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Le désir est-il une marque de la misère de l'homme ?

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Le désir a souvent été jugé de manière négative, condamné par la religion qui l'apparente à la tentation du pêché ou qui prône sa totale éviction de l'esprit de l'homme, comme le bouddhisme. Le désir serait donc un obstacle à l'accomplissement spirituel de l'homme, à l'accès de la sérénité de l'être. Dans cette optique, le désir serait alors une faiblesse pour l'homme, un défaut à bannir de sa personnalité. L'homme qui éprouverait du désir serait presque coupable et ne pourrait accéder ni à la piété, ni à la paix intérieure. Mais, comme le porte à croire ce que nous venons de dire, le désir est-il la marque de la misère de l'homme ?  L'homme vivrait donc dans une sorte de misère. Mais en quoi le désir participerait-il à celle–ci ? Autrement dit, en quoi le désir rendrait-il l'homme misérable ? Cela signifierait que le désir contrôlerait l'homme, mais est-ce vraiment le cas ? L'homme n'a-t-il pas les moyens de maîtriser ses désirs ? On arriverait à une sorte d'éducation du désir, de tri entre bons et mauvais désirs qui feraient ressortir les aspects positifs de celui-ci. Finalement, si l'homme sait le contrôler, le désir ne devient-il pas une richesse, une force, un moyen d'expression et d'affirmation ?

  • [C'est le désir qui, dans la tradition biblique, a fait de l'homme un être déchu. L'être qui désire ne dispose pas de lui-même. Le désir est insatiable. Il contredit les plus nobles aspirations de l'homme.]

Le désir est souffrance - Le bouddhisme ou la négation de tout désir. Le désir se nourrit du manque De la plénitude perdue Le mythe des Androgynes

  • [Le désir est un bien parmi les plus précieux. Sans lui, l'existence de l'homme perdrait toute saveur. Désirer, aimer désirer, est la marque d'un esprit qui aime la vie, la respecte et la promeut.]

La quête du plaisir est déjà une fin en soi Non seulement l'homme désire, mais il aime

