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Le désir est-il la marque de la misère de l'homme ?

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Le désir souvent se comprend suivant l’image du tonneau des Danaïdes, c’est-à-dire comme un manque inassouvible. Cet inassouvissement du désir a souvent valu au désir les plus vives critiques notamment du point de vue de la condition humaine. Et en effet, ces critiques notamment se sont faites au nom de la misère dans laquelle il plongeait l’homme. Le désir serait ici, le signe (la marque) de la misère de l’homme. Cependant, le désir exprime un rapport au manque, mais aussi une création authentique. Le désir est ce mouvement qui me porte vers un objet que j’imagine source de satisfaction ou pouvant constituer mon bonheur d’une manière ou d’une autre. Néanmoins, le désir ne se confond pas avec la volonté : vouloir ce n’est pas seulement désirer mais organiser les moyens en vue d’une fin poursuivie. Le désir n’est pas non plus le besoin. Le besoin est fondamentalement un manque matériel alors que le désir est déjà d’une certaine façon spirituel ou plus exactement d’ordre existentiel. Mais si le désir est la fois la marque de la misère, cela signifie-t-il qu’il faut faire une différence entre cette misère et le désir qui en serait son révélateur ? De plus, si le désir est à la fois manque et création, n’est-ce pas dire aussi que le désir est puissance positive donc la marque aussi de la grandeur de l’homme ? C’est à ce faisceau de questions que nous trouvons de façon sous-jacente dans le sujet : « le désir est-il la marque de la misère de l’homme ? «

            En ce sens, si le désir peut être la marque de la misère de l’homme (1ère partie), il n’en reste pas moins que le désir est aussi une puissance positive qui manifeste la grandeur de l’homme et sa vie même (2nd partie) or face à ces deux conceptions du désir, acceptables et conflictuelles, sans doute sera-t-il nécessaire de proposer une hiérarchie des désirs afin de rendre compte de cette bipolarité du désir (3ème partie).

 

  • I – Le désir comme misère

a) Le désir a une origine satanique et maléfique.
b) Nulle paix pour qui désire.
c) Le désir se nourrit du manque et de la concupiscence.

  • II – Le désir comme puissance

a) La quête du plaisir est déjà une fin en soi.
b) Le désir est inscrit dans la nature de l'homme.
c) Non seulement l'homme désire mais il aime désirer.

