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Comment doit-on envisager les rapports entre justice et vengeance ?

Publié le 12/01/2004

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justice

 

  • Introduction

   On confond souvent justice et vengeance (comme lorsqu'on utilise l'expression contradictoire : « se faire justice soi-même «). Mais il est plus difficile d'être animé par l'esprit de justice que par l'esprit de vengeance. Essayons d'apprécier ce qui rapproche et ce qui oppose les deux choses.  

  • I - La vengeance, réaction spontanée à une affaire personnelle.

   a) Spontanéité de la vengeance. On dit parfois que la vengeance est un plat qui se mange froid, parce qu'on peut remettre à plus tard son accomplissement dans un but d'efficacité. Cependant, le recours à la vengeance est fondamentalement spontané : l'individu qui se croit victime d'un tort cède au désir immédiat de faire en contrepartie du tort à l'individu jugé responsable. Il s'agit d'une logique passionnelle, pour une affaire principalement personnelle.

La vengeance est la première forme de justice. Elle ne laisse pas le crime impuni et permet ainsi de dédommager la victime. avec la loi du talion, elle se régularise et évite ainsi la démesure. MAIS, la vengeance est forcément subjective et court le risque de la démesure. Elle ne peut pas garantir la sérenité qu'impose une véritable justice.

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« Étude de la construction du texte : Tout le texte constitue une exposition et une justification argumentée de l'opposition de la vengeance et de la punition. • La première phrase explicite l'opposition des deux termes en distinguant leurs sources respectives : la victime et lejuge, considérés comme auteurs des actes envisagés.• Les deuxième et troisième phrases mettent en place la punition comme acte de droit, et désolidarisent laréparation de toute implication passionnelle, donc de la vengeance, rattachée à l'arbitraire.• La dernière phrase récuse toute confusion entre le droit et la vengeance, et en indique les conséquencesintenables (logique de la violence). 2. a) « un acte de la partie lésée » : une réaction de la victime qui, ayant subi un préjudice, veut obtenir réparationelle-même ; b) « le droit se trouve ainsi troublé » : le droit, défini comme ensemble de règles qui rend possible la cohésion et laconcorde d'un groupe, ne peut s'affirmer que dans le silence des passions : en tant que détermination rationnelledes normes de la vie commune, il requiert l'avènement, en chaque individu, de la raison, faculté de saisir lesexigences ultimes de l'organisation commune, et de les mettre en oeuvre ; l'assujettissement aux impulsions, à lapassion d'un intérêt particulier exacerbé, ne peut que perturber cette mise en oeuvre ; c) « un mobile subjectif » : le mobile, c'est ce qui pousse à agir, à mettre en mouvement ; le mobile peut relever del'affectivité, de la subjectivité personnelle, ou d'un examen réfléchi et rationnel ; est subjectif un mobile qui relèvede la subjectivité, c'est-à-dire de l'affectivité propre à chaque homme, considéré dans la particularité de sonexistence et de ses réactions.

3.

« Nul n'a le droit de se faire justice soi-même.

» Comprendre un tel précepte, c'est se délivrer desreprésentations non réfléchies qui peuvent résulter des impressions et des impulsions premières.

Il peut semblerparadoxal en effet d'interdire à la victime de l'agression toute riposte qui ne relève pas de la légitime défense.Pourtant, la fondation d'un état de droit est incompatible avec l'acceptation de la possibilité d'une telle riposte, quiconduirait à transformer l'ensemble de la société en un champ clos de luttes incessantes, en un règne de lavendetta.

Pour que la punition soit normée par la seule loi, il faut qu'elle soit affranchie de toute passion.

La punitionpeut-elle ne rien devoir à la vengeance ?La volonté de dissocier punition et vengeance relève d'une conception générale des rapports entre les hommes dansune société civilisée.

Pour faire échapper ces rapports au règne de la violence et à la loi du plus fort, il faut lesplacer sous la juridiction d'un état de droit, où doit prévaloir la norme de ce qui doit être, conformément à uneexigence de justice.

Dans un tel cadre, toute infraction, après avoir été dûment établie et caractérisée, doit êtresanctionnée conformément à la loi, et non selon l'appréciation personnelle de tel ou tel individu, ou le désir devengeance de la victime.

Placer toute punition sur le plan de la loi commune et des dispositions générales qui laconcrétisent, c'est lui assurer sa force et sa légitimité : nul n'en peut contester le principe ou l'application dès lorsqu'elle s'impose à tous de la même façon, et se présente explicitement comme la condition de possibilité de la vie dugroupe : la fonction du droit, comme le montrait Kant, est d'organiser la coexistence des libertés individuelles (cf.

leparagraphe C de l'Introduction à la doctrine du droit, où le principe universel du droit est énoncé de la façonsuivante : « Est juste toute action qui permet ou dont la maxime permet à la liberté de l'arbitre (faculté de choix) detout un chacun de coexister avec la liberté de tout autre suivant une loi universelle »).Dans une telle perspective, la punition légale ne peut plus relever d'une logique de la vengeance : les fonctions deréparation et de sanction, légitimement requises par toute victime, sont du seul ressort de la légalité ; instituéesdans l'état de droit, elles n'ont rien à voir avec l'exigence aveugle de la vengeance, de l'impulsion non maîtrisée, dudésordre passionnel.

Pour que la punition ne doive rien à la vengeance, deux conditions simultanées doivent êtreremplies : il faut que les « attentes » légitimes de toute victime à l'égard de la loi soient prises en charge par celle-ci ; mais il faut aussi que la victime admette la nécessité d'un « traitement juridique » de la faute commise.

Laréaction affective ne peut être niée magiquement, mais elle doit se transcender et se médiatiser dans uneappréhension rationnelle des exigences du droit : si l'impulsion de la volonté particulière incite à la vengeance, laconviction rationnelle du citoyen responsable doit faire advenir le point de vue de la volonté générale, en tantqu'elle légifère pour rendre possible la vie du groupe, et de tout homme.

La punition au sens juridique doit répondre àune exigence impersonnelle en son principe, donc dépourvue de toute dimension subjective ou particulière ; desurcroît, elle fait dépendre la réparation accordée à la victime non d'un ressentiment, trop porté à une réactiondisproportionnée, mais d'un principe d'évaluation des dommages aussi objectif que possible.Une telle conception se heurte bien sûr à l'approche passionnelle et spontanée qui bien souvent est celle de lavictime.

Le désir de vengeance reflète, dans une certaine mesure, la souffrance, et la difficulté, pour la victime, deprendre ses distances.

Comme le dit Platon, métaphoriquement, « l'âme est clouée au corps », et la distanciationnécessaire pour faire advenir une appréhension du vécu permettant de faire prévaloir la raison n'existe pas d'emblée.C'est pourquoi la punition, même si, en droit, elle ne doit rien devoir à la vengeance, ne semble pouvoir être perçue,dans un premier temps, que comme vengeance.

Mais ce qui est compréhensible (sans être acceptable) lorsqu'ils'agit de victimes sous l'emprise de la souffrance et de la passion immédiate, ne peut l'être pour des personnes quisont en mesure de « prendre leurs distances » et de faire droit aux exigences de la raison.

Il est ainsi tout à faitabusif d'étendre la clause, très précise et rigoureusement délimitée, de la légitime défense, jusqu'à un prétendu droit. »

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