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Peut-on parler d'une exigence de justice dans les rapports économiques sans parler de justice dans les rapports économiques 7 Ou en d'autres termes : à quel niveau doit-on penser les rapports de la justice à l'économie : celui du fait ou celui du droit ? Quel statut faut-il donc y accorder à l'homme ?

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justice

Ce faisant, l'économie appréhende l'homme comme « homo economicus «, c'est-à-dire strictement gouverné par le principe de rationalité. Fondement majeur de la science économique, ce principe consiste à rechercher la réalisation d'un objectif en utilisant au mieux les moyens dont on dispose. Articulée autour de ce principe, l'économie (c'est-à-dire à la fois la science économique et son objet) permet donc à l'homme, entendu comme << homo economicus «,de satisfaire au mieux ses désirs. Dès lors, s'il est juste que chaque individu voit ses désirs satisfaits, on comprend que les rapports économiques fassent naturellement place à la justice. Mais ceux-ci ont ici un contenu encore bien abstrait : dans cette conception de l'économie, qui se veut à la fois descriptive et normative, les hommes sont conçus tels des atomes gouvernés chacun par une même rationalité et un même but.

« • La notion de justice : il faut distinguer la justice comme exigence, c'est-à-dire idée relevant de la seule raison des individus, de la justice comme réalité concrète. Il est essentiel de bien distinguer en effet « justice » et « exigence de justice ». Se demander si la justice a sa place dans les rapports économiques, c'est s'interroger sur un état de fait : les rapports économiques sont-ils en eux-mêmes justes ou injustes 1 Se demander si l'exigence de justice a sa place dans les rap­ ports économiques, c'est au contraire se situer à un autre niveau, celui de la morale et de la liberté humaine : l'homme peut-il exiger que les rapports économiques fassent « sa place » à la justice 1 • Les rapports économiques: ici aussi des précisions s'imposent. Parler de « rapports économiques », ce n'est pas parler simplement d'éco­ nomie ou d'échanges : la notion de cc rapports économiques » fait en effet penser à la notion de cc rapports de production », élaborée par Marx dans le cadre d'une philosophie politique que nous aurons à exa­ miner : les rapports de production lient ceux qui détiennent les moyens de production à ceux qui ne possèdent que leur force de travail. Pour l'instant, il nous suffit d'en tirer une remarque simple (qu'une référence aux « rapports » du maître et de l'esclave chez Hegel aurait tout aussi bien pu illustrer) : avec la notion de « rapports économiques », on met l'accent sur des relations entre individus, qu'il s'agisse de relations ins­ taurées dans le cadre de la production, de l'échange ... On s'intéresse donc à l'économie en tant qu'elle suscite des relations entre individus, non dans l'abstrait. • Globalement, toutes nos remarques sur la notion d'exigence, sur l'ex­ pression cc avoir sa place » et sur le terme de « rapports économiques » nous montrent que l'enjeu du sujet est de savoir quelle est la place de l'homme dans l'économie, et corrélativement ce qu'est l'économie. À cet égard, nous progresserons : - d'une conception naturaliste de l'économie (comme un donné qui serait imposé à l'homme et fonctionnerait selon ses propres lois), - à la prise en compte de sa dimension fondamentalement humaine (l'économie, ce n'est en fait qu'un tissu de liens entre individus, de« rap­ ports » humains), - pour finalement comprendre (c'est en fait une conséquence) que l'éco­ nomie n'est qu'une construction historique, c'est-à-dire sociale et poli­ tique, comme l'a très bien montré K. Polanyi dans La Grande Transfor­ mation (elle est donc contingente et le produit de luttes historiques entre groupes sociaux). • Cette progression, sous-jacente au plan, sera reprise dans la conclusion. »

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