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Les objets techniques nous imposent-ils une façon de penser ou seulement une manière de vivre ?

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Une façon de penser ou une manière de vivre ne sont pas des concepts techniques ni spécifiquement philosophiques. Ce sont des catégories du langage courant qui, d'ailleurs, ne correspondent pas à une distinction rigoureuse. Il serait plus clair de demander si les techniques transforment notre environnement mental ou seulement notre environnement extérieur. Par objets techniques, on entend tous les moyens artificiels dont l'homme se sert dans son travail (de la charrue à l'ordinateur, du moulin à vent à la centrale électrique), qui peuplent son quotidien (il suffit de regarder une ville), et qui donnent forme aux relations humaines (téléphone, moyens de communication en général). Bref, les objets techniques nous imposent-ils une façon de penser ou seulement une manière de vivre ?

« L'invention technique modifie la structure de nos sociétés. Mais, à différents titres, elle bouleverse également lamanière dont nous pensons. tout d'abord, modifier la structure de nos sociétés, c'est modifier le fondement quidétermine les idéologies des sociétés. Enfin, et plus profondément, les objets techniques changent notre rapport au monde et à notre propre existence: laprolifération d'outils nous empêche de percevoir le monde comme une totalité, et notre existence comme un profondmystère. » Eléments pour le développement * Quel rapport entretenons-nous avec les objets techniques ? Kostas Axelos, Pour une éthique problématique « Apparemment, technique et sciences se passent de l'éthique : elles l'expliquent, psychologiquement,historiquement, sociologiquement, et prétendent rendre effectifs ses anciens commandements, dans le processustransformant homme et monde. Psychologie et sociologie, surtout, dévorent avec grand appétit la sphère éthique.Le moral est produit par le social, décrète-t-on, à juste titre d'ailleurs. Sans voir toutefois que le social est aussiproduit par le moral. Quasi symétriquement le moral est un résultat du psychique qu'il forme, informe et déforme.Faisant tout cela, sciences et techniques obéissent néanmoins à une éthique inélucidée. Ni les visées, ni lesméthodes, ni les contenus de l'activité technoscientifique à l'exception peut-être de la sphère mathématique purene sont neutres : ils véhiculent une orientation, des « partis pris » initiaux, des intérêts, des idéologies. De plus, là où cette activité ne croit viser que l'efficacité pratique, elle continue à être mue par une curiosité et uneinquiétude qui la propulsent toujours vers l'exploration et l'exploitation de tout ce qui est, que ce soit de manièreintéressée ou gratuite si l'on peut maintenir cette distinction -, que cela rapporte et transforme dans le présent ouque cela prépare un lointain avenir. Les recherches et les enquêtes spatiales, par exemple, ont moins de justificationpratique immédiate elles n'en sont pas tout à fait dépourvues que d'intérêt apparemment gratuit, tendant à remplirle « vide », tant cosmique qu'humain. Elles obéissent à la philosophie théorique et pratique de la modernité : devenir maître et possesseur de tout ce quiest, transférer vers le haut les problèmes insolubles d'ici-bas, affronter le néant. L'éthique de la volonté depuissance et de la volonté de volonté qui régit l'homme moderne et la technique planétaire se manifeste dans toutesles branches du savoir et de la science, théoriquement et pratiquement, pendant que sciences et technique veulentprendre en charge l'éthique, la constituer, la réglementer. Que devient dans cette configuration le problèmeéthique ? Quel est le lieu à partir d'où rayonne sa question ? Ce problème et ce lieu subsistent-ils encore, ou sont-ilsd'ores et déjà organisés et administrés technoscientifiquement ? » Une première partie de la réflexion pourrait être consacrée à définir le rapport que l'homme entretient avec latechnique et à proposer ainsi une première réponse à l'alternative que le sujet demande de trancher. Le texted'Axelos devrait permettre de souligner l'ambiguïté de ce rapport, fait d'un souci d'une vie pratique meilleure maisaussi d'une interrogation sur le rapport au monde de l'homme. La prise en compte de cette ambiguïté permettrad'envisager avec précision l'alternative manière de vivre / façon de penser. * De la manière de vivre à la façon de penser Bergson « Quand on fait le procès du machinisme, on néglige le grief essentiel. Onl'accuse d'abord de réduire l'ouvrier à l'état de machine, ensuite d'aboutir à uneuniformité de production qui choque le sens artistique. Mais si la machineprocure à l'ouvrier un plus grand nombre d'heures de repos, et si l'ouvrier emploiece supplément de loisir à autre chose qu'aux prétendus amusements qu'unindustrialisme mal dirigé a mis à la portée de tous, il donnera à son intelligence ledéveloppement qu'il aura choisi, au lieu de s'en tenir à celui que lui imposerait,dans des limites toujours restreintes, le retour (d'ailleurs impossible) à l'outil,après suppression de la machine. Pour ce qui est de l'uniformité de produit,l'inconvénient en serait négligeable si l'économie de temps et de travail, réaliséeainsi par l'ensemble de la nation, permettait de pousser plus loin la cultureintellectuelle et de développer les vraies originalités. » La seconde partie du travail va chercher non plus à définir les enjeux del'alternative, mais à la trancher. Il faut d'abord envisager comme possible le faitque l'influence de la technique sur l'homme dépasse le cadre de la manière devivre et touche à sa façon de penser : on pourra se servir à ce titre de l'analysebergsonienne du machinisme, puis de la nuance qu'il lui apporte en faisant lapromotion de la liberté de l'homme face à la machine et au temps libre qu'elle lui offre. Autrement dit, on peut choisir de trancher l'alternative en faveur de l'hypothèse de la façon de penser, maiscette hypothèse doit peut-être être contredite par une prise en compte de la capacité humaine à créer le rapportavec les choses au lieu de le subir. »

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