agir.

L’historien n’a pas eu à réfléchir pour son propre compte ; ce qu’il fait apparaître à travers les discours des orateurs, n’est pas une conscience étrangère et qu’il leur aurait prêtée, mais leur propre civilisation et leur propre conscience.

» (p.p.24-27) 2/ L’histoire réfléchie « Nous pouvons appeler réfléchissante la deuxième manière d’écrire l’histoire.

Il s’agit d’une forme d’histoire qui transcende l’actualité dans laquelle vit l’historien et qui traite le passé le plus reculé comme actuel en esprit.

Cette espèce est la plus variée et englobe tous ceux que nous considérons d’habitude comme des historiens.

Ce qui compte ici, c’est l’élaboration des matériaux historiques et ce travail d’élaboration se fait dans un esprit qui diffère de l’esprit du contenu.

D’où l’importance décisive que revêt le choix des principes dans la méthode d’interprétation et d’exposition des faits historiques.

(…) On réclame en général une vue d’ensemble de toute l’histoire d’un peuple, d’un pays, voire de l’humanité tout entière.

Les livres de ce genre sont nécessairement des compilations basées sur les historiens originaux du passé, les récits existants et quelques informations particulières.

Ces œuvres n’ont plus le caractère du témoignage ; leur source n’est ni l’intuition ni le langage de l’intuition.

» (p.p.20-30) 3/ L’Histoire philosophique « Le troisième genre d’histoire, l’histoire philosophique, » s’inscrit dans une perspective générale – « mais il n’est plus plié à un domaine particulier et ne se laisse pas détacher abstraitement des autres points de vue.

Le point de vue général de l’histoire philosophique n’est pas abstraitement général, mais concret et éminemment actuel parce qu’il est l’Esprit qui demeure éternellement auprès de lui-même et ignore le passé.

Semblable à Mercure, le conducteur des âmes, l’Idée est en vérité ce qui mène les peuples et le monde, et c’est l’Esprit, sa volonté raisonnable et nécessaire,.... »

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