  • III – Hiérarchisation des désirs

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« lucidement, la vie est essentiellement faite de souffrance. Bien rares sont les moments de vraie joie. Certes, nousavons l'espoir d'arriver un jour au bonheur par la satisfaction de tous nos désirs : c'est d'ailleurs ce qui nous faitvivre, mais ce n'est qu'illusion vaine. Ce qu'il faut donc, c'est arriver à échapper à la souffrance. Le désir se nourrit du manqueDans le Banquet Platon souligne de manière très marquée cette ambivalence du désir en le décrivant tout d'abordcomme manque, le désir est la manifestation en nous de l'aspiration vers quelque chose dont nous avons l'intuitionplus ou moins vague, mais que nous ne possédons pas, que nous ne parvenons pas à atteindre. Assimilant le désir à l'amour il en fait le fils d'une mendiante (Pénia, la pauvreté) et de la richesse (Poros, laressource), cette double origine qui fait du désir un mixte symbolise à la fois le vide en quoi consiste le manque quile fait naître et la plénitude vers laquelle il tend mais qu'il n'atteint que très difficilement. Voici l'histoire de sa naissance : « Quand Aphrodite naquit, les dieux célébrèrent un festin, tous les dieux, y compris Poros, fils de Mètis. Le dînerfini, Pénia voulant profiter de la bonne chère, se présenta pour mendier et se tint près de la porte. Or Poros, enivréde nectar, car il n'y avait pas encore de vin, sortit dans le jardin de Zeus, et, alourdi par l'ivresse, il s'endormit.Alors Pénia, poussée par l'indigence, eut l'idée de mettre à profit l'occasion, pour avoir un enfant de Poros : elle secoucha près de lui, et conçut l'Amour. Aussi l'Amour devint-il le compagnon et le serviteur d'Aphrodite, parce qu'ilfut engendré au jour de naissance de la déesse, et parce qu'il est naturellement amoureux du beau, et qu'Aphroditeest belle. Étant fils de Poros et de Pénia, l'Amour en a reçu certains caractères en partage. D'abord il est toujourspauvre ; et loin d'être délicat et beau comme on se l'imagine généralement, il est dur, sec, sans souliers, sansdomicile ; sans avoir jamais d'autre lit que la terre, sans couverture, il dort en plein air, près des portes et dans lesrues ; il tient de sa mère, et l'indigence est son éternelle compagne. D'un autre côté, suivant le naturel de sonpère, il est toujours à la piste de ce qui est beau et bon ; il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisande ruses toujours nouvelles, amateur de science, plein de ressources, passant sa vie à philosopher, habile sorcier,magicien et sophiste. Il n'est par nature ni immortel ni mortel ; mais dans la même journée, tantôt il est florissant etplein de vie, tant qu'il est dans l'abondance, tantôt il meurt, puis renaît, grâce au naturel qu'il tient de son père. Cequ'il acquiert lui échappe sans cesse, de sorte qu'il n'est jamais ni dans l'indigence, ni dans l'opulence et qu'il tientde même le milieu entre la science et l'ignorance, et voici pourquoi. Aucun des dieux ne philosophe et ne désiredevenir savant, car il l'est ; et, en général, si l'on est savant, on ne philosophe pas ; les ignorants non plus nephilosophent pas et ne désirent pas devenir savants ; car l'ignorance a précisément ceci de fâcheux que, n'ayantni beauté, ni bonté, ni science, on s'en croit suffisamment pourvu. Or, quand on ne croit pas manquer d'une chose,on ne la désire pas. » Platon, Le Banquet, Discours de Diotime. De la plénitude perdue Dans Le Banquet, Platon présente le récit fabuleux suivant : à l'origine, l'humanité comprenait un seul genrede créature, ce que nous pourrions appeler l'androgyne, mixte de mâle et de femelle. Ces êtres étaient rondsde forme, disposaient de quatre jambes, quatre bras, de flancs circulaires, de deux visages opposés l'un àl'autre sur une même tête ronde, et jouissaient dune force extraordinaire ; leur orgueil immense les poussaientà provoquer les dieux auxquels ils en étaient venus à se comparer. Zeus décida de mettre un terme à leurindiscipline en les affaiblissant. Pour ce faire, il les coupa en deux dans le sens de la longueur et chargeaApollon de ramener leur peau sur le ventre (le point de suture qui subsiste est le nombril), ainsi que de tournerleurs visages. Il s'ensuivit que ces êtres séparés mouraient de chagrin et de malheur, se laissant dépérirauprès de leur moitié distincte. Pour remédier à ce désastre, Zeus ramena leurs parties génitales qu'ils avaientderrière sur le devant, et ceux-ci purent s'accoupler, soit pour créer un nouvel être unique, soit pours'accorder un plaisir qui leur offrait pour un moment le bonheur de leur union passée, et l'esprit libre, leurpermettait ensuite de vaquer à leurs affaires.Le fond de la nature humaine porterait désormais la trace de cette union ou plénitude originaire, dont le désird'amour serait la nostalgie. Désirant l'autre, nous visons ce paradis mythique de la fusion, lorsqu'il n'existait niséparation ni différence, mais seule une toute-puissance qui nous plaçait à l'égal des dieux. Suivant ce mytheplatonicien, l'essence du désir serait un manque d'être, la recherche d'une totalité, à laquelle il nous estimpossible d'accéder, suite à une opération des dieux, sinon par l'expérience fugitive d'une union sexuelle. Le mythe des Androgynes Le discours d'Aristophane est doublement placé sous l'égide d'Empédocle : d'abord par sa référence auprincipe selon lequel le semblable désire le semblable, ensuite par la valorisation ontologique de la sphère. Ilraconte que, à l'origine, les hommes étaient sphériques et possédaient quatre paires de membres. Ils étaientde trois genres : les uns masculins, les autres féminins, les derniers, enfin, des deux sexes. Il est donc abusifde parler du mythe des Androgynes, puisque une seule catégorie relève de ce genre. Leur puissance étaittelle qu'ils décidèrent d'escalader le ciel pour renverser les dieux. Zeus les punit en les divisant en deux parpeau sur le ventre et fit une couture en lieu et place du nombril, marque toujours située sous nos yeux de lafaute des hommes. Bien qu'ils aient diminué leur puissance, les dieux tenaient à les garder en vie pour qu'ilscontinuent à les honorer de leurs sacrifices. Mais voilà qu'ils dépérissent. Soit que chaque moitié, désespéréede ne pas retrouver sa partie manquante, se laisse mourir, soit que, s'étant retrouvées, les deux moitiés neveulent plus se détacher l'une de l'autre et, ne prenant aucun soin de leur survie, finissent par mourir. Une »

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