« étaient ronds de forme, disposaient de quatre jambes, quatre bras, de flancs circulaires, de deux visagesopposés l'un à l'autre sur une même tête ronde, et jouissaient dune force extraordinaire ; leur orgueilimmense les poussaient à provoquer les dieux auxquels ils en étaient venus à se comparer. Zeus décidade mettre un terme à leur indiscipline en les affaiblissant. Pour ce faire, il les coupa en deux dans le sensde la longueur et chargea Apollon de ramener leur peau sur le ventre (le point de suture qui subsiste estle nombril), ainsi que de tourner leurs visages. Il s'ensuivit que ces êtres séparés mouraient de chagrin etde malheur, se laissant dépérir auprès de leur moitié distincte. Pour remédier à ce désastre, Zeus ramenaleurs parties génitales qu'ils avaient derrière sur le devant, et ceux-ci purent s'accoupler, soit pour créerun nouvel être unique, soit pour s'accorder un plaisir qui leur offrait pour un moment le bonheur de leurunion passée, et l'esprit libre, leur permettait ensuite de vaquer à leurs affaires.Le fond de la nature humaine porterait désormais la trace de cette union ou plénitude originaire, dont ledésir d'amour serait la nostalgie. Désirant l'autre, nous visons ce paradis mythique de la fusion, lorsqu'iln'existait ni séparation ni différence, mais seule une toute-puissance qui nous plaçait à l'égal des dieux.Suivant ce mythe platonicien, l'essence du désir serait un manque d'être, la recherche d'une totalité, àlaquelle il nous est impossible d'accéder, suite à une opération des dieux, sinon par l'expérience fugitived'une union sexuelle. Le mythe des Androgynes Le discours d'Aristophane est doublement placé sous l'égide d'Empédocle : d'abord par sa référence auprincipe selon lequel le semblable désire le semblable, ensuite par la valorisation ontologique de la sphère.Il raconte que, à l'origine, les hommes étaient sphériques et possédaient quatre paires de membres. Ilsétaient de trois genres : les uns masculins, les autres féminins, les derniers, enfin, des deux sexes. Il estdonc abusif de parler du mythe des Androgynes, puisque une seule catégorie relève de ce genre. Leurpuissance était telle qu'ils décidèrent d'escalader le ciel pour renverser les dieux. Zeus les punit en lesdivisant en deux par peau sur le ventre et fit une couture en lieu et place du nombril, marque toujourssituée sous nos yeux de la faute des hommes. Bien qu'ils aient diminué leur puissance, les dieux tenaientà les garder en vie pour qu'ils continuent à les honorer de leurs sacrifices. Mais voilà qu'ils dépérissent.Soit que chaque moitié, désespérée de ne pas retrouver sa partie manquante, se laisse mourir, soit que,s'étant retrouvées, les deux moitiés ne veulent plus se détacher l'une de l'autre et, ne prenant aucunsoin de leur survie, finissent par mourir. Une fois encore, le comble du désir est de mourir d'amour. Maisle trait comique est de plus en plus accentué. Et Aristophane nous entraîne dans le carnaval le plusstrict —puisque le carnaval a toujours été un moment de victoire de la vie à la faveur d'un mélange de lamort et de la sexualité. Donc : deuxième opération de chirurgie plastique : Apollon ramène sur le devantle sexe de chaque moitié. Ainsi est rendue possible la possession sexuelle, d'où résultent une satisfactionet un apaisement du désir permettant de vaquer aux occupations nécessaires à la survie. Ce mythe est,une fois encore, l'occasion de magnifier les amours homosexuelles et masculines. Les hommes quidésirent d'autres hommes sont issus d'un être sphérique entièrement masculin dont le modèlecosmologique est le soleil ; les femmes qui désirent les femmes, d'un être entièrement féminin dont lemodèle est la terre. Quant à l'amour hétérosexuel, il est le signe d'une imperfection ontologique, puisquele fait d'un être originairement mixte, dont le modèle est la lune.La tradition a donc vu dans ce mythe l'expression la plus parfaite du désir, dont le but serait de ne fairequ'un avec l'être aimé et, finalement, de nier la différence sexuelle qui le fonde. En témoigne, aux xviiieet XIXe siècles, le mythe de l'Ange androgyne présent chez des illuministes, comme Swedenborg, oudans de nombreux récits fantastiques. Le succès de ce mythe tient aussi à la glorification de la sphère,qui, du Sphairos d'Empédocle à la figure géométrique du cercle ou à la forme des planètes, a toujoursfiguré la perfection d'une sorte de jouissance autarcique. Le désir ne viserait pas un objet ou un autre,mais soi-même dans l'autre. Il serait donc de nature narcissique, même dans l'hétérosexualité. Or, à bieny regarder et à bien écouter l'histoire farfelue d'Aristophane, l'accent est plutôt mis sur la coupure, ladivision, voire la castration, comme origine du désir. D'où le commentaire de Lacan :Platon a l'air de s'amuser à faire un exercice comique sur sa propre conception du monde, et de l'âme dumonde. Le discours d'Aristophane, c'est la dérision du Sphairos platonicien, tel qu'il est articulé dans leTimée (Le Transfert, p. 114).Suit Agathon qui, peut-être par ce qu'il devra se retrouver en position d'objet désiré à la fin du dialogue,tient le discours ampoulé et vide du parfait sophiste. Et il revient, cette fois, à Socrate de s'en moquer. C'était à peu près nul, laisse-t-il entendre, mais que de belles tournures et que de trouvaillesrhétoriques. C'est si monstrueusement beau qu'on en a le souffle coupé, au point, dit Socrate, que « j'aicraint qu'Agathon, en finissant son discours, ne lançât sur le mien la tête de ce monstre d'éloquencequ'était Gorgias et ne m'ôtât la voix en me pétrifiant» (p. 58). Est-ce une conséquence de la peur duvide causée par ce discours ou un ultime effet du récit aristophanesque des corps découpés, des sexesdécousus et recousus, qui fait ici surgir la tête de Méduse ? Freud, dans un texte consacré à cettefigure mythique, y a vu l'image de la castration que découvre l'enfant qui aperçoit le sexe féminin, etdont il se défend par une pétrification phallique. C'est peut-être là ce que toujours recouvre le rire dudialogue socratique. »

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