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Le Monde comme volonté et comme représentation, § 22 - Schopenhauer - Commentaire

Publié le 23/03/2015

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schopenhauer

On doit remarquer que nous nous servons ici d'une denominatio a potion (d'une appellation approximative) par laquelle le concept de volonté acquiert une extension plus grande que celle qu'il avait jusqu'à présent. La connaissance de ce qui est identique dans des phénomènes divers et de ce qui est différent dans les semblables est, ainsi que l'a souvent observé Platon, une condition pour philosopher. Jusqu'à main-tenant, on n'avait pourtant pas reconnu que l'essence de toute tendance et de toute force active dans la nature était identique à la volonté, de sorte qu'on considérait des phénomènes différents comme hétérogènes et non comme les espèces diverses du même genre ; pour cette raison, on ne disposait d'aucun mot pour désigner le concept de ce genre. J'ai donc donné au genre le nom de l'espèce la plus parfaite, dont la connaissance évidente et immédiate nous conduit à la connais-sance médiate de toutes les autres. Aussi, pour ne pas être embarrassé par un perpétuel malentendu, il faut être capable de donner à ce concept l'extension exigée ici, et ne pas s'obstiner à ne comprendre sous le mot de volonté que l'une des espèces de vouloir qu'il a désignée jusqu'ici, à savoir celui qui est accompagné de connaissance et qui est exclusivement dirigé par des motifs abstraits : le vouloir qui se manifeste sous la conduite de la raison et qui, comme nous l'avons dit, n'est que le phénomène le plus clair de la volonté. Nous devons séparer, dans la pensée, l'essence la plus intime de ce phéno¬mène, qui nous immédiatement connu, et la transporter alors dans les phénomènes plus faibles et plus obscurs de la volonté afin d'en élargir le concept. [...] Le mot volonté désigne ce qui doit nous révéler, comme une formule magique, l'essence de toute chose dans la nature [...]. C'est quelque chose d'immé-diatement connu et de si bien connu que nous savons et comprenons mieux ce qu'est la volonté que tout ce que l'on voudra. Jusqu'à maintenant on a subordonné le concept de volonté au concept de force ; je fais à présent tout le contraire en considérant chaque force de la nature comme une volonté.

Le Monde comme volonté et comme représentation, § 22

schopenhauer

« Textes commentés 45 En la concevant comme un désir accompagné de raison, la tradition classique faisait de la volonté une faculté spécifiquement humaine. On la refusait aux animaux, aux plantes et à la matière. La découverte d'une volonté inconsciente par Schopenhauer permet d'élargir l'extension du concept de volonté et de considérer toute impulsion, toute tendance et toute force de la nature comme une volonté. Un scientifique jugera cette assimilation peu rigoureuse. Mais Schopen­ hauer n'entend pas expliquer scientifiquement les phénomènes naturels en les traitant comme des manifestations d'une volonté universelle : il veut les comprendre philosophiquement. Les opérations de notre vie psychique et affective, dont nous avons par la conscience une connaissance plus claire et plus immédiate que celle de tout autre phénomène du monde, sont plus propres à nous révéler l'essence intime du reste des choses, que ces dernières à nous éclairer sur notre propre nature. « C'est donc dans la volonté, écrit Schopenhauer, qu'il faut chercher l'unique donnée susceptible de devenir la clé de toute autre connaissance vraie ; c'est de la volonté que part la route unique et étroite qui peut nous mener à la vérité. Par conséquent, c'est en partant de nous­ mêmes qu'il faut chercher à comprendre la nature, et non pas inversement chercher la connaissance de nous-mêmes dans celle de la nature. Ce qui nous est connu immédiatement doit nous fournir l'interprétation de ce qui l'est médiatement, et non l'inverse 1 • » Nous ne connaissons bien que notre propre moi et ses actes volontaires. Nous ne comprenons les autres choses que par analogie avec nous. L'intelligibilité des phénomènes naturels dé­ croît donc à mesure que cette analogie s'estompe. Les animaux nous sont moins compréhensibles que l'homme, les plantes moins que les animaux, les corps bruts moins que les végétaux. Dès que nous tentons de com­ prendre le sens de leurs mouvements et de leurs transformations, nous le faisons en introduisant au sein de ces différents corps des forces et des pro­ priétés analogues aux forces et aux propriétés dont nous avons une connais­ sance immédiate dans notre activité propre. Ainsi Kepler évoquait-il la sympathie et l'antipathie pour rendre compte du mouvement des astres et Newton parlait-il à leur sujet d'attraction et de répulsion. Schopenhauer procède de la même manière. Il sait qu'il faut, pour comprendre les phénomènes du monde, « y mettre du sien » ou, en termes plus nobles, assimiler chaque force de la nature à une volonté. Si cette force est dite « aveugle », comme la pesanteur ou la résistance, on l'assimilera à une volonté inconsciente. Tout événement dans la nature est donc la manifestation, plus ou moins claire, d'une volonté. 1. M., p. 891. »

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