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Les objets techniques nous imposent-ils une façon de penser ou seulement une manière de vivre ?

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Les concepts ne posent pas apparemment de problèmes particuliers. Et pourtant, première remarque, le sujet conçoit d'emblée la technique comme un monde de choses, d'objets. Ainsi réduite à des choses, la technique semble directement «imposer« une manière de vivre, et indirectement seulement une manière de penser. Mais les techniques intellectuelles (comme l'écriture) sont-elles des objets? Ne réduit-on pas le rôle de la technique à la considérer seulement comme un ensemble de choses-moyens-instruments au service de l'action humaine? On peut souvent relever une certaine méconnaissance de la fonction remplie par la technique dans l'élaboration de la pensée. D'autre part, pourquoi la technique « imposerait «-elle modes de vie et façons de penser? Qu'elle les conditionne et les détermine dans une certaine mesure, c'est un fait. Mais une imposition est l'action sur nous d'un agent extérieur. La formulation du sujet ne reconduit-elle pas un préjugé sur la technique, pensée comme quelque chose d'extérieur, voire d'étranger à l'homme, échappant à sa maîtrise ? Il faut lire ce sujet de manière très attentive. L'élève qui, dans chaque sujet, ne voit que «la notion« du programme de philosophie (ici, la technique) a de fortes chances de plaquer sur le sujet des considérations générales sur le progrès technique et le bonheur humain, ou sur le rôle libérateur (ou au contraire, aliénant) de la technique. Ici, le cœur de la problématique n'est pas construit autour du couple technique/liberté, mais du couple façon de penser/manière de vivre.

« Une première partie de la réflexion pourrait être consacrée à définir le rapport que l'homme entretient avec latechnique et à proposer ainsi une première réponse à l'alternative que le sujet demande de trancher. Le texted'Axelos devrait permettre de souligner l'ambiguïté de ce rapport, fait d'un souci d'une vie pratique meilleure maisaussi d'une interrogation sur le rapport au monde de l'homme. La prise en compte de cette ambiguïté permettrad'envisager avec précision l'alternative manière de vivre / façon de penser. * De la manière de vivre à la façon de penser Bergson « Quand on fait le procès du machinisme, on néglige le grief essentiel. On l'accuse d'abord de réduire l'ouvrier àl'état de machine, ensuite d'aboutir à une uniformité de production qui choque le sens artistique. Mais si la machineprocure à l'ouvrier un plus grand nombre d'heures de repos, et si l'ouvrier emploie ce supplément de loisir à autrechose qu'aux prétendus amusements qu'un industrialisme mal dirigé a mis à la portée de tous, il donnera à sonintelligence le développement qu'il aura choisi, au lieu de s'en tenir à celui que lui imposerait, dans des limitestoujours restreintes, le retour (d'ailleurs impossible) à l'outil, après suppression de la machine. Pour ce qui est del'uniformité de produit, l'inconvénient en serait négligeable si l'économie de temps et de travail, réalisée ainsi parl'ensemble de la nation, permettait de pousser plus loin la culture intellectuelle et de développer les vraiesoriginalités. » La seconde partie du travail va chercher non plus à définir les enjeux de l'alternative, mais à la trancher. Il fautd'abord envisager comme possible le fait que l'influence de la technique sur l'homme dépasse le cadre de la manièrede vivre et touche à sa façon de penser : on pourra se servir à ce titre de l'analyse bergsonienne du machinisme,puis de la nuance qu'il lui apporte en faisant la promotion de la liberté de l'homme face à la machine et au tempslibre qu'elle lui offre. Autrement dit, on peut choisir de trancher l'alternative en faveur de l'hypothèse de la façon depenser, mais cette hypothèse doit peut-être être contredite par une prise en compte de la capacité humaine àcréer le rapport avec les choses au lieu de le subir. * Les limites de la notion d'imposition : la nécessité pour l'homme de travailler à avoir le rapport le plusjuste possible avec les objets techniques de manière à préserver la liberté de sa pensée. Gilbert Simondon, Du mode d'existence des objets techniques « L'opposition dressée entre la culture et la technique, entre l'homme et la machine, est fausse et sans fondement ;elle ne recouvre qu'ignorance ou ressentiment. Elle masque derrière un facile humanisme une réalité riche en effortshumains et en forces naturelles, et qui constitue le monde des objets techniques, médiateurs entre la nature etl'homme. La culture se conduit envers l'objet technique comme l'homme envers l'étranger quand il se laisse emporterpar la xénophobie primitive. Le misonéisme orienté contre les machines n'est pas tant haine du nouveau que refus dela réalité étrangère. Or, cet être étranger est encore humain, et la culture complète est ce qui permet de découvrirl'étranger comme humain. De même, la machine est l'étrangère ; c'est l'étrangère en laquelle est enfermé del'humain, méconnu, matérialisé, asservi, mais restant pourtant de l'humain.La plus forte cause d'aliénation dans le monde contemporain réside dans cette méconnaissance de la machine, quin'est pas une aliénation causée par la machine, mais par la non connaissance de sa nature et de son essence, parson absence du monde des significations, et par son omission dans la table des valeurs et des concepts faisantpartie de la culture. (...) En fait, cette contradiction inhérente à la culture provient de l'ambiguïté des idéesrelatives à l'automatisme, en lesquelles se cache une véritable faute logique. Les idolâtres de la machine présententen général le degré de perfection d'une machine comme proportionnel au degré d'automatisme. Dépassant ce quel'expérience montre, ils supposent que, par un accroissement et un perfectionnement de l'automatisme, on arriveraità réunir et à interconnecter toutes les machines entre elles, de manière à constituer une machine de toutes lesmachines.Or, en fait, l'automatisme est un assez bas degré de perfection technique. Pour rendre une machine automatique, ilfaut sacrifier bien des possibilités de fonctionnement, bien des usages possibles. L'automatisme, et son utilisationsous forme d'organisation industrielle que l'on nomme automation, possède une signification économique ou socialeplus qu'une signification technique. Le véritable perfectionnement des machines, celui dont on peut dire qu'il élève ledegré de technicité, correspond non pas à un accroissement de l'automatisme, mais au contraire au fait que lefonctionnement d'une machine recèle une certaine marge d'indétermination.C'est cette marge qui permet à la machine d'être sensible à une information extérieure. C'est par cette sensibilitédes machines à de l'information qu'un ensemble technique peut se réaliser, bien plus que par une augmentation del'automatisme. Une machine purement automatique, complètement fermée sur elle-même, dans un fonctionnementprédéterminé, ne pourrait donner que des résultats sommaires. La machine qui est douée d'une haute technicité estune machine ouverte, et l'ensemble des machines ouvertes suppose l'homme comme organisateur permanent,comme interprète vivant des machines les unes par rapport aux autres. Loin d'être le surveillant d'une trouped'esclaves, l'homme est l'organisateur permanent d'une société des objets techniques qui ont besoin de lui commeles musiciens ont besoin du chef d'orchestre. » Ainsi, il semble qu'il faille, pour répondre au sujet, critiquer la notion d' « imposition » qu'il met en avant, etpromouvoir, à la place, une liberté de l'homme qui, si elle est active et toujours travaillée, préserve celui-ci contre »

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