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La science peut-elle être immorale ?

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Ceci est d'autant plus vrai que la recherche est financée soit par l'Etat (comme le souhaitait déjà BACON) soit par des fondations privées qui sont aussi soucieuses de récupérer le fruit de leur investissement. Se pose donc la question de l'articulation entre science et technique.On appelle aujourd'hui "technique" une pratique rationnelle, en fait une pratique fondée sur l'application de connaissances scientifiques. Le savant peut-il être tenu pour responsable des utilisations technologiques de son travail ? Doit-il leur être indifférent ? Peut-il s'en tenir à une éthique de la recherche de la vérité sans aucune autre considération ?

A - SCIENCE ET TECHNIQUE : UN CONCUBINAGE FORCE

Le caractère public de la recherche scientifique (publicité des raisons, voire du financement) entraîne des conséquences étrangères au travail scientifique lui même. L'exploitation technique des résultats de la science appartient aux politiques ou à des intérêts privés. Cette exploitation entraîne des conséquences qui ne sont pas voulues par le savant ni même parfois par ses promoteurs eux-mêmes (cf : notion de risque technologique). Quelle attitude le savant doit-il adopter face à cela ?

Est immoral ce qui est contraire aux principes de la morale, ce qui est injuste. Le problème sera donc de savoir si la science, dans son application et dans ses finalités, s'oppose aux principes de l'éthique. En effet, la science semble ne viser que l'utilité voire la rentabilité. Par exemple, le clonage de l'homme ne remettent-ils pas en cause certains principes moraux ? Toutefois si la science a pu être utilisée de manière immorale, est-elle pour autant en elle-même immorale ? Ne serait-il pas plus judicieux de parler d'un AMORALISME de la science ? En effet, si vous tuez votre voisin d'un coup de marteau, vous n'en accuserez pas son inventeur ! Il faudra montrer alors que la science est en fait dépourvue de dimension éthique dans la mesure où elle ne vise que l'efficacité pratique. Demandez-vous alors si cet amoralisme (absence de morale) ne doit pas nous inciter à demeurer vigilant et à toujours contrôler les travaux des scientifiques.

« B - LES FONDEMENTS ONTOLOGIQUES DU "CONCUBINAGE" Ceci nous amène, sur un plan plus ontologique, à repérer certains enjeux fondamentaux de la relationscience/technique : si on attribue une responsabilité au savant, au delà du respect des règles élémentaires dutravail scientifique, c'est parce que la science produit des phénomènes que la nature, livrée à elle-même neproduirait pas. Ces phénomènes peuvent être tenus pour naturels (en ceci qu'ils suivent une loi de la nature) ; maisce sont aussi des artifices en ceci que ce sont de purs produits du travail de laboratoire. Comme l'avait bien vuHANNAH ARENDT, les frontières du naturel et de l'artificiel sont ainsi brouillées à mesure que la science démultiplienos possibilités d'action sur la nature. Par ce fait même, le savant se trouve "engagé" socialement etontologiquement, plus qu'il ne le voudrait peut-être, ceci conduisant à détruire la fiction d'une autonomie absolue duchamp scientifique. Mais n'impute donc-t-on pas au savant dans ces conditions des conséquences qu'il n'a à aucunmoment voulues ? Et ceci n'est-il pas de nature à inhiber le travail de la recherche ? C - DE LA DÉONTOLOGIE DU SAVANT A LA MORALE DU CITOYEN Il convient alors de distinguer entre le point de vue du citoyen (que le savant occupe comme n'importe lequel de sescontemporains et y compris par rapport à ses propres actes) et la logique propre à l'investigation scientifique. Lorsque le savant proteste contre telle ou telle exploitation technique faite du travail scientifique, c'est en tant quecitoyen qu'il intervient, même si son travail scientifique lui donne précisément des moyens de jugement que n'a pasforcément le citoyen de l'espèce ordinaire. C'est alors en tant qu'expert qu'il intervient. Mais c'est moins d'unemorale propre à la science qu'il s'agit que d'une attitude morale du savant en tant que citoyen. Reste que cetteattitude peut entrer en conflit avec les règles scientifiques de divulgation et de publication, en particulier sil'intéressé anticipe certaines conséquences indésirables de son travail. Doit-il alors pratiquer la rétentiond'information (en violation des règles professionnelles et peut-être contre son intérêt de carrière) ? Doit-il aucontraire borner son action de citoyen à une mise en garde ? IV - QUELQUES RÉFÉRENCES POSSIBLES : WEBER, Le savant et le politique ARENDT, La crise de la culture (en particulier le chapitre sur le concept d'histoire) V - LES FAUSSES PISTES : Eviter de partir sur l'idée que le sujet porte sur une éventuelle fondation scientifique de la morale. Eviter aussi l'idée que le savant aurait une morale elle-même savante et différente de la morale ordinaire. VI - LE POINT DE VUE DU CORRECTEUR : Sujet classique mais dont l'originalité est de mobiliser différents champs du programme (science technique, morale).Il avait aussi l'intérêt de proposer une réflexion qui permettait aux candidats de faire état d'enjeux actuels (risquestechnologiques lien entre la recherche en physique atomique et l'utilisation politique de l'énergie nucléaire). »

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