Devoir de Philosophie

Hobbes, Léviathan, Sirey, p. 122-124: le pouvoir politique. Commentaire.

Publié le 24/03/2015

Extrait du document

hobbes

Si deux hommes désirent la même chose alors qu'il n'est pas possible qu'ils en jouissent tous les deux, ils deviennent ennemis : et dans leur poursuite de cette fin (qui est, principalement, leur propre conservation, mais parfois seulement leur agrément), chacun s'efforce de détruire ou de dominer l'autre. Et de la vient que, là où l'agresseur n'a rien de plus à craindre que la puissance individuelle d'un autre homme, on peut s'attendre avec vraisemblance, si quelqu'un plante, sème, bâtit, ou occupe un emplacement commode, à ce que d'autres arrivent tout équipés, ayant uni leurs forces, pour le déposséder et lui enlever non seulement le fruit de son travail, mais aussi la vie ou la liberté. Et l'agresseur à son tour court le même risque à l'égard d'un nouvel agresseur.

Du fait de cette défiance de l'un à l'égard de l'autre, il n'existe pour nul homme aucun moyen de se garantir qui soit aussi raisonnable que le fait de prendre les devants, autrement dit, de se rendre maître, par la violence ou par la ruse, de la personne de tous les hommes pour lesquels cela est possible, jusqu'à ce qu'il n'aperçoive plus d'autre puissance assez forte pour le mettre en danger. Il n'y a rien là de plus que n'en exige la conservation de soi-même, et en général on estime cela permis [...]

Il apparaît clairement par là qu'aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun. «

Hobbes, Léviathan, Sirey, p. 122-124.

hobbes

« Textes commentés Thèse - Pour Hobbes l'existence d'un pouvoir souverain est la seule manière par laquelle les hommes peuvent dépasser leur propre violence née de la rivalité de leurs désirs et d'une volonté également partagée de les satisfaire.

Cette thèse s'enracine dans une conception pessimiste de la nature humaine et de la société.

37 a) De la nature humaine d'abord, car loin d'être un animal sociable porté par ses besoins à l'échange et à la solidarité, l'homme est un être agressif qui voit dans l'autre un rival et un obstacle à sa propre conservation et à l'augmentation de sa puissance d'agir.

Selon cette manière de voir, chacun s'efforce de satisfaire ses intérêts par la violence et par la ruse.

b) C'est cette égalité dans la violence qui définit en second lieu la société comme un état de nature.

La vie comme les biens n'y sont pas garantis car chacun mesurant ses droits à la force qu'il déploie pour les défendre, n'est jamais assuré que sa puissance suffira à les lui conserver.

Son droit naturel -entendons son pouvoir -s'étend bien sur toute chose, mais un droit qu'aucune loi ne protège ne peut engendrer que précarité et incertitude.

Et de fait, chacun prêtant à l'autre des intentions agressives qu'il ne manque pas de nourrir lui­ même à son endroit, contribue à favoriser l'émergence d'un climat de méfiance généralisé et une insécurité endémique propice à une guerre de tous contre tous.

Pourtant si les hommes sont naturellement portés à utiliser la violence pour parvenir à leurs fins, ils sont aussi assez doués de raison pour comprendre qu'elle ne peut être le moyen adéquat pour garantir leur vie et leurs biens ; car utilisée pour intimider autrui, elle i est aussi ce qui suscite sa méfiance et sa convoitise, et le justifie par 1 conséquent dans son désir d'en faire usage pour se protéger.

Par suite, le seul moyen de sortir de la spirale de la violence, sera de conclure un pacte déléguant à un pouvoir commun le soin d'opposer souverainement la force publique à la violence ; de transformer le droit naturel de chacun en droit limité par des devoirs ; et de substituer à la notion de possession toujours contestable, la notion de propriété 1 socialement reconnue par la loi ; en d'autres termes de substituer un état civil à un état de nature.

i. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles