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Le temps de la création de BERGSON

Publié le 05/01/2020

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temps

Bergson considère ici la création du point de vue du temps, qui n'est pas seulement une dimension homogène où se déploie nécessairement l'action, mais aussi une composante de la subjectivité.

 

Quand l’enfant s’amuse à reconstituer une image en assemblant les pièces d’un jeu de patience, il y réussit de plus en plus vite à mesure qu’il s’exerce davantage. La reconstitution était d’ailleurs instantanée, l’enfant la trouvant toute faite, quand il ouvrait la boîte au sortir du magasin. L’opération n’exige donc pas un temps déterminé, et même, théoriquement, elle n’exige aucun temps. C’est que le résultat en est donné. C’est que l’image est créée déjà et que, pour l’obtenir, il suffit d’un travail de recomposition et de réarrangement, - un travail qu’on peut supposer allant de plus en plus vite, et même infiniment vite au point d’être instantané. Mais, pour l’artiste qui crée une image en la tirant du fond de son âme, le temps n’est plus un accessoire. Ce n’est pas un intervalle qu’on puisse allonger ou raccourcir sans en modifier le contenu ; la durée de son travail fait partie intégrante de son travail. La contracter ou la dilater serait modifier à la fois l’évolution psychologique qui la remplit et l’invention qui en est le terme. Le temps d’invention ne fait qu’un ici avec l’invention même ; c’est le progrès d’une pensée qui change au fur et à mesure qu’elle prend corps. Enfin c’est un processus vital, quelque chose comme la maturation d’une idée.

 

Le peintre est devant sa toile, les couleurs sont sur la palette, le modèle pose ; nous voyons tout cela, et nous connaissons aussi la manière du peintre : prévoyons-nous ce qui apparaîtra sur la toile ? Nous possédons les éléments du problème; nous savons, d’une connaissance abstraite, comment il sera résolu, car le portrait ressemblera sûrement au modèle et sûrement aussi à l’artiste ; mais la solution concrète apporte avec elle cet imprévisible rien qui est le tout de l’œuvre d’art, et c’est ce rien qui prend du temps. Néant de matière, il se crée lui-même comme forme. La germination et la floraison de cette forme s’allongent en une irrépressible durée, qui fait corps avec elles.

 

Henri Bergson, L’Évolution créatrice (1907), PUF, 1969, p. 339-340.

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« POUR MIEUX COMPRENDRE LE TEXTE Le temps est habituellement considéré comme l'ordre de la succession, toute activité demandant un certain temps; cette vision uniquement quantitative et abstraite du temps peut être dite dominante, notre civilisation étant marquée par le souci de gagner du temps, de le mesurer, de le ren­ tabiliser.

Elle est en fait une simplification assez naïve : l'enfant, par jeu, recherche légitimement la performance qui consiste à gagner du temps, et ce n'est pas plus qu'un jeu car dans ce temps indéfiniment rétréci, jusqu'à disparaître, ne se déploie aucune activité véritable.

La création artistique montre que le temps passé n'est pas forcément perdu; pour révéler un autre aspect du temps, quand il n'est plus un accessoire indifférent mais se confond avec l'évolution psychologique de l'artiste, Bergson emploie le terme de «durée».

Le temps n'y est plus seulement la succession mais un mouvement de transformation, de matu­ ration, par lequel le nouveau naît de l'ancien : le temps d'inven­ tion ne fait qu'un ici avec l'invention pure.

Quand le peintre trouve « sa solution », et crée, à partir du projet de faire un por­ trait, quelque chose d'imprévisible qui n'appartient qu'à lui (voir le texte 9).

c'est du mouvement même de peindre, des étapes de son travail, qu'il tire d'autres idées, d'autres désirs, qui vont enrichir le projet initial.

On ne peut concevoir l'achè­ vement de l'œuvre sans les étapes intermédiaires, même si elles n'ont pas été conservées: l'œuvre témoigne non d'un temps passé, mais d'une durée.

Le temps mesuré est indifférent: ce qui compte, c'est le processus qualitatif de la durée, par quoi non seulement l'œuvre mais aussi son auteur se transforment.

Le temps peut se réduire quand tout est prévisible, comme dans un objet industriel; la création a lieu quand la durée entraîne l'imprévisible.. »

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