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Les objets techniques nous imposent-ils une façon de penser ou une manière de vivre ?

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Comment les objets techniques peuvent-ils nous imposer quoi que ce soit, puisque ce ne sont que des objets, et que théoriquement ils ne devraient pas avoir d'impact sur notre liberté, ou sur notre volonté ? Comment parviennent-ils à s'imposer à nous ? Quelle distinction peut-on faire entre les deux expressions "façon de penser" et "manière de vivre" ? Les deux ne sont- elles pas en elles-mêmes problématiques ? Et s'opposent-elles nécessairement ? La technique ne nous impose-t-elle pas l'une et l'autre, ou aucune ? Si les objets techniques, produits de la raison humaine, nous imposent quelque chose, n'est-ce pas dans leur fin ? La technique n'a-t- elle pas pour but d'améliorer notre manière de vivre ? Et si elle améliore notre vie au quotidien, ne prend-elle pas une part dans notre façon de penser (qui devient plus utilitaire, ou différente, par un facteur temps, rendu plus souple par la technique) ? Mais le verbe "imposer" ne remet-il pas en question ces effets ? La technique doit-elle apparaître comme un facteur de déshumanisation, d'esclavage de la pensée comme de la manière de vivre ?

« puissance et de la volonté de volonté qui régit l'homme moderne et la technique planétaire se manifeste dans toutesles branches du savoir et de la science, théoriquement et pratiquement, pendant que sciences et technique veulentprendre en charge l'éthique, la constituer, la réglementer. Que devient dans cette configuration le problèmeéthique ? Quel est le lieu à partir d'où rayonne sa question ? Ce problème et ce lieu subsistent-ils encore, ou sont-ilsd'ores et déjà organisés et administrés technoscientifiquement ? » Une première partie de la réflexion pourrait être consacrée à définir le rapport que l'homme entretient avec latechnique et à proposer ainsi une première réponse à l'alternative que le sujet demande de trancher. Le texted'Axelos devrait permettre de souligner l'ambiguïté de ce rapport, fait d'un souci d'une vie pratique meilleure maisaussi d'une interrogation sur le rapport au monde de l'homme. La prise en compte de cette ambiguïté permettrad'envisager avec précision l'alternative manière de vivre / façon de penser. * De la manière de vivre à la façon de penser Bergson « Quand on fait le procès du machinisme, on néglige le grief essentiel. On l'accuse d'abord de réduire l'ouvrier àl'état de machine, ensuite d'aboutir à une uniformité de production qui choque le sens artistique. Mais si la machineprocure à l'ouvrier un plus grand nombre d'heures de repos, et si l'ouvrier emploie ce supplément de loisir à autrechose qu'aux prétendus amusements qu'un industrialisme mal dirigé a mis à la portée de tous, il donnera à sonintelligence le développement qu'il aura choisi, au lieu de s'en tenir à celui que lui imposerait, dans des limitestoujours restreintes, le retour (d'ailleurs impossible) à l'outil, après suppression de la machine. Pour ce qui est del'uniformité de produit, l'inconvénient en serait négligeable si l'économie de temps et de travail, réalisée ainsi parl'ensemble de la nation, permettait de pousser plus loin la culture intellectuelle et de développer les vraiesoriginalités. » La seconde partie du travail va chercher non plus à définir les enjeux de l'alternative, mais à la trancher. Il fautd'abord envisager comme possible le fait que l'influence de la technique sur l'homme dépasse le cadre de la manièrede vivre et touche à sa façon de penser : on pourra se servir à ce titre de l'analyse bergsonienne du machinisme,puis de la nuance qu'il lui apporte en faisant la promotion de la liberté de l'homme face à la machine et au tempslibre qu'elle lui offre. Autrement dit, on peut choisir de trancher l'alternative en faveur de l'hypothèse de la façon depenser, mais cette hypothèse doit peut-être être contredite par une prise en compte de la capacité humaine àcréer le rapport avec les choses au lieu de le subir. * Les limites de la notion d'imposition : la nécessité pour l'homme de travailler à avoir le rapport le plusjuste possible avec les objets techniques de manière à préserver la liberté de sa pensée. Gilbert Simondon, Du mode d'existence des objets techniques « L'opposition dressée entre la culture et la technique, entre l'homme et la machine, est fausse et sans fondement ;elle ne recouvre qu'ignorance ou ressentiment. Elle masque derrière un facile humanisme une réalité riche en effortshumains et en forces naturelles, et qui constitue le monde des objets techniques, médiateurs entre la nature etl'homme. La culture se conduit envers l'objet technique comme l'homme envers l'étranger quand il se laisse emporterpar la xénophobie primitive. Le misonéisme orienté contre les machines n'est pas tant haine du nouveau que refus dela réalité étrangère. Or, cet être étranger est encore humain, et la culture complète est ce qui permet de découvrirl'étranger comme humain. De même, la machine est l'étrangère ; c'est l'étrangère en laquelle est enfermé del'humain, méconnu, matérialisé, asservi, mais restant pourtant de l'humain. La plus forte cause d'aliénation dans le monde contemporain réside dans cette méconnaissance de la machine, quin'est pas une aliénation causée par la machine, mais par la non connaissance de sa nature et de son essence, parson absence du monde des significations, et par son omission dans la table des valeurs et des concepts faisantpartie de la culture. (...) En fait, cette contradiction inhérente à la culture provient de l'ambiguïté des idéesrelatives à l'automatisme, en lesquelles se cache une véritable faute logique. Les idolâtres de la machine présententen général le degré de perfection d'une machine comme proportionnel au degré d'automatisme. Dépassant ce quel'expérience montre, ils supposent que, par un accroissement et un perfectionnement de l'automatisme, on arriveraità réunir et à interconnecter toutes les machines entre elles, de manière à constituer une machine de toutes lesmachines. Or, en fait, l'automatisme est un assez bas degré de perfection technique. Pour rendre une machine automatique, ilfaut sacrifier bien des possibilités de fonctionnement, bien des usages possibles. L'automatisme, et son utilisationsous forme d'organisation industrielle que l'on nomme automation, possède une signification économique ou socialeplus qu'une signification technique. Le véritable perfectionnement des machines, celui dont on peut dire qu'il élève ledegré de technicité, correspond non pas à un accroissement de l'automatisme, mais au contraire au fait que lefonctionnement d'une machine recèle une certaine marge d'indétermination.C'est cette marge qui permet à la machine d'être sensible à une information extérieure. C'est par cette sensibilitédes machines à de l'information qu'un ensemble technique peut se réaliser, bien plus que par une augmentation del'automatisme. Une machine purement automatique, complètement fermée sur elle-même, dans un fonctionnementprédéterminé, ne pourrait donner que des résultats sommaires. La machine qui est douée d'une haute technicité estune machine ouverte, et l'ensemble des machines ouvertes suppose l'homme comme organisateur permanent,comme interprète vivant des machines les unes par rapport aux autres. Loin d'être le surveillant d'une troupe »